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J’ai été fraudé à la PCU, et vous?

Notre journaliste a découvert qu’il avait été victime de malfaiteurs en faisant ses impôts

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Nos journalistes vivent eux aussi toutes sortes de problèmes et de péripéties dans leur vie quotidienne. Ils nous livrent ici leurs témoignages personnels dans lesquels plusieurs de nos lecteurs se reconnaîtront.


Eh oui. Je suis journaliste au Bureau d’enquête et je couvre les dossiers sur la protection des données personnelles. Et malgré toutes les précautions que je prends pour les protéger, je me suis fait frauder à la PCU. 

Je connaissais les risques, car mes données personnelles avaient fuité de Desjardins, mon institution financière.

Depuis, je modifie mes mots de passe régulièrement et je me suis inscrit aux alertes Équifax. J’ai néanmoins été fraudé, sans jamais en être informé.  

J’ai su qu’on avait volé mon identité en recevant récemment mon avis de cotisation, après avoir fait mes impôts.     

  • Écoutez Nicolas Lachance raconter son histoire sur QUB radio:    

Depuis, je suis prisonnier de la maison qui rend fou, comme dans Les douze travaux d’Astérix

L’Agence du revenu du Canada (ARC) a elle-même modifié ma déclaration, soutenant que j’avais omis de déclarer la Prestation canadienne d’urgence (PCU), ce fameux programme mis sur pied par le gouvernement Trudeau pour aider les chômeurs pendant la pandémie.

Au chômage ? Moi ?

L’ARC a ainsi bonifié mon salaire imposable sans vérifier. Pardon ? 

L’Agence du Revenu dit ne rien pouvoir faire pour moi. Elle assure que mes données fiscales n’ont pas été compromises et que la demande de PCU a été faite en mon nom durant la pandémie, directement à l’Assurance-emploi.  

Photo Stevens LeBlanc

Non seulement je n’ai pas fait cette demande, mais je n’ai même jamais réclamé de chômage de ma vie ! C’est à ce moment que tout est devenu fou. 

Cette somme sera retirée de mon revenu seulement si l’Assurance-emploi annule de mon dossier le formulaire de prestation de chômage qu’elle a envoyé à Revenu Canada.

Après des heures d’attente au téléphone, un agent de Service Canada écoute enfin ma plainte. « Nous prenons la situation très au sérieux. Un agent vous rappellera pour faire des vérifications. Pour votre avis de cotisation, vous devez contacter l’Agence du revenu du Canada », me signale le téléphoniste. 

J’étais bouche bée. Quand la demande de PCU a-t-elle été faite à mon nom ? À quelle adresse a-t-elle été envoyée ? « Vous n’êtes pas le seul dans cette situation », ajoute-t-il. Point. 

Je dois donc prendre mon mal en patience. Entre-temps, un fraudeur s’est sans doute acheté une belle télévision grâce à mon identité.

  • Écoutez la chronique de Jean-Louis Fortin, directeur du Bureau d'enquête de Québecor

Il s’est finalement écoulé une semaine avant qu’une agente communique avec moi, afin de vérifier si j’étais bel et bien le vrai Nicolas Lachance. Celui qui n’avait jamais réclamé de PCU. Il est, semble-t-il, plus facile de les frauder que de prouver sa réelle identité. 

Une fois convaincue, elle a promis qu’un nouveau formulaire de prestation de chômage, modifié, me serait envoyé par la poste. Je l’attends toujours. 

D’ici là, l’ARC estime encore que j’ai réclamé cette prestation. La ministre du Revenu du Canada, Diane Lebouthillier, a assuré que les victimes n’auraient pas à payer. Ça semble encore nébuleux.  

Données partout 

Je tenais à raconter mon histoire, car ces fraudes se multiplient et nos institutions publiques et privées semblent prendre tout ceci à la légère.  

L’État peine à protéger nos données, mais injecte des millions de $ en subventions à des entreprises, afin qu’elles trouvent des moyens de les valoriser. « La donnée, c’est le pétrole du 21e siècle », répètent nos élus. C’est également un plat de bonbon pour les fraudeurs qui s’amusent à faire suer les honnêtes citoyens.  

Il est peut-être temps que nos gouvernements les protègent sérieusement.

Ce que j’ai pu apprendre durant ma quête   

  • Le fraudeur n’a pas eu besoin de prouver mon identité pour faire une demande en ligne, en mon nom, à l’Assurance emploi.         
  • Mes données dérobées chez Desjardins ont permis aux fraudeurs d’obtenir la PCU facilement. Un simple numéro d’assurance sociale suffisait.       
  • Aucune question de sécurité n’a été posée au fraudeur.        
  • L’Assurance emploi acceptait de poster les chèques à n’importe quelle adresse, même si elle n’était pas liée à celle du demandeur.       
  • Service Canada refuse de dévoiler où l’argent a été posté et dans quel compte bancaire il a été déposé.       
  • L’agente qui a mené l’enquête sur mon dossier m’indique que nous sommes des milliers depuis le début de la saison des impôts à communiquer avec Service Canada pour dénoncer cette fraude.       
  • En mars, déjà 30 000 demandes de PCU avaient été identifiées comme potentiellement frauduleuses, selon la vérificatrice générale du Canada.       
  • On conseille de communiquer avec la police. Ce que je ferai.                

Contactez-moi

Vous avez été victime d’une fraude ou d’un vol d’identité dans les derniers mois ? Vous venez de découvrir en faisant vos impôts qu’on a réclamé la PCU en votre nom ? Je veux lire vos histoires.  

Vous pouvez me contacter en toute sécurité et confidentialité au nicolas.lachance@protonmail.com ou au nicolas.lachance@quebecormedia.com