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Les enfants préfèrent les terrains vagues

Les jeunes devraient pouvoir jouer librement et apprivoiser le risque, selon des experts

jeu libre
Photo Louis-Philippe Messier Le fils de notre chroniqueur est accroupi sur une «montagne» sur un terrain vague.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


 À la limite de mon quartier, il y a un terrain vague magnifique avec d’imposantes montagnes de gravier, des étangs où lancer des cailloux et de la boue mangeuse de souliers.

Mon jeune fils et des petits amis du quartier peuvent jouer pendant des heures dans ce décor post-apocalyptique qui, si les plans de la compagnie Ray-Mont Logistiques se concrétisent, deviendra bientôt un champ de conteneurs maritimes entouré de barbelés...

En ville, les terrains vagues, si magiques pour les enfants, ont tendance à disparaître.

Un, on n’est pas censé y aller. Ce n’est pas « légal ».

Deux, quelqu’un finit toujours par y bâtir quelque chose.

Les parents qui, comme moi, lâchent leurs ouailles dans ce merveilleux terrain de jeu officieux méritent-ils un bonnet d’âne ?

Des jeunes courent sur des tuyaux sur le site d’une ancienne fonderie.
Photo Louis-Philippe Messier
Des jeunes courent sur des tuyaux sur le site d’une ancienne fonderie.

Pas selon la pédiatre Mariana Brussoni : « Si nous voulons que nos enfants soient en sécurité, nous devons les laisser apprendre à prendre des risques », rappelle dans une conférence (diffusée sur YouTube) celle qui dirige depuis 20 ans un laboratoire de recherche à l’hôpital pour enfants de Colombie-Britannique.

« Les jeux à risque en plein air, y compris les jeux difficiles, rapides, en hauteur, avec outils ou des éléments tels que l’eau ou le feu favorisent non seulement le développement social et physique des enfants, mais aussi le bien-être émotionnel, la confiance en soi, la gestion des risques et l’activité physique », explique-t-elle.

Camp d’aventure

Avec une philosophie similaire à celle de la Dre Brussoni, l’organisme Le lion et la souris promeut le jeu libre à Montréal par le truchement, notamment, d’un « camp d’aventure » estival. 

En guise de jouets : des outils, des planches, des bâtons, de vieux pneus, des barils, etc.

« Notre camp se déroule en partie au Champ des Possibles, dans le Mile-End, un ancien terrain vague semblable à celui dont ton fils raffole », m’explique Roxanne Marcil, la responsable du rayonnement de l’organisme.

Dans le cas du Champ des Possibles, des citoyens sont arrivés à préserver l’aspect en friche et l’usage public du lieu.

Bienfaits scolaires

Le jeu libre a aussi des bienfaits scolaires, jugent les enseignantes Nancy Fall et Émilie Lessard, de l’école Saint-Malo de Québec. Elles consacrent un jour sur dix de leur programme entièrement au plein air, souvent au Domaine Maizerets.

« Les enfants s’épanouissent et perdent leurs complexes si on les laisse jouer pendant des heures dans un boisé », remarque Mme Fall.

Des enfants de l’école Saint-Malo à Québec passent plusieurs journées d’école à jouer librement en nature.
Photo courtoisie, Nancy Fall
Des enfants de l’école Saint-Malo à Québec passent plusieurs journées d’école à jouer librement en nature.

« Un enfant maladivement timide va grimper très haut dans un arbre et crier joyeusement aux autres : Regardez-moi ! »

L’enseignante estime le taux de satisfaction de ses petits protégés à l’égard du libre jeu en nature à environ... 100 % !