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Quand Legault refuse de prononcer un mot...

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Toute la journée hier, le premier ministre et son gouvernement ont refusé de dire que le Québec était aux prises avec une « crise du logement ».

Ce refus d’adhérer au vocabulaire de l’adversaire est fréquent de la part de tous les gouvernements. Car les oppositions tentent toujours de les forcer à adhérer à leur vocabulaire, lequel, par la suite, obligera les dirigeants.

Comme en 2002?

Prenez le mot « récession ». Pour un gouvernement, lorsque l’économie va mal, admettre qu’on se dirige vers une « récession » a quelque chose de performatif. Autrement dit, si un ministre ou le premier ministre accrédite cette thèse, il contribue à créer la chose, à la faire advenir.

Bon, cette fois-ci, avec la récession covidienne, il n’y a pas eu de débat. Par son caractère soudain, brutal, par sa cause évidente, elle s’est en quelque sorte imposée.

Mais qu’en est-il de la « crise du logement » ? Le gouvernement Legault craint-il qu’en admettant son existence, il aggrave les choses ?

À écouter la ministre de l’Habitation Andrée Laforest, hier matin, on avait cette impression. Elle reprocha d’abord aux oppositions de jouer « sur la sémantique ». Selon elle, dire qu’il y a une crise « donnerait raison aux propriétaires ». « Moi, je prends autant pour les propriétaires que les locataires. Alors, dire qu’il y a une crise du logement... il faut quand même être prudent. »

Peut-être, mais si on se retrouve avec 600 familles à la rue le 1er juillet, comme en 2002, par refus de nommer un problème, les locataires ne seront certainement pas plus avancés.

Pas de définition

Du reste, les oppositions pourraient être plus efficaces. En mettant en avant une définition plus claire et objective de « crise du logement » par exemple.

Une récession, c’est simple : le « recul du PIB sur une période d’au moins deux trimestres consécutifs ». Tout ministre économique doit connaître cette définition par cœur. (Les plus vieux se souviendront du péquiste Gilles Baril, qui avait trébuché douloureusement sur cette question en 2001.)

Manon Massé, de QS, en étude de crédits, hier, a déployé beaucoup d’énergie pour coincer le premier ministre Legault sur la crise du logement. Quand M. Legault­­­ lui répondit en soulignant une petite hausse récente du taux d’inoccupation, Massé bifurqua sur la question du logement pour les étudiants.

Quelques minutes auparavant, dans la bouche de Dominique Anglade, la crise du logement, c’était aussi, surtout, la surchauffe immobilière. Et la difficulté d’accéder à la propriété.

Avec des définitions aussi mouvantes, le gouvernement a beau jeu de se défiler. De relativiser les problèmes. Je ne dis pas qu’il a raison de refuser d’accréditer la notion.

Refus nombreux

On pourrait même lui reprocher d’en faire une habitude. Peut-être parce que son refus d’accepter la notion – certes militante et piégée – de « racisme systémique » a été payant dans l’opinion.

Autre refus sémantique du premier ministre : admettre l’existence d’une « pénurie de main-d’œuvre ». Il insiste chaque fois sur le fait que le Québec ne compte pas assez d’« emplois payants ». Pourquoi ? Pour éviter de parler d’immigration ?