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On ne battra pas les Russes en patinage artistique simple avant 12 ans

Joëlle Carpentier
Capture d’écran tirée du documentaire Pression Joëlle Carpentier, consultante en psychologie sportive à l’UQAM

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En changeant la manière dont on entraîne nos athlètes, on doit faire une croix sur des podiums en simple dans le patinage artistique pour les deux prochaines éditions des Jeux olympiques, estime une consultante en préparation mentale et ancienne patineuse.

Les athlètes canadiens font face, sur la scène internationale, à des compétiteurs russes souvent plus jeunes et très minces, qui sont loin de s’entraîner dans des conditions comme les nôtres. 

D’ailleurs, aux derniers Championnats du monde, à Stockholm, il y a quelques semaines, le podium a été dominé par les patineuses russes en simple. 

Mais comment le Canada pourra-t-il tirer son épingle du jeu dans les prochaines années?

Changer le système  

Selon la consultante en préparation mentale et ancienne patineuse artistique Véronique Richard, pour y arriver, «le système canadien doit changer». 

D’après elle, il faut avoir une vision à long terme axée sur la science et le bien-être des patineurs, contrairement aux Russes, qui préconisent la répétition dans les entraînements et l’imposition de structures rigides. 

«C’est clair qu’il n’y aura pas de Canadiens, en simple, sur le podium aux prochains Jeux olympiques ni à ceux d’après, parce que les Russes ont pris le short cut. Par contre, si on prend une perspective de 12 ans et qu’on veut bâtir un système aussi performant, qui va se faire dans un environnement sain, c’est possible.» 

«Au Canada, on n’a pas encore assez amené l’intelligence scientifique, poursuit-elle. Le patinage artistique devrait se munir de biomécaniciens [spécialistes du mouvement du corps humain et de son interaction avec le milieu dans lequel il évolue]. Je ne pense pas que les Russes vont prendre cette approche-là, pas à court terme.»

Prendre soin de l’humain

Même son de cloche du côté de Joëlle Carpentier, consultante en psychologie sportive, qui souligne que l’Angleterre a décidé, cette année, de financer le développement du sport sur 12 ans en s’appuyant aussi sur la science.  

  • Écoutez la journaliste Marie-Christine Noël et Julianne Séguin, ex-patineuse artistique, avec l’animateur Jean-François Baril dans son balado Avantage NumériQ  

«On sait mieux, maintenant, ce qui aide un athlète à performer, mais il faut prendre une pause et allonger la période qu’on donne pour se développer, renchérit-elle. La performance ultime va arriver quand les êtres humains seront bien. Il faut rassurer les organisations. Prenez soin de l’humain et les médailles vont arriver sur le long terme et dans la constance.» 

Véronique Richard a vu des résultats concluants. 

«Les coachs sont plus à l’écoute. On leur dit que, psychologiquement, cet athlète serait plus en forme si on diminuait sa quantité d’entraînements, puis on l’essaie et on voit un gain.»

Mme Richard prévient qu’on devra aussi arrêter de financer seulement les sports qui rapportent des médailles, et plutôt financer les sports en fonction de la qualité du service offert à l’athlète.  

«Quand [les entraîneurs] se font dire que leur sport va peut-être disparaître de la map s’ils ne se rendent pas aux Olympiques, ne soyez pas surpris si certains d’entre eux pètent leur coche ou disent des choses, à des athlètes, qui sont totalement inacceptables», soutient-elle. 

«Les Russes gagnent comme ça et ne s’en cachent pas. On utilise des systèmes de financement qui sont un peu similaires, basés sur les résultats seulement. Faut que ça change.» 


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