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Une grève qui promet d'être courte au Port de Montréal

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Les membres du Syndicat des débardeurs du Port de Montréal ont mis leur menace à exécution en entamant une grève générale illimitée lundi matin, mais celle-ci risque d'être de courte durée.

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Déjà dimanche, le gouvernement libéral de Justin Trudeau avait averti que son parti préparait le dépôt d'une loi spéciale qui forcera le retour sur les docks des quelque 1150 débardeurs travaillant pour l'Administration portuaire de Montréal (ADM). 

  • Écoutez le président de la chambre de commerce de Montréal, Michel Leblanc, avec Benoit Dutrizac sur QUB radio:   

Lundi, le Parti conservateur a indiqué qu'il appuierait probablement le projet de loi, si bien que son adoption serait assurée à la Chambre des communes.

«On a l’intention d’appuyer parce que le port est très important pour notre économie et pour nos exportateurs canadiens», a indiqué le chef Erin O'Toole à LCN, tout en précisant que son parti va examiner le projet de loi avant de donner officiellement son aval.

La veille, la ministre fédérale du Travail, Filomena Tassi, avait indiqué que son gouvernement irait de l'avant avec une loi spéciale puisque «l'arrêt de travail actuel au port cause des dommages importants et potentiellement durables aux économies du Canada, du Québec et de Montréal».

Le NPD et le Bloc, eux, ont accusé les libéraux de laisser tomber les travailleurs. «Les libéraux nous font clairement savoir qu'ils n'ont rien à faire des droits des travailleuses et des travailleurs. C'est honteux d'assister à ce funeste spectacle», a dénoncé le député néo-démocrate Alexandre Boulerice, tandis que le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, a appelé Justin Trudeau à s'impliquer personnellement dans les efforts de médiation.   

  • Écoutez la chronique de Caroline St-Hilaire à l’émission de Pierre Nantel sur QUB radio:   

Inquiétudes

La décision des débardeurs de ne pas rentrer au travail lundi matin, après une deuxième fin de semaine de grève, engendre plusieurs répercussions économiques alors que quelque 275 M$ en marchandises transitent par le port de Montréal et le terminal de Contrecœur chaque jour.

Les commerçants et les PME n'ont d'autres choix que de contourner le problème. «On passe par New York, on passe par le New Jersey, on passe par Baltimore en ce moment. La plupart de nos membres ont déjà commencé à diriger des bateaux vers ces ports là, ce qui occasionne des retards et des coûts supplémentaires lorsqu'il faut retransporter ces produits-là par camion jusqu'à Montréal», a expliqué à TVA Nouvelles Marc Fortin, président du Conseil canadien du commerce de détail.

Quatre ministres du Québec et deux de l'Ontario ont aussi réclamé dans une lettre ouverte adressée à la ministre Tassi qu'Ottawa intervienne rapidement.

«Notre grappe CargoM évalue que ce sont plus de 6000 entreprises du grand Montréal actives en transport et logistique ou qui dépendent de l’activité du port qui pourraient être de nouveau fortement impactées par un autre conflit de travail. Au total, près de 250 000 emplois dans le grand Montréal et 273 000 emplois en Ontario [...] pourraient être touchés», craignent les gouvernements des deux provinces.

Les acteurs régionaux sont aussi inquiets des répercussions de la grève. Par exemple, Acier Simmonds, à Sherbrooke, doit trouver une solution pour recevoir divers matériaux, comme des tuyaux ou des pièces d'armature.

«Si la situation perdure, probablement qu’on va se tourner vers le port de Halifax et faire le reste du trajet par la voie terrestre. Mais ce sont des délais et des coûts supplémentaires», a commenté le directeur des ventes, Philippe Gosselin.

Même son de cloche au Saguenay–Lac-Saint-Jean. «Tous les produits qui proviennent de l’Europe passent par Montréal. Mais là, les fournisseurs les font transiter par New York. Ça occasionne des frais et des délais. Il y a aussi les matières premières qui aident à la fabrication qui doivent entrer au pays», a donné en exemple le propriétaire de Meubles Gilles Émond, François Émond.

Pas une première

Si les salaires ne sont pas en cause dans ce conflit de travail, les débardeurs gagnant jusqu'à 72$ de l'heure les fins de semaine, ceux-ci réclament de meilleures conditions en termes d'horaire. Présentement, les employés doivent demeurer disponibles en tout temps 19 jours sur 21, ce qui nuit à la conciliation travail-famille, selon le syndicat.

Les débardeurs ont déjà tenu une grève de deux semaines en août dernier, avant d'observer une trêve de sept mois qui s'est terminée en mars. Ils tenaient une grève des heures supplémentaires et du travail les fins de semaine depuis deux semaines.

La convention collective des débardeurs est échue depuis plus de deux ans. Une rencontre de médiation était prévue au cours de la journée, pour tenter de dénouer l'impasse.