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Nicolo Milioto, alias «M. Trottoir», est décédé

Il échangeait de l’argent comptant avec le parrain de la mafia

GEN-FUNERAILLES-RIZZUTO
PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI

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L’entrepreneur Nicolo Milioto, célèbre pour ses trous de mémoire à la commission Charbonneau et soupçonné d’avoir été l’intermédiaire entre la mafia et un cartel d’entrepreneurs en construction à Montréal, est décédé.

L’ex-président de la firme Mivela Construction, surnommé « M. Trottoir », s’est éteint le 30 avril à l’âge de 71 ans, selon l’avis de décès publié ce week-end.

Milioto a été l’un des témoins vedettes de la commission Charbonneau sur l’octroi des contrats publics dans l’industrie de la construction en 2013, mais pas parce qu’il avait décidé de collaborer.

Nicolo Milioto<br>
<i>Ex-entrepreneur</i>
Photo d'archives
Nicolo Milioto
Ex-entrepreneur

Il avait plutôt été décrit par l’entrepreneur Lino Zambito comme le « middleman », c’est-à-dire celui qui était chargé de collecter la ristourne de 2,5 % que versaient au clan Rizzuto les entrepreneurs qui se partageaient les contrats publics de trottoirs, d’aqueduc et de pavage à Montréal.

Des images présentées à la commission et filmées avec des caméras cachées montraient qu’il fréquentait régulièrement le café Consenza, considéré comme le repaire de la mafia montréalaise. 

  • Écoutez la chronique de Jean-Louis Fortin, directeur du Bureau d'enquête de Québecor   

De l’argent dans les bas

On le voyait dans l’arrière-boutique de l’établissement en train de remettre de l’argent comptant au mafieux Rocco Sollecito et au parrain Nicolo Rizzuto Sr, ou de cacher des liasses dans ses bas.

Malgré cela, il avait nié être un membre du crime organisé ou un intermédiaire avec la mafia. 

Sous serment, il avait reconnu fréquenter le café Consenza, en assurant que c’était simplement pour jouer aux cartes ou prendre un café. 

Sur ces images, filmées au milieu des années 2000 avec une caméra cachée lors de l’opération policière antimafia Colisée, on voit Nicolo Milioto (assis) et Nick Rizzuto Sr échanger de l’argent au café Consenza.
Photo d’archives
Sur ces images, filmées au milieu des années 2000 avec une caméra cachée lors de l’opération policière antimafia Colisée, on voit Nicolo Milioto (assis) et Nick Rizzuto Sr échanger de l’argent au café Consenza.

« Je ne sais pas »

Ses nombreux « je ne sais pas » et « je ne me souviens pas » en guise de réponses avaient fini par excéder la commissaire France Charbonneau.

« Je vais dire à votre avocat de vous expliquer ce qu’est un outrage au tribunal et je vais également lui demander de vous expliquer ce qu’est une accusation de parjure », lui avait-elle lancé en pleine audience publique.

Au moment de son décès, M. Milioto était toujours visé par une poursuite civile de 8 M$ intentée en 2015 par la Ville de Montréal, qui alléguait sa participation à des « fraudes et des manœuvres dolosives » pour l’obtention de contrats publics.

Ce qu’il avait dit à la commission Charbonneau 

À propos de la mafia

« Je ne sais pas. Je ne peux pas en parler, je ne connais pas, ça veut dire quoi la mafia. »

À propos de sa connaissance de Nick Rizzuto Sr et de Vito Rizzuto

« J’ai entendu qu’ils faisaient partie de la mafia sur le journal, sur la télévision. » 

Pourquoi il échangeait des liasses d’argent avec le parrain de la mafia

« Je ne peux pas, je ne me souviens pas pourquoi. »

« Je me souviens pas pourquoi. Ça fait huit ans. Est-ce qu’il m’a demandé quelque chose, je ne le sais pas, je me souviens pas. »

« Je peux pas vous dire quelque chose que je me souviens pas. »

Pourquoi il cachait de l’argent dans ses bas

« Pour ne pas te faire voler, pour ne pas que ça tombe. Pour mille et une raisons. »