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Traquer un tueur en série

Hervé Le Corre
Photo courtoisie, Philippe Matsas - Leemage Hervé Le Corre

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Auteur de nombreux romans policiers primés, l’écrivain bordelais Hervé Le Corre propose cette année une enquête troublante du commandant Jourdan et de son groupe, aux prises avec un tueur de femmes pulsionnel et imprévisible qui terrorise la population.  

Hervé Le Corre a un talent exceptionnel pour dépeindre la psychologie humaine. « C’est ce qui m’intéresse le plus », assure-t-il, en entrevue de Bordeaux. 

Pour Traverser la nuit, il voulait bâtir l’histoire autour d’une jeune femme, en étudiant son rapport avec son petit garçon, sa seule raison de vivre. 

Le personnage du policier, assure-t-il, lui a donné du fil à retordre. « Je ne savais pas du tout comment le fabriquer. J’étais parti sur une idée de policier corrompu, comme dans le film Bad lieutenant d’Abel Ferrara, avec Harvey Keitel, sur quelqu’un de très dur, de très violent, de très tordu. »

« Et finalement, je n’ai pas réussi. J’avais du mal à supporter ce genre de personnage. Je l’ai un peu adouci et j’en ai fait quelqu’un qui peut être violent, mais qui souffre davantage qu’il n’est violent. » 

<strong><em>Traverser la nuit</em><br>Hervé Le Corre</strong><br>Éditions Rivages<br>300 pages
Photo courtoisie
Traverser la nuit
Hervé Le Corre

Éditions Rivages
300 pages

Il voulait aussi écrire une histoire de tueur en série. « Ça m’a troublé beaucoup parce que mon modèle de tueur, je l’ai vu à la télévision, lors de son procès. Il était avachi sur le banc des accusés. Un pauvre type. Je suis parti sur un personnage de tueur en série qui n’a rien à voir avec les tueurs en série qu’on voit dans les thrillers américains. Je voulais un tueur pulsionnel, violent, mais très torturé, très tourmenté. »

Thèmes de société

Hervé Le Corre avait envie d’écrire ces histoires et les faires s’entrecroiser, et d’écrire en même temps un roman bien de son temps. « Je parle des problèmes sociaux, de la misère, des laissés pour compte. Mais je le fais de façon très incidente, comme un décor. »

La violence faite aux femmes est un sujet qu’il aborde de plein front. « C’est un sujet qui me bouleverse et j’ai vu pas mal de reportages, des enquêtes, des témoignages de femmes. Ce qu’il m’intéressait d’essayer de montrer, c’était comment elle peut supporter cela. Et jusqu’à quel moment ça va devenir tellement insupportable qu’elle décidera d’agir, y compris violemment. »

« Ça m’intéressait de montrer sa peur, sa terreur, ses hésitations, sa honte aussi, parce que je me suis aperçu – je crois qu’on le sait bien – que beaucoup de femmes martyrisées, souvent, n’osent pas parler parce qu’elles ont honte. »

« Ça m’intéressait, mais je n’avais pas envie d’écrire un roman de témoignage là-dessus. Parce que les témoignages, je pense qu’il n’y a que les femmes qui peuvent le donner de façon forte et efficace. Je ne voulais pas me substituer à leur parole. » 


  • Hervé Le Corre a publié une dizaine de romans et s’est mérité de nombreux prix, dont le prix Rivages des libraires en 2018 pour Prendre les loups pour des chiens.
  • Il habite à Bordeaux.