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Nulle trace: une science-fiction philosophique

Nulle trace
Photo courtoisie, K-FILMS AMÉRIQUE Monique Gosselin et Nathalie Doummar dans le film Nulle trace.

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On se demande tous, un jour ou l’autre, quel est le sens de notre existence. Fasciné par cette question depuis plusieurs années, le cinéaste Simon Lavoie s’est penché sur les notions de foi et de spiritualité dans son nouveau film, Nulle trace, une œuvre poétique campée dans un univers post-apocalyptique.

Dans un futur proche, une contrebandière solitaire (Monique Gosselin) roule sur un chemin de fer qui longe le bord de l’eau à bord d’une draisine à moteur. Sur son chemin, elle embarque à bord de son véhicule une jeune femme pieuse (Nathalie Doummar) et son bébé pour aller les mener vers le conjoint de celle-ci, qui les attend de l’autre côté de la frontière. 

Quelques jours plus tard, les chemins des deux femmes se croiseront de nouveau quand, face à la menace de mystérieux miliciens armés, elles devront se cacher ensemble dans une petite cabane au milieu de la forêt. Alors que la première tentera de trouver un moyen de survivre, l’autre se réfugiera dans la prière et la spiritualité.  

« Pour moi, la base du récit, c’est ce questionnement à savoir si un dialogue est possible entre deux personnes qui sont radicales chacune à sa façon, explique Simon Lavoie (La petite fille qui aimait trop les allumettes, Le torrent), en entrevue au Journal.

« Le personnage joué par Monique Gosselin est une personne athée, matérialiste et profondément terre à terre qui est hostile à toute spiritualité. À l’opposé, celui campé par Nathalie Doummar est une jeune femme profondément pieuse qui s’adonne à des rituels complètement illogiques. Est-ce qu’un dialogue est possible entre ces deux conceptions du monde ? Je trouvais ça riche comme questionnement parce que ça résonne avec plein d’enjeux de société actuels. 

« Quand on entend parler de l’islam, par exemple, c’est souvent pour des questions d’intégration ou de vivre ensemble. Mais on ne parle jamais du fond des choses, de ce qu’apporte cette spiritualité-là aux gens qui pratiquent cette religion. On se pose tous un jour ou l’autre des questions sur le sens de notre existence. Qu’arrive-t-il après notre mort ? Même si on occulte ça souvent dans nos vies, on est toujours confrontés à se demander s’il y a quelque chose de plus grand que nous. »

En tournant Nulle trace en noir et blanc et en situant le récit dans un univers futuriste ou parallèle, Simon Lavoie a pu exploiter pour la première fois de sa carrière les décors uniques et majestueux de sa région natale, Charlevoix. Il a aussi pris beaucoup de plaisir à revisiter les codes du cinéma de science-fiction. 

Cinéma de genre

« J’ai l’impression que souvent, c’est dans le cinéma de genre – la science-fiction ou l’horreur – qu’il y a le plus de cinéma, observe-t-il. C’est dans ce genre de films qu’on utilise le plus l’expressivité de la mise en scène. »

En ce sens, le cinéaste québécois ne cache pas que le classique Stalker, du réalisateur russe Andreï Tarkovski, lui a servi d’inspiration : « C’est un film qui est incontournable pour moi et qui m’habite tellement que j’ai dû faire tout ce que je pouvais pour m’en distancier, admet-il. Avec Stalker, on est aussi dans une sorte de science-fiction philosophique dépouillée et pour moi, ça reste un des trois plus grands films de l’histoire du cinéma. J’ai essayé de prendre mes distances face à ce film mais ça reste malgré tout une grande influence pour moi. »


Nulle trace est présenté le 3 mai aux Rendez-vous Québec Cinéma et prend l’affiche partout au Québec le 7 mai.