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Notre territoire, un puissant remède qu’il faut protéger

Notre territoire, un puissant remède qu’il faut protéger
Photo courtoisie

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Avec le printemps, dans nos bouts de forêts témiscamiennes, on a repris la cueillette. Du haut de ses 3 ans et demi, Solène apprend à reconnaître les chatons de l’aulne crispé, qu’on appelle aussi «poivre des dunes», un aromate absolument parfumé qu’on utilise pour la marinade des viandes ou pour infuser le lait chaud. Avant d’apprivoiser ce trésor, je peux vous dire que, dans mon esprit, l’aulne crispé n’avait rien de charmant. C’était plutôt des maudits «aulnages» qui nous rendent difficile l’accès au sous-bois en bordure des sentiers. C’était mon discours, jusqu’à ce que je l’apprivoise.  

Des milliers de trésors

Notre territoire québécois, c’est ça au fond: des milliers de trésors bien enfouis dans nos mémoires ancestrales qui poussent au bout des branches, dans l’ombre des pins gris, à travers les mousses et en bordure des ruisseaux. Au fil des ans, par urbanisation, par hygiène ou paresse peut-être, nous avons délaissé ces millénaires de connaissances et d’expériences intimes avec la forêt pour la condamner à n’être qu’un produit ligneux de consommation. C’est une insulte à la richesse de notre patrimoine naturel. Il est urgent que nous nous réappropriions l’expérience de la nature. 

Seulement, si on ne protège plus des portions de notre territoire, pour entre autres, que les communautés puissent bénéficier de ces espaces sauvages, on rompt des liens fondamentaux entre l’humain et la nature. On cultive à tort ce que l’auteur américain Richard Louv a qualifié de «syndrome du déficit nature». Ce déficit contribue à l’augmentation du stress, de l'anxiété et de la dépression, en particulier chez nos enfants. Tous des maux qui gangrènent de plus en plus nos vies surchargées. La multiplication des écrans et des rendez-vous virtuels nous plonge dans un monde à part qui nous rend passif et sédentaire. 

Si on appauvrit nos sources de connexion, si on néglige l’expérience de l’humain avec la nature, on programme la «destruction» annoncée de notre environnement. Qui prendra la relève pour préserver les derniers habitats sauvages et la biodiversité, si les nouvelles générations grandissent sans contacts avec celle-ci et sans apprendre à l’apprivoiser? 

Notre territoire, un puissant remède qu’il faut protéger
Photo courtoisie

Multiplier nos espaces naturels

La pandémie nous offre une occasion en or de renverser cette tendance, alors que les Québécois.es ont massivement renoué avec le plein air après des mois de vie virtuelle. Cet engouement, on l’a senti l’été dernier avec des achalandages historiques dans nos parcs nationaux et nos régions. Les plages de la Gaspésie s’en souviennent probablement encore. Gonfler ses poumons de l’air salin du fleuve, entendre le ressac des vagues, s’émouvoir du spectacle des couchers et des levers de soleil, expérimenter la beauté du monde en vrai est devenu une destination en soi. Au milieu d’un lac, du haut d’un cap de roches, dans le bois profond: notre territoire est un puissant remède. 

Les amateurs de plein air ne vont pas dans le bois pour être pris dans une autoroute de monde dans les sentiers de la SÉPAQ. À l’heure actuelle, c’est pourtant un peu ça qui se passe. C’est une bonne nouvelle pour notre SÉPAQ, mais pour répondre au besoin d’évasion de notre monde, il faut multiplier nos espaces naturels. Et pour se faire, il faut que le gouvernement protège réellement les territoires au sud, où la population se trouve et que la CAQ arrête de se plier aux demandes de l’industrie forestière. 

Une fois que la débusqueuse sera passée, il sera trop tard pour se battre pour nos forêts, on va nous laisser un champ de bouette et un tas de branchages et ça va prendre des décennies avant de retrouver une forêt digne de ce nom. 

On ne peut pas rater notre chance. Le ministre de l’Environnement a affirmé, cette semaine, qu’il n’y a pas de projet de coupe forestière sur les 83 projets d’aires protégées pour l’instant, mais les moratoires protègent ces territoires des menaces seulement de manière temporaire. Il faut protéger ces milieux de manière durable et complète. 

Il a aussi dit que certains des projets d’aires protégées, qui sont portés à bout de bras par des citoyens, sont encore à l’état de l'analyse. Quel message est-ce que ces délais envoient à la population? Que les territoires qui lui tiennent à cœur ne sont pas une priorité pour le gouvernement. 

Pourtant, des avantages à protéger notre territoire, il y en a des tonnes. Démocratiser l’accès à notre territoire, c’est créer du lien. C’est dans ce lien que peut se transmettre l’expérience et la connaissance de la nature. Une condition nécessaire pour la suite du monde: on protège ce qu’on aime et on aime ce qu’on connaît. 

Émilise Lessard-Therrien

Députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue

Québec solidaire

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