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Insoumission aux wokes

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Insoumission française, décoloniaux, écologistes radicaux, islamo-compatibles: Les véritables menaces. Le nouveau livre de Sonia Mabrouk pourrait s’appeler Insoumission tout court, et s’appliquer au Québec.  

Changez en cours de lecture le nom du pays, la France pour le Québec, et vous reconnaîtrez l’état des lieux. 

Comme vous distinguerez par ailleurs tous les pays occidentaux, qui font face actuellement à une déconstruction et à une tentative malsaine de réécriture de l’histoire par les «wokes».

Le Québec, après un peu plus de 400 ans d’histoire, n’a pas encore réussi son indépendance du reste du Canada. 

Le Canada, jeune pays multiculturaliste de 154 ans, où la multitude de cultures vit et se ghettoïse, forme un pays morcelé sans culture prédominante à laquelle se rattacher et où la «juxtaposition de cultures différentes» mène à privilégier les cultures d’origine. 

Ici le Petit Maghreb, ici la Chine, ici l’Inde, etc. 

La France, quant à elle, a 2000 ans et plus d’histoire. C’est une civilisation entière que nous observons, dont nous envions le parcours, une histoire qui fait aussi partie de la nôtre, de l’autre côté de l’Atlantique, comme un jeu de miroirs en miniature.

Nommer les choses

Sonia Mabrouk aborde les nouveaux thèmes qui s’immiscent dans les universités, les ONG, dans nombre d’associations qui ont pour mandat initial l’intégration dans cette riche civilisation, et font les délices des wokes: les néoféministes qu’elle qualifie de primaires, les écologistes radicaux, les fous du genrisme, les islamo-compatibles, les forcenés du multiculturalisme, les chocs internes de l’intersectionnalité et les menaces extérieures. 

Elle nous oblige au constat de la sonnette d’alarme qui doit retentir fort avant que ces minorités ne parviennent au pouvoir, qu’elles s'époumonent à dénoncer pour mieux remplacer.  

Cet essai dense arrive à point nommé. Ce portrait des sociétés occidentales empêtrées dans les méandres du racialisme, comme le décrit si bien Mathieu Bock-Côté dans son nouvel essai, La révolution racialiste et autres virus idéologiques, ou l’écrivaine française Rachel Khan, dans son livre Racée, n’est pas réjouissant, certes, drôlement réaliste, mais pas que. 

Les deux, Rachel Khan et Mathieu Bock Côté, se sont retrouvés côte à côte dans un article de Paris Match. Pas étonnée non plus que Sonia Mabrouk et Bock-Côté se soient également croisés dans Le Figaro.

Dès le début de la lecture du livre de Sonia Mabrouk, j’ai commencé à souligner les passages les plus significatifs, puis, aux premières pages, j’ai pu me rendre compte que c’est tout le livre qu’il faudrait souligner à grands traits

Je le lisais en repensant à Kanata, spectacle d’Ariane Mnouchkine et de Robert Lepage, annulé à Montréal pour donner raison aux nouveaux revendicateurs dont l’existence nous était dévoilée publiquement, à notre grand étonnement, et en tentant de comprendre à quel moment le Québec avait basculé. Et de déterminer quand les wokes présents au Québec avaient commencé à nous accuser d'être des suprémacistes blancs

Journaliste modèle

Sonia Mabrouk, journaliste et animatrice de l’entrevue matinale chez Europe 1 et de l’émission Midi News sur Cnews, est un modèle et un exemple de journalisme pour sa patience, son écoute des personnes interviewées et son esprit analogique assenant avec douceur une répartie à ses invités qui n’ont d’autre choix que d’exprimer plus clairement leur pensée. 

L’auteure nous invite, dans son remarquable essai, à penser «le sacré indépendamment du religieux». Et le sacré se trouvant à ses yeux très justement dans les valeurs et dans les principes véhiculés par l’histoire dans une France résolument moderne. 

Pour l’essayiste, la modernité, dans son sens le plus noble, ne se trouve pas dans un pays «bêtement binaire divisé entre oppresseurs et oppressés» qui fait qu’à «force de nous complaire dans la repentance, nous ne voyons plus nos atouts de puissance et d’influence» collectives. 

La modernité ne se trouve pas dans la «déshumanisation galopante» du «projet des déconstructeurs», mais dans l’histoire du pays, non pas celle à annuler ou à réécrire, comme le veulent les racialistes. 

Reprogrammation par électrochocs

Cette tentative d’effacement me rappelle une bien triste page de l’histoire du Québec au sujet de laquelle j’avais fait la recherche pour un reportage, autrefois, pour Radio Canada. Dans l’aile psychiatrique de l'Allan Memorial de l’Hôpital Royal Victoria, à Montréal, le Dr Cameron, au début du siècle dernier, tentait d’effacer l’histoire personnelle chez des individus hospitalisés, avec pour triste projet d’effacer leur mémoire et de la reprogrammer à coups d’électrochocs et de messages répétés ad nauseam, dans un transistor sous l’oreiller . 

La modernité se trouve au contraire dans «la fierté de bâtir un projet commun» dans «l’intelligence collective et du bon sens». 

L’éducation française

Militante, Sonia Mabrouk? non! Engagée? oui! Elle avance sans masque et déclare son amour pour la France qu’elle a sublimée de sa Tunisie natale, comme beaucoup d’entre nous qui sommes nés en Afrique du Nord et avons reçu ce magnifique cadeau de l’existence: celui d’une éducation et d’une culture dans les écoles françaises où les enseignants, doctorants pour la plupart d’entre eux, étaient voués à stimuler notre intellect et à nous transmettre les valeurs de la civilisation à laquelle nous nous sentions appartenir et que nous rêvions d’intégrer un jour. Romain Gary, cité par l’auteure, avait affirmé: «Je n’ai pas une seule goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines.»

Et la France coule dans les veines des Français qui ne souhaitent pas sa destruction. Tout comme au Québec qui, au milieu du continent nord-américain, appelle quotidiennement de tous ses vœux la protection de sa langue et de sa culture. Faire nôtre cette identité riche et non pas la diluer dans une révolution racialiste, variant dangereux qui gangrène nos États, visant «à instaurer un devoir d’intégration inversé», comme le dit si bien Mathieu Bock-Côté. 

Évelyne Abitbol  

  • Ex-conseillère spéciale à la diversité culturelle à l’Assemblée nationale  
  • Cofondatrice de la Fondation Raïf Badawi pour la liberté (FRBL)
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