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Plus de 160M$ de fonds publics qui bénéficient à Bell

Montréal et Québec ont rénové les deux îles où la famille Bell-Groupe CH organise des événements

Plus de 160M$ de fonds publics qui bénéficient à Bell
Photo courtoisie

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En devenant promoteur du Grand Prix du Canada, Bell sera, avec sa grande famille d’entreprises privées, le principal bénéficiaire de plus de 160 millions $ de fonds publics investis depuis cinq ans au parc Jean-Drapeau.

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Tant l’île Sainte-Hélène que l’île Notre-Dame (les deux îles qui composent le parc Jean-Drapeau) ont fait l’objet de travaux importants financés par la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec au cours des dernières années. 

Une compilation de notre Bureau d’enquête montre des investissements publics de 164 M$ en infrastructures qui bénéficient à des événements aujourd’hui liés à Bell. 

Et ce, sans compter une entente annuelle avec l’organisation de la Formule 1 qui coûtera entre 18,5 M$ et 26 M$ par année jusqu’en 2031.

Sur l’île Sainte-Hélène, le Groupe CH de la famille Molson, dont Bell est un actionnaire et partenaire important, profite pour ses festivals d’un réaménagement en profondeur lancé en 2016. Le chantier terminé l’an dernier a coûté 73,4 M$ de fonds publics. 

Amphithéâtre

Les trois événements majeurs qui se tiennent dans l’amphithéâtre extérieur flambant neuf de 65 000 places sont organisés par le promoteur evenko, propriété du groupe CH. Il s’agit des festivals Osheaga, Heavy Montreal et ÎleSoniq.

En 2017, une enquête de La Presse révélait que l’administration de l’ex-maire Denis Coderre avait modifié les plans du réaménagement pour mieux accommoder ces festivals.

« Les équipements répondent aux besoins d’un seul producteur, evenko », résumait une source au quotidien. 

Le reportage insistait aussi sur la proximité entre Jacques Aubé, alors vice-président exécutif chez evenko, et M. Coderre.

Paddocks à vos frais

L’autre moitié du parc Jean-Drapeau, l’île Notre-Dame, a aussi bénéficié de dizaines de millions de dollars en rénovations qui profitent désormais à Bell.

Ces rénovations concernent les installations nécessaires au Grand Prix de F1, dont Bell est maintenant le promoteur, notamment les paddocks et la piste de course.

Et pas plus tard que le 14 avril dernier, la mairesse Valérie Plante a dévoilé un plan directeur de près d’un milliard de dollars pour mieux aménager et mettre en valeur le parc au cours des 10 prochaines années. 

Elle souhaite « un meilleur équilibre entre ses composantes nature et événementielle ». 

Une promenade riveraine de 15 km autour des îles sera notamment aménagée. 

Le réaménagement pour le 375e

Plus de 160M$ de fonds publics qui bénéficient à Bell
Photo courtoisie

L’administration Coderre a veillé à la rénovation de toute la portion sud de l’île Sainte-Hélène. Le chantier, lancé en 2017, était doté d’un budget total de 73,4 M$, et c’était un des principaux legs prévus pour le 375e anniversaire de Montréal.

Une très large allée centrale sur toute la largeur de l’île Sainte-Hélène, entre la Biosphère et l’Homme de Calder, facilite les déplacements. Elle permet aussi de relier la station de métro au nouvel amphithéâtre en plein air de 65 000 places.

Cet amphithéâtre est muni d’infrastructures électriques permanentes pour des concerts. Une aire de restauration et de nouveaux bâtiments sanitaires ont également été aménagés.

La Ville de Montréal a ramassé 38,4 M$ de la facture et le gouvernement du Québec a épongé les 35 M$ restants. 

Les paddocks

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Photo Chantal Poirier

Les nouveaux paddocks du circuit Gilles-Villeneuve, construits en 2019, ont coûté 60 M$. C’est la Ville de Montréal (41 M$) et le gouvernement du Québec (18 M$) qui ont assumé cette facture, qui a doublé par rapport aux estimations de 2014. Un contrat d’« améliorations locatives » a déjà été octroyé au constructeur, Groupe Geyser, en 2020, pour 1,5 M$. 

Deux autres contrats totalisant 2,7 M$ ont aussi été donnés au début de 2021 pour des travaux électriques et de revêtement de sol dans les garages. De plus, la Ville a dû payer 4 M$ en pénalité à l’organisation de la F1 faute d’avoir livré les installations pour le Grand Prix du Canada de 2017. 

La zone hospitalité 

La remise à neuf de la zone hospitalité a été prévue en même temps que la réfection des paddocks, en 2014, sous l’administration du maire Denis Coderre. En 2017, la rénovation de cette zone, située à l’arrière des paddocks, a coûté plus de 16 M$. Depuis, plus de 2 M$ ont été dépensés pour le raccordement de l’électricité et des égouts pour le Grand Prix de 2018 et celui de 2019. 

Améliorations au circuit depuis 2017

La Société du parc Jean-Drapeau, dont 45 % des revenus viennent de la Ville de Montréal, dépense chaque année des sommes importantes pour aménager la piste du circuit Gilles-Villeneuve pour le Grand Prix de F1. Il s’agit de travaux de pavage, de murets de béton et d’installations de clôtures de sécurité, notamment. 

2017 : 747 000 $

2018 : 1,2 M$

2019 : 1,9 M$

2020 : 977 000 $ 

Entente annuelle (2019)

La Société du parc Jean-Drapeau doit verser un montant annuel à Formula One World Championship pour son inscription au calendrier des courses. C’est cette entente qui vient d’être étendue jusqu’en 2031. Les années 2030 et 2031 coûteront respectivement 25 M$ et 26 M$. Pour le dernier Grand Prix qui s’est tenu à Montréal, le parc Jean-Drapeau a versé 18,5 M$ à la F1. Cet argent provient essentiellement des trois paliers de gouvernement :

Canada : 5,5 M$

Québec : 4,62 M$

Montréal : 1,2 M$