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La SAQ fête ses 100 ans aujourd'hui

Le 1er mai 1921, la Commission des liqueurs du Québec ouvrait son premier magasin

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Il y a 100 ans aujourd’hui, la Société des alcools du Québec (SAQ), baptisée alors la Commission des liqueurs du Québec (CLQ), ouvrait ses premiers magasins dans la province avec un inventaire de 323 produits. Le gouvernement espérait ainsi mieux encadrer le marché de l’alcool.

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«Aujourd’hui, on vend 15 000 produits dans les magasins et nous avons 20 000 importations privées», a affirmé au Journal la présidente de la SAQ, Catherine Dagenais. «Le Québec a été la première province ou État en Amérique du Nord à se positionner contre la prohibition», rappelle-t-elle.

Dès sa première année d’activité, la CLQ, qui a été créée sous le gouvernement du premier ministre libéral Louis-Alexandre Taschereau en février 1921, se bâtit un réseau de 64 magasins et compte 415 travailleurs. 

Le premier employé embauché, raconte la SAQ, a été «un chimiste qui assurait la qualité des produits récupérés des commerçants, des tenanciers d’auberges et de bars». Il faut dire que, lors du démarrage de ses activités, la CLQ a racheté tous les lots de produits alcooliques partout dans la province.

C’était la période de prohibition de l’alcool. Plusieurs gouvernements cherchaient à enrayer l’abus de ces produits par les citoyens. La contrebande était à son plus fort à travers l’Amérique. 

Dès 1922, la CLQ a ouvert un bureau à Paris afin de se rapprocher des producteurs de vins. Cet établissement a toutefois été fermé dans la foulée de la crise économique des années 1930, note la SAQ.

Rien de comparable

Les magasins de la CLQ n’ont rien de comparable avec les succursales d’aujourd’hui. À l’époque, un grillage séparait les employés des clients. Les gens ne pouvaient pas voir les produits.

C’était également un maximum d’une bouteille de spiritueux à la fois par personne jusque dans les années 1930, et elle devait être enveloppée dans un papier spécial à sa remise au client. Il n’y avait toutefois pas de limite de vente sur les bouteilles de vin.

En 1961, la CLQ devient la Régie des alcools et les grillages disparaissent des magasins. La première succursale «semi-libre-service» voit le jour à Place Ville-Marie, à Montréal. En 1969, le réseau compte 229 points de vente et la société d’État surfe sur l’engouement créé pour les vins par l’Expo 67.

Puis, en 1971, la SAQ prend la relève de la Régie des alcools.

Depuis des années, certains remettent en doute le modèle du monopole de la SAQ. En 2019, le gouvernement caquiste avait écarté toute privatisation totale ou partielle de la société d’État. 

«La SAQ d’aujourd’hui ne serait pas ici si elle n’avait pas su évoluer. La SAQ a été dynamique ces dernières années», a répondu Mme Dagenais, en réitérant que cette décision revient au gouvernement. 

Période importante

Selon la présidente, la SAQ traverse de nouveau une période importante de son histoire, actuellement, où elle doit continuer d’évoluer. La COVID-19 a notamment forcé la société d’État à accélérer son virage numérique. La direction dit toutefois toujours croire à l’importance des magasins.

«La prochaine évolution [...] c’est la modernisation de notre chaîne d’approvisionnement, de nos entrepôts et de notre site. Nous sommes rendus à un point de rupture et on doit s’organiser pour être en mesure de sortir plus de quantités liées aux commandes en ligne», conclut-elle. 

La SAQ espère également diminuer ses délais de livraison d’ici 2024 pour les commandes en ligne. Elle aimerait offrir un service en 24 h.  

Les Bellefleur, une famille qui a la SAQ dans le sang  

Martine Bellefleur travaille pour la SAQ depuis 1997, on la voit toute petite dans un sac à l’effigie de la société d’État.
Photo courtoisie
Martine Bellefleur travaille pour la SAQ depuis 1997, on la voit toute petite dans un sac à l’effigie de la société d’État.

La Société des alcools du Québec (SAQ), c’est une histoire qui perdure depuis plus de 40 ans dans la famille Bellefleur. Il y a tellement de membres de cette famille qui ont travaillé à la SAQ, qu’il en devient difficile de ne pas oublier quelqu’un. Père, belle-mère, mère, sœur, fille, conjoint, oncle et bientôt, peut-être, les deux plus jeunes. 

Photo courtoisie

Martine Bellefleur y travaille depuis presque un quart de siècle. Il faut dire qu’à sa naissance, elle baignait déjà dans le milieu. Son père Richard et sa mère Nicole Fortin étaient des employés de la société d’État.

Lui était coordonnateur des événements au sein des communications, il a pris sa retraite après 40 ans en 2013, et elle a notamment occupé un poste d’adjointe administrative au service de l’aménagement et ingénierie.

Nicole a passé plus de 30 ans dans cette organisation.

Martine se décrit aujourd’hui comme «le petit casque blanc de la SAQ». 

En fait, elle collabore à l’aménagement du réseau de succursales. Elle a commencé, comme la majorité de ses collègues, avec un statut temporaire comme employé de magasin, à 19 ans, en 1997. 

Le père de Martine, Richard Bellefleur, et sa mère Nicole Fortin y ont aussi travaillé, tout comme de nombreux autres membres de cette famille.
Photo courtoisie
Le père de Martine, Richard Bellefleur, et sa mère Nicole Fortin y ont aussi travaillé, tout comme de nombreux autres membres de cette famille.

«Déjà toute jeune, je dessinais des magasins de la SAQ et j’assistais mon père dans l’élaboration de ses maquettes», se remémore la mère de deux enfants de 15 et 13 ans. Elle a aussi rencontré son conjoint, Louis-Jean Alexandre, à la SAQ. Il travaille au sein du service de livraison.

Un thème omniprésent

Martine ne cache pas que la société d’État a souvent été un sujet à la table lors des soupers dans sa jeunesse. Elle suivait également parfois ses parents au bureau. «J’entendais tout le temps parlé de la SAQ», ricane-t-elle.

Plus jeune, Martine a entamé un baccalauréat en enseignement de langue seconde. «Je me suis rendu compte que ce n’était pas ce que je voulais faire. J’ai alors décidé de faire un diplôme d’études collégiales en design intérieur. Je travaillais déjà dans une succursale», raconte-t-elle.

C’est lors d’un affichage de poste en mai 2000 qu’elle a changé de carrière. Un poste qu’elle s’était vu refuser l’année d’avant puisqu’elle n’avait pas la formation nécessaire.

Pour sa part, Nicole a connu deux carrières à la SAQ. Elle y a été de 1973 à 1988 et de 2000 à 2017. L’accessibilité à des emplois supérieurs pour les femmes a beaucoup évolué ces dernières années dans la société d’État, concède-t-elle. «C’est beaucoup plus ouvert et accessible», poursuit-elle.

Nicole et Martine affirment que la SAQ offre de bonnes conditions de travail, tant pour les étudiants que pour ceux qui veulent y faire une carrière.    

  • La SAQ compte plus ou moins 7000 travailleurs.    

La SAQ dans le temps   

  • 1er mai 1921 : Ouverture des premiers magasins de la Commission des liqueurs du Québec (CLQ).   
  • 1921 : 323 produits disponibles.   
  • 1922 : Prix d’une bouteille de champagne Veuve Clicquot (1,14 L) : 3,75 $.   
  • 1933 : Fin de la prohibition américaine ; baisse des revenus de la CLQ enregistrée avec la fin de la prohibition américaine : 15 millions $.   
  • 1942 : Prix d’un Châteauneuf-du-Pape : 3 $, aujourd’hui autour de 50 $.   
  • 1961 : La CLQ devient la Régie des alcools. C’est la fin des succursales grillagées.    
  • 1960 : Premier magasin en libre-service à Sherbrooke.   
  • 1971 : La Société des alcools du Québec (SAQ) remplace la Régie des alcools.   
  • 1978 : Les vins apparaissent dans les épiceries.   
  • 1990 : Première circulaire de la SAQ.   
  • 2006 : Naissance de l’Espace Cellier.   
  • 2011 : La SAQ remet pour la première fois plus d’un milliard de dollars au gouvernement du Québec.   
  • 2015 : Lancement SAQ Inspire.   
  • 2021 : 100 ans de la SAQ. La société d’État compte 35 000 produits provenant de 80 pays, dont 20 000 en importation privée.       

Il y a eu 20 présidents depuis 1921. Il y a eu une femme par intérim, Suzanne Paquin, en 1997-1998, et Catherine Dagenais est devenue officiellement la première femme à occuper ce poste en 2018. 

Progression du nombre de succursales    

  • 1921: 64   
  • 1930: 111   
  • 1950: 120   
  • 1969: 229   
  • 1977: 310   
  • 1990: 345   
  • 2005: 403   
  • 2020: 410       

Source : SAQ