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Réponse à Chantal Guy en sept points

Réponse à Chantal Guy en sept points

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Chantal Guy a parlé de mon livre dans La Presse ce matin. Que dire de ce texte médiocre et déontologiquement irrecevable, sinon qu’il fait écho à une entrevue qui a pris la forme d’un procès? 

J'ai beaucoup de respect pour les journalistes professionnels qui savent mettre leurs biais de côté pour servir la recherche de la vérité. Beaucoup moins pour ceux qui jugent normal d'abuser de leur privilège pour manipuler les faits et falsifier la réalité. J’ai aussi grand plaisir à la critique, pour peu qu’elle porte sur les idées, ce qui n’est malheureusement pas le cas ici.

Si vous lisez ce texte Chantal Guy, vous ne saurez à peu près rien du livre et de ce qu’on y trouve, mais vous verrez une journaliste multipliant les gestes barrières pour mettre en scène sa distance par rapport à l’auteur et la thèse qu’il avance.

Globalement, elle explique que: 

  1. Je serais parano. J’imaginerais des périls. On ne saura toutefois jamais pourquoi mes inquiétudes ne seraient pas fondées. Je cite la dernière phrase de son texte: «Je suis une simple lectrice de bonne foi qui ne partage pas ses peurs.» Elle aurait pu commencer son texte avec cette affirmation et nous expliquer avec méthode et clarté pourquoi. Mais nous n'en saurons rien, puisque le but ici n'est pas de servir la recherche de la vérité, mais de transformer l'autre en un bouc émissaire irrationnel pour mieux prendre soi-même une pose avantageuse mondaine; 
  2. Je me serais fait «ramasser» par Maboula Soumahoro. Est-ce que Chantal Guy a vraiment regardé l’émission, comme elle me l’a dit, ou s’est-elle contentée d’un extrait d’une minute sur Twitter? Question déontologique élémentaire pour une journaliste professionnelle. Il y a quand même des limites à déformer à ce point la réalité qu’on en vient à fabriquer une fake news, à entretenir des faussetés sur un personnage public. J’invite ceux qui s’intéressent aux faits et non à leur déformation à regarder l’émission. Non pas pour savoir qui a ramassé qui, mais pour montrer à quel point Chantal Guy a transgressé les règles élémentaires de l’honnêteté intellectuelle; 
  3. Chantal Guy, l’érudite, n’aurait rien appris en me lisant. Tout cela lui aurait été déjà connu. Elle est forte, Chantal, et ne pèche pas par modestie, car, moi, qui m'intéresse à ces questions depuis deux décennies, en écrivant ce bouquin, j'ai beaucoup appris. À moins que Chantal l’érudite ne connaisse mieux que nous tous le lexique diversitaire et la signification des concepts qu’il met en circulation, la sociologie de la nouvelle question raciale, la théorie derrière la lutte contre les discours haineux, ainsi que les enjeux qui relient cette grave question à l'histoire intellectuelle du XXe siècle. Elle est forte, Chantal Guy, à moins qu’elle ne soit ici simplement malhonnête: elle disqualifie un travail de pensée rigoureux en le réduisant à une collection d'anecdotes. Elle refuse de situer le débat au niveau des idées et de la pensée. Pourquoi? Se sent-elle moins à l'aise sur ce terrain? 
  4. Les querelles culturelles profiteraient aux conservateurs, selon elle. Mais de quoi Chantal Guy parle-t-elle? Est-ce que ce sont les «conservateurs» qui multiplient les censures des œuvres culturelles, qui imposent en entreprise des ateliers de rééducation idéologique, qui mènent des campagnes de harcèlement médiatique pour forcer les autorités à se convertir à la théorie du racisme systémique, qui imposent partout les catégories raciales dans la vie publique? Si c'était de moi, je me passerais de tout cela. Mais puisque je critique cette tendance, cela serait donc à mon avantage? Nous ne sommes plus ici sur le terrain des idées, ni même de l'opinion. Chantal Guy, ici, nous explique que celui qui répond à une offensive est le véritable esprit belliqueux.  
  5. Je flatterais les Français, selon elle. Comment dire? Je ne veux pas faire l’histoire de ma vie française, mais, depuis que j’écris dans Le Figaro (2014) et plus encore, depuis la publication de mon livre Le multiculturalisme comme religion politique en 2016 (premier livre paru en France), la France a réservé un formidable accueil à mon travail. J’en suis honoré. Il en est de même pour ce bouquin. Jamais je n’ai «flatté» la France. Cela dit, je l’admire, ce qui pourrait plutôt jouer à mon désavantage, car les Français se montrent friands des discours qui les critiquent. On ne sait pas de quoi parle au juste Chantal Guy, ici; 
  6. Je manquerais d’empathie, toujours selon elle. Pourquoi? Parce que je ne cède pas devant certains militants qui auraient la vérité infuse. On ne saura jamais d’où vient cette critique psychologisante. Mais c’est la nouvelle attaque à la mode: considérer que l’autre manque de cœur parce qu'il ne se couche pas comme tout le monde; 
  7. Mais puisque Chantal Guy se permet de me psychologiser, je le ferai aussi, sans avoir aucune preuve – puisqu’elle s’en passe, je m’en passerai aussi. Chantal Guy est bien plus d’accord avec moi qu’elle ne le dit, et elle le sait. Mais elle ne veut pas le confesser publiquement. Elle sait où elle travaille et elle veut conserver son statut. Alors, que fait-elle? Elle cherche à hystériser et caricaturer ma position, pour s’en distancier, et me transforme en repoussoir. Mais, chère Chantal, ceux qui vous lisent depuis longtemps voient bien votre manœuvre, ici. Nous savons à quel point cette gauche fanatique envers laquelle vous multipliez les signes de servilité vous exaspère profondément, comme plein de gens du milieu culturel qui n'osent pas parler et se soumettent comme vous.