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Les enfants de la rupture

Divorce and  Separation concept
Photo Adobe Stock Des milliers d’enfants québécois sont touchés par l’aliénation parentale.

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Hier à travers le monde s’est tenue la Journée internationale de sensibilisation à l’aliénation parentale. Phénomène demeuré tabou, je le connais bien. Enfant, j’en ai personnellement été victime. 

Quand vient le temps de la rupture au sein d’un couple et que l’un des deux parents joue dans la tête de l’enfant pour disqualifier, évincer ou exclure l’autre parent de l’univers de celui-ci par orgueil ou pur égoïsme, cela concorde avec la définition de l’aliénation parentale.

Au Québec

L’organisme québécois, Carrefour Aliénation Parentale, nous rapporte que dans approximativement 50 % des couples qui se séparent au Québec, le quart d’entre eux se dénigre et se sabote et que plusieurs autres se livrent une guerre sans merci.

Dans ces circonstances, l’aliénation parentale n’est jamais loin. Des milliers d’enfants québécois, sans le vouloir, sont touchés par ce phénomène. Et en ces temps de pandémie, leur nombre est à la hausse.

L’enjeu mérite la meilleure attention de tous dans le « village », car un enfant déséquilibré et abandonné à son propre sort, cela n’augure rien de bon pour la suite pour lui-même, pour les familles, voire pour la société tout entière.

Mon expérience

Après plusieurs années de vie commune, l’histoire d’amour entre ma mère et mon père prit brutalement fin. Ma mère quitta la maison.

Certes, mon père n’était pas un homme parfait. Il avait des qualités, mais aussi des défauts. Ma mère avait décidé de partir parce que mon père devenait de plus en plus contrôlant, jaloux, possessif.

Craignant pour sa sécurité elle est partie, nous laissant ma sœur et moi sous la garde de notre père. Nous avions respectivement 7 et 6 ans.

Elle s’en était allée reconstruire sa vie à l’étranger, à 6000 km de l’endroit où nous vivions... Notre père en fut très frustré.

Huit années durant, ma sœur et moi adressions des mots, des dessins et des lettres à notre mère via notre père. Malheureusement, toutes ces tentatives de communication étaient restées « lettres mortes »...

Nous avions alors le sentiment que notre mère nous avait abandonnés. Conséquemment, notre affection pour elle diminua. Un vaste vide s’installa dans nos cœurs.

Faute de ressources psychologiques, j’ai dû et pu me réfugier dans la littérature, le théâtre et le... Kung-fu.

C’est quand ma mère revint au pays au bout de huit ans d’absence totale que les pendules se mirent à l’heure... Elle n’avait jamais reçu de lettres de notre part, et nous non plus de sa part. Le responsable au milieu du stratagème : notre père.

Mais le mal était consommé, car notre mère était devenue une parfaite étrangère...

Il aura alors fallu reconstruire le lien affectif rompu. Se connaître et se reconnaître. Tout en retenue et en pudeur avec le sentiment que le temps perdu ne se rattrape pas et l’appréhension d’être abandonné de nouveau...

Ma mère est récemment décédée. Et ma très grande frustration est de ne pas avoir eu l’occasion de lui verbaliser, sans retenue, ces quelques simples mots avant son départ : Je t’aime maman.