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Des images intimes publiées sur l’application Télégram

Certaines photos ont été exposées sans le consentement de celles qui y figurent

Cyberintimidation
Photo Chantal Poirier Une photo intime de cette Montréalaise de 18 ans a circulé sans son accord dans une discussion sur Télégram.

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La police de Montréal enquête sur une conversation rassemblant des milliers de personnes sur le réseau social Télégram, où circulent des images de jeunes femmes dans un contexte intime, sans le consentement de celles-ci.

« On a publié des photos [osées] que j’avais envoyées à mon ex-conjoint. Ce sont des photos qui datent, car ça fait plus de deux ans que je ne suis plus avec [lui]. J’avais confiance en lui », rapporte une jeune mère qui a demandé l’anonymat après avoir constaté que ses clichés avaient été partagés avec des inconnus.

Le fil de discussion en cause a été créé par des auteurs inconnus au début de la semaine sur le réseau social Télégram, où les participants peuvent publier anonymement du contenu (voir autre texte).

Hier, il rassemblait plus de 3200 participants qui se partageaient sans aucune retenue des vidéos et des photos à caractère sexuel de plusieurs femmes.

D’après la Montréalaise de 22 ans, une photo de sa fillette de 11 mois, qu’elle avait publiée sur Instagram [un autre réseau social], a même été mise dans le groupe, et des commentaires dégradants à son égard ont suivi.

Des nuits blanches

« Je n’ai pas dormi de la nuit et j’en ai fait une crise de panique en apprenant que des commentaires du genre “Elle va être bonne à 18 ans” circulent à propos de mon enfant. Je n’arrivais plus à respirer. Je ne me sens plus en sécurité chez moi », décrit-elle en éclatant en sanglots.

D’ailleurs, les commentaires infâmes et misogynes envers les femmes sont nombreux dans cette conversation, a-t-on pu observer en s’y infiltrant.

Le Journal s’est entretenu avec trois autres femmes, de 18 et 22 ans, qui ont vu leurs images intimes être publiées dans la discussion sans leur consentement.

« Il y a tellement de filles qui, comme moi, sont là sans avoir donné leur accord. Il y a même des mineures. Je les invite à aller porter plainte. Elles ne sont pas seules, insiste une seconde Montréalaise. C’est dégueulasse ce qu’ils font. »

Après que plusieurs de ses amies se sont retrouvées au cœur de cette tempête, Angela Figueroa a lancé une pétition en ligne qui avait récolté hier plus de 3600 signatures.

« Mon but est d’attirer l’attention sur la situation pour la dénoncer. Je voulais aussi dire qu’on n’est pas les seules qui veulent que ça cesse », explique-t-elle.

Le Service de police de la Ville de Montréal a ouvert une enquête, mais a refusé de commenter davantage pour ne pas nuire au processus.

Sensibiliser les jeunes

Selon Paul Laurier, président de la firme de cyberenquête Vigiteck, il faut davantage de sensibilisation auprès des jeunes.

« Que ça soit à ton chum ou ton ami en qui tu as confiance, il faut que les jeunes soient conscients des dangers d’envoyer des images intimes. Une fois qu’une photo se retrouve sur internet, il est impossible de l’effacer totalement », dit l’ex-policier.

– Avec la collaboration de Francis Pilon

Depuis 2014, la diffusion d’une image intime de quelqu’un sans son consentement est illégale au Canada.

Un réseau social populaire pour sa confidentialité  

Le réseau social Télégram, sur lequel circule une conversation qui diffuse sans consentement des images intimes de jeunes Montréalaises, promet la plus grande confidentialité à ses utilisateurs.

« C’est très populaire parce qu’il y a la possibilité de créer des communautés isolées et de s’y connecter de façon anonyme. C’est-à-dire que c’est difficile de retracer la réelle identité derrière [le contenu] qu’une personne véhicule », explique Steve Waterhouse, expert en cybersécurité.

L’application de messagerie instantanée a été créée en 2013 par les frères russes Nikolaï et Pavel Dourov après que leur gouvernement eut pris le contrôle de leur précédent réseau social, VKontakte, fort populaire dans ce pays.

En inventant Télégram, les deux opposants au président Vladimir Poutine souhaitaient développer un moyen de communiquer hors du regard des Services secrets russes.

Conversations secrètes

Ainsi, l’application se distingue donc par son niveau de confidentialité.

« Supprimez des messages, groupes, échanges secrets et historiques d’appels pour tout le monde, sans laisser la moindre trace », promet-on aux utilisateurs.

L’application offre même la possibilité de créer des conversations secrètes qui utilisent un cryptage de bout en bout.

Il y a également très peu de modération ou de restrictions quant à la nature du contenu qui y est diffusé selon l’ancien policier Paul Laurier, président de la firme de cyberenquête Vigiteck.

Repaire d’islamistes

Pour ces raisons, la plateforme est notamment reconnue pour être utilisée par l’organisation terroriste islamiste Daech et certains groupes d’extrême droite.

« Les gens utilisent [aussi] la plateforme pour s’échanger rapidement et anonymement du contenu pornographique, poursuit Steve Waterhouse. À la base, c’est un problème de société plus que technologique. Même si on ferme cette application, une autre va apparaître. »

L’expert invite d’ailleurs à une plus grande éducation parentale et à davantage de sensibilisation face à ce phénomène.