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Des voix autochtones se projettent dans le futur

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Michel Jean

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Très heureux du succès international de son roman Kukum, toujours en tête des palmarès des meilleures ventes, l’écrivain et chef d’antenne de TVA Michel Jean a réuni plusieurs auteurs autochtones de talent dans un nouveau recueil, Wapke. À travers des nouvelles inédites, les écrivains et écrivaines de différentes nations se projettent dans l’avenir par le biais de la fiction. Les textes qu’ils proposent sont émouvants, poétiques, parfois inquiétants et flirtent même avec le fantastique.  

Wapke signifie « demain » en langue attikamek. Il s’agit du premier recueil de nouvelles d’anticipation autochtone publié au Québec. Instigateur du projet et lauréat du Prix littéraire France-Québec pour Kukum, Michel Jean a réuni une dizaine d’auteurs de nations et d’horizons multiples.

Le recueil présente donc des nouvelles inédites des Innus Joséphine Bacon, Katia Bacon, Marie-Andrée Gill, Michel Jean, Alyssa Jérôme, Natasha Kanapé Fontaine et J.D. Kurtness, de même que des textes d’Elisapie Isaac (Inuk), Janis Ottawa (Attikamek), Virginia Pésémapéo Bordeleau (Crie) et Cyndy Wildé (Anicinape et Attikamek). Trois auteurs de la nation wendate s’ajoutent aussi à l’équipe : Isabelle Picard, Louis-Karl Picard-Sioui et Jean Sioui.

<strong><em>Wapke</em><br>Collectif dirigé par Michel Jean</strong><br>Éditions Stanké<br>216 pages
Photo courtoisie
Wapke
Collectif dirigé par Michel Jean

Éditions Stanké
216 pages

La récolte

Michel Jean récolte maintenant les fruits d’un travail qui lui a demandé beaucoup de persévérance. « Je suis content parce que ça fait longtemps que je suis là, que je travaille, que j’y mets du temps, que j’y crois et que j’écris de toute façon, que ça marche ou que ça ne marche pas », commente-t-il.

Son roman Kukum, racontant l’histoire de son arrière-grand-mère Almanda, est toujours au palmarès des meilleures ventes. Il est en voie d’être traduit en allemand et en espagnol. Atuk, elle et nous, initialement publié en 2012, vient d’être réédité et se retrouve aussi au sommet des palmarès. Il raconte l’histoire de sa grand-mère.

Le futur

Michel Jean a réuni des auteurs d’horizons diversifiés pour Wapke. Après Amun, recueil vendu à plus de 5000 exemplaires, il attendait d’avoir une bonne idée. « Isabelle Picard et Louis-Karl Sioui me parlaient de futurisme autochtone, de dystopie. Ce n’est pas mon genre littéraire... je n’allumais pas. Mais à un moment donné, je me suis dit, ils ont raison : la dystopie permet de projeter comment les Autochtones voient l’avenir. Dans le contexte actuel, ça devient super intéressant. »

Il a communiqué avec Elisapie Isaac, qui a dit oui tout de suite. « C’est une présence vraiment forte. C’est une Inuk et on ne les voit pas beaucoup. Pour moi, c’était précieux. » Il a aussi approché une auteure de poésie de talent, Marie-Andrée Gill. « Sa nouvelle est vraiment bonne – on ouvre le livre avec ça. »

Katia Bacon, grande lectrice, de Pessamit, a publié son premier texte. « C’est l’histoire de sa grand-mère. Sa nouvelle est juste wow ! » J. D. Kurtness, qui écrit des romans glauques, a participé de bon cœur. « Ce n’est pas n’importe quoi ! Ça sent le formol quand tu lis ça... »

« J’ai ajouté une fille de Manawan, la communauté de Joyce Echaquan. Je tenais à avoir un auteur attikamek. Janis Ottawa a écrit un très beau texte. »

Les auteurs choisis par Michel Jean avaient tous carte blanche... mais il fallait qu’ils se projettent dans le futur. « Tout le monde a embarqué et il y a un talent incroyable. Je suis vraiment fier des textes qui ont été faits. Le livre est attendu car beaucoup de gens ont lu Amun. Ils sont prêts à autre chose. Ce que j’aime, c’est qu’on arrive avec quelque chose qui est à la hauteur d’Amun. »

Le titre est en attikamek et avec l’affaire Joyce Echaquan, c’est un « statement » – un message fort – ajoute l’auteur. « Mettre un titre en langue autochtone, ça amène la langue autochtone dans l’espace public. »


En librairie le 5 mai. 

Extrait

« Les bras du chêne ondulent sous le souffle du vent du nord-est. C’est un géant dont la cime dépasse toutes les autres dans la forêt, et Juuk n’ose deviner depuis quand il se dresse ainsi à flanc de montagne. Des centaines d’années, selon son grand-père. C’est sûrement vrai, car l’Ancien sait tout. Mais imaginer une vie qui s’étire sur autant d’années lui donne le vertige, elle qui est habituée à compter le temps en saisons. » 

  • Michel Jean est écrivain, chef d’antenne à TVA et journaliste d’enquête primé.
  • Il a écrit 11 livres.
  • Il est aussi auteur de nouvelles, a participé à plusieurs collectifs et a dirigé des recueils de nouvelles mettant de l’avant des voix autochtones.
  • Le recueil Amun, publié en 2016, a été traduit en anglais et en allemand.
  • Kukum a été le deuxième roman québécois le plus vendu en 2020 et les ventes totales dépassent 57 000 exemplaires.
  • Son roman Atuk, elle et nous vient d’être réédité.
  • Michel est innu de Mashteuiatsh et ses origines autochtones résonnent dans plusieurs de ses écrits.