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Déclin du français : l’effet canadien-français

DOSSIER LANGUE FRANÇAISE
Photo Pierre-Paul Poulin

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Depuis l’automne dernier, les articles sur le déclin du français à Montréal se multiplient. On affirme que la loi 101 n’est pas respectée et on suggère que plusieurs Montréalais, tout particulièrement les jeunes, seraient indifférents à la langue française. Globalement, « l’usage du français est en chute libre au Québec » selon Charles Castonguay dont l’analyse se base sur les données de recensement.

On évite cependant de parler de l’épineuse question démographique. Les démographes québécois abordent généralement le sujet en utilisant des formules savantes, ils diront par exemple que « ce sont les processus démographiques qui sont déterminants pour l'avenir des groupes français et anglais du Québec, et non la mobilité linguistique ». 

Si on traduit, cela veut dire que les seuils migratoires et la natalité jouent un rôle encore plus décisif que la francisation et l’assimilation linguistique pour l’avenir de la langue française. Ce sont ces facteurs qui détermineraient réellement les tendances lourdes à long terme. 

Pour mettre les choses en perspectives, en 2016 par exemple le Québec accueillait 52 000 immigrants tandis qu’il comptait 85 000 naissances. Considérant que 87 % des immigrants arrivés au Québec s’installent dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal, on peut déduire que c’est 45 000 immigrants qui s’y établiront, même si certains d’entre eux arrivent d’abord dans une autre ville du Québec. Cette année-là, le compte des naissances était de 44 000 pour la RMR ; le nombre des naissances était donc égal avec celui du nombre d’immigrants.  

Dans une telle situation, les immigrants de 1re génération et de 2e génération deviennent rapidement majoritaires. D’ailleurs selon une étude de Statistique Canada de 2017, les immigrants de 1re et 2e génération formeront près de la moitié de la population canadienne en 2036 dans l’ensemble du Canada. 

Déclin du poids démographique

J’aimerais aborder un phénomène parallèle à celui du déclin du français, celui du déclin du poids démographique de ceux que l’on appelait anciennement les Canadiens français. 

Au congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) qui a lieu cette semaine (du 3 au 7 mai), je présentais mes résultats de recherche où j’annonçais que les Québécois d’origine canadienne-française qui représentait 79 % de la province au recensement de 1971 glisseraient sous les 50 % en 2042, principalement à cause de seuils migratoires élevés. 

Je pose maintenant la question suivante : se pourrait-il que le déclin du poids démographique des Québécois d’origine canadienne-française ait une influence sur le déclin de la langue française ? 

Par souci d’inclusivité, nous avons réduit le débat à la dimension linguistique sans tenir compte de la démographie du groupe ethnique majoritaire. 

Pourtant, pour que le terme québécois soit inclusif, il faut nécessairement admettre l’existence des Québécois d’origine canadienne-française ; autrement nous dirons qu’il y a des Québécois d’origine huronne, des Québécois d’origine haïtienne, des Québécois d’origine chinoise et... des « Québécois de souche », ce qui peut rendre les Québécois d’origine immigrante ou autochtone mal à l’aise en plus de poser un problème de nature sémantique. 

Attachement à la langue française

Ceci étant dit, les Québécois d’origine canadienne-française déclinent rapidement au Québec et ceux-ci perdront leur statut de groupe majoritaire avant le milieu du siècle actuel. Ceux-ci sont certainement déjà minoritaires sur l’île de Montréal. En ce qui concerne la langue française, le taux de transfert linguistique des allophones vers le français serait de 55 % selon le démographe Marc Termote. On peut donc raisonnablement supposer que les Montréalais d'origine immigrante ne développent pas le même niveau d'attachement à la langue française que les Montréalais d’origine canadienne-française. 

Si cette hypothèse est confirmée, alors il n’est pas étonnant que les Montréalais soient, dans une proportion croissante, relativement indifférents au sort de la langue. 

Évidemment, d’un point de vue individuel, on trouvera certainement plusieurs néo-Québécois dont l’attachement envers la langue française dépasse largement celui du Canadien français moyen. 

D’ailleurs, nul doute que les immigrants installés en région s’assimilent facilement sur les plans linguistique et culturel puisque les Québécois d’origine canadienne-française y sont largement majoritaires. 

Par contre, à Montréal, dans bien des quartiers, le rapport démographique est inversé et l’origine canadienne-française y est minoritaire. Dans ce contexte, on peut s’attendre à ce que les nouveaux arrivants soient de plus en plus intégrés par des immigrants de 1re et de 2e génération. Par conséquent, on peut difficilement s’attendre à ce que les Montréalais d'origines immigrantes atteignent globalement le même niveau d'attachement à la langue française que les Montréalais d’origine canadienne-française. 

En somme, considérant que le poids démographique des Canadiens français est en déclin, on peut supposer qu’à long terme, les Montréalais seront de moins en moins attachés à la langue de Maisonneuve. C’est là une réalité démographique têtue qui relève du constat, sans égard pour les préférences morales ou politiques de chacun. 

Charles Gaudreault, Ingénieur M.Sc.A,
Chercheur indépendant
Québec

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Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

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