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François Gendron: Une carrière forgée par son enfance

L’ex-député François Gendron raconte sa jeunesse difficile qui l’a mené à passer 42 ans comme député

Gendron
Photo courtoisie, Élye Carrier François Gendron publie sa biographie dans laquelle il raconte son enfance difficile et sa carrière de député qui a duré 42 ans.

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Élevé « à la dure » sur une petite ferme abitibienne, François Gendron a vu son père mourir trop jeune et a dû bûcher fort pour faire ses études, un parcours qui a marqué celui qui détient le record de longévité à l’Assemblée nationale.

« Mon père était cultivailleur. [La ferme n’était pas rentable, il devait travailler dans une usine pour compléter ses revenus.] Quand tu fais le train le matin avant d’aller à l’école du rang à pied, ça forme le caractère », laisse tomber l’ancien député péquiste en entrevue.

Dans sa biographie, il revient sur ses racines qui ont profondément marqué sa longue carrière à l’Assemblée nationale, ses convictions sociales-démocrates et son penchant régionaliste.

<strong>François Gendron, 42 ans de passion pour le Québec et ses régions</strong><br><em>Écrit en collaboration avec Samuel Larochelle</em><br>aux Éditions Druide
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François Gendron, 42 ans de passion pour le Québec et ses régions
Écrit en collaboration avec Samuel Larochelle
aux Éditions Druide

De La Sarre à Pékin

En 2012, vice-premier ministre, il est reçu en grand lors d’une visite en Chine. « Je n’arrivais pas à croire qu’un petit gars du 6e et 7e Rang Ouest de La Sarre, un fils de cultivateur qui a perdu son père très jeune, ait la chance de vivre ça », écrit-il.

Car M. Gendron, qui a occupé 11 ministères durant sa carrière, dont l’Éducation, ne l’a pas eu facile. Son père, Odilon Gendron, s’est établi en Abitibi dans le cadre du plan de colonisation Vautrin et « pour éviter la conscription de 1940 ». Dès son arrivée, sa mère, Marguerite Mercier, a été « catastrophée en constatant les conditions de vie sur place ».

Sa famille vivait une vie de paysans, « sans télévision ni beaucoup d’argent ». « La toilette à eau est arrivée chez nous quand j’avais 12 ans. On devait faire nos besoins dehors ou dans un contenant placé dans la cave », écrit-il.

L’école à l’arraché

Dire que le système scolaire de l’époque laissait à désirer est un euphémisme. Après son passage à la petite école, ses parents souhaitaient le garder à la maison pour qu’il travaille à la ferme. 

Un religieux, cousin de son père, convainc la famille de l’envoyer au juvénat. C’est sa tante Isabelle qui met la main à la poche pour l’envoyer au secondaire, à Berthierville, dans Lanaudière.

Fils d’agriculteur et provenant d’un milieu modeste, il s’est battu toute sa jeunesse pour être éduqué.
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Fils d’agriculteur et provenant d’un milieu modeste, il s’est battu toute sa jeunesse pour être éduqué.

Puis le malheur frappe. Le directeur de conscience de François Gendron arrive à la conclusion que le jeune homme de 17 ans n’a pas la vocation religieuse, et le met à la porte du collège. Lorsqu’il revient de Berthierville pour l’annoncer à ses parents, la tragédie a frappé. Son père est décédé dans un accident automobile causé par un chauffard en état d’ébriété.

Il réussit toutefois à convaincre les religieux de le reprendre, mais sous conditions. Il doit s’occuper du ménage des toilettes, et n’a pas le droit de participer aux récréations. « Cette expérience m’a forgé le caractère et permis d’apprendre que des convictions, ça se défend », écrit M. Gendron.

Camelot à 19 ans

Jusqu’à ce qu’il obtienne son brevet d’enseignement, M. Gendron devra accumuler les petits boulots pour survivre. « J’étais camelot à 19 ans, les gens me traitaient de grand niaiseux », dit-il. À un moment, il dort dans un sous-sol d’église et se lave à la débarbouillette.

Lorsqu’il est élu député d’Abitibi-Ouest en 1976 avec la vague qui porte au pouvoir le Parti québécois de René Lévesque, M. Gendron, enseignant et syndicaliste, porte avec lui ces expériences. Il mènera un important combat pour que l’Abitibi-Témiscamingue ait sa propre université. 

Dans les années 1980, il pilote une réforme du développement régional. Et le fils d’agriculteur dépose une politique de souveraineté alimentaire en 2012 sous le gouvernement Marois.

Anxiété

Mais son parcours politique a laissé des traces sur sa santé.  

« J’ai fait des crises de panique sur une base régulière entre 1983 et 1990 », écrit-il. Il s’est retrouvé une dizaine de fois à l’urgence en cinq ans. Il a toutefois repris le contrôle sur sa santé en recevant des soins psychologiques.

Aujourd’hui, M. Gendron, qui réside à La Sarre, à quelques dizaines de kilomètres de son lieu de naissance, reconnaît qu’il « a de la peine » à voir l’état actuel du PQ. Il ne croit pas qu’il verra l’indépendance du Québec, à laquelle il croit toujours, de son vivant. 

M. Gendron a été honoré par plusieurs premiers ministres pour sa carrière politique.
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M. Gendron a été honoré par plusieurs premiers ministres pour sa carrière politique.

Mais à 77 ans, il continue de croire qu’un jour le Québec reprendra sa marche vers la souveraineté. « Je vous ferai une liste d’attachés politiques de la CAQ qui ont encore la souveraineté tatouée sur le cœur », dit-il en riant.

François Gendron, 42 ans de passion pour le Québec et ses régions, écrit en collaboration avec Samuel Larochelle, sera disponible le 5 mai, aux éditions Druide.