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Harcèlement: Marie-Ève Proulx n’est plus ministre, mais reste députée de la CAQ

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Prise dans un tourbillon d’allégations de harcèlement, la caquiste Marie-Eve Proulx a perdu sa limousine ministérielle, mais la collaboratrice de longue date du premier ministre restera députée, sous surveillance.  

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«On a rencontré Marie-Eve Proulx, on lui a donné des services de coach [...] Malheureusement, on se rend compte que la situation ne s'est pas suffisamment améliorée», a dit François Legault mardi.   

Comme députée de Côte-du-Sud, elle aura toujours la responsabilité de gérer une équipe d’attachés politiques. «On me dit que la situation est quand même relativement bonne dans son bureau de comté, puis on va suivre de près la situation. On va s’assurer d’aller vérifier parce que, pour moi, c’est non négociable», a-t-il précisé.  

J’ai été très affectée par les allégations des derniers jours me concernant et faisant référence à mon comportement qui...

Publié par Marie-Eve Proulx - Députée de Côte du Sud sur Mardi 4 mai 2021

François Legault a longtemps défendu Marie-Eve Proulx. En février 2020, notre Bureau parlementaire avait relevé 14 départs dans l’entourage de l’ex-ministre déléguée au développement économique régional. Sous le couvert de l’anonymat, d’anciens employés avaient confié qu’ils ont subi insultes et intimidation de la part de la politicienne. À l’époque, M. Legault passait l’éponge: il ne s’agissait que de régie interne. «Je ne suis pas troublé», disait-il.  

Remaniement

Depuis ces évènements, a-t-il dit, Mme Proulx n’a pas réussi à redresser la barre, malgré l’aide d’un professionnel. «Je suis obligé d’arriver à la conclusion qu’elle ne peut pas rester ministre», a-t-il dit. Il a tout de même précisé que la décision a été prise «d’un commun accord».

La pression devenait forte, alors que d’anciens employés, qui ont été nombreux à dénoncer le climat «toxique» qu’entretenait Mme Proulx, menaçaient de sortir publiquement, comme l’a rapporté au matin Cogeco Nouvelle. Au cours des derniers jours, Mme Proulx a perdu son attachée de presse, ce qui a porté à une vingtaine le nombre de départs survenus au sein de son équipe depuis sa nomination.       

  • Écoutez l'analyse de Caroline St-Hilaire et d'Antoine Robitaille sur QUB radio:   

Les responsabilités de Mme Proulx, le développement économique régional et les régions de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent seront confiés à d’autres élus, et François Legault songe à un remaniement «dans les prochains mois» pour retrouver une zone paritaire homme-femme au conseil des ministres.

Pas tous les torts

Sur les médias sociaux, Mme Proulx s’est défendue. «J’ai mes torts, mais je n’ai pas tous les torts. Je suis une fonceuse, c’est vrai. Je suis exigeante, c’est vrai, d’abord envers moi-même», a-t-elle écrit. Elle affirme avoir quitté ses fonctions ministérielles pour ne pas être une «distraction» pour son parti. Elle offre ses excuses aux gens qui «auraient été blessés» par son comportement.   

Mais d’ex-employés contactés par Le Journal ne mâchent pas leurs mots. «Bon débarras. Je suis contente de voir qu’ils ont pris la bonne décision», a indiqué une personne qui a requis l’anonymat. 

L’ancien maire de Montmagny, Jean-Guy Desrosiers, qui a brièvement travaillé comme directeur du bureau de comté de Mme Proulx, n’est «pas surpris» de la nouvelle. «Elle avait des qualités, mais peut-être une grande faiblesse, qui était la gestion des ressources humaines», a commenté celui qui a dirigé la plus importante ville du comté pendant une douzaine d’années.      

  • Écoutez la chronique de Sophie Villeneuve, analyste politique   

Un militant caquiste, Sébastien Bouchard-Théberge, dit avoir été victime «de mots culpabilisants et d’attitudes particulièrement déstabilisantes et irrespectueuses» de la part de Mme Proulx alors qu’il était président du Comité d’action local de la CAQ. «J’ai averti le parti. J’ai été écarté du parti», a-t-il écrit sur les médias sociaux.   

Legault s’est fermé les yeux, selon le PQ

Mais la rétrogradation de Mme Proulx arrive trop tard, estime le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon. Il avait justement demandé au gouvernement de mettre en place des «mesures d’accompagnement» pour assurer le bien-être des employés qui sont toujours sous sa responsabilité.  

Selon la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, M. Legault n’a pas agi avec la même «vélocité» dans le dossier de sa ministre que pour dénoncer le harcèlement en ligne, par exemple.  

François Legault devra faire la lumière sur l’ensemble des allégations concernant Marie-Ève Proulx, croit la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé.  

«Le harcèlement, c’est inacceptable, c’est même illégal», a-t-elle martelé.   

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.