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Saint-Jean-Vianney: mieux vaut tard que jamais

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Photo Agence QMI, Roger Gagnon Une cérémonie commémorant les 50 ans de la tragédie de Saint-Jean-Vianney s’est tenue hier. Sur la photo, la mairesse de Saguenay, Josée Néron, et une survivante, Rolande Lavoie

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Mieux vaut tard que jamais, dit-on. Pour les survivants du drame de Saint-Jean-Vianney, il était plus que temps que la mémoire de leurs proches disparus soit reconnue, ce qui est maintenant chose faite, après un demi-siècle.

Sylvie Bourgeois avait 19 ans lorsque son monde s’est effondré. Son monde, c’était son village, sa famille, ses amis, les enfants qu’elle gardait. Une bonne partie de tout cela a été emportée dans une immense coulée de boue, le soir du 4 mai 1971. 

Sylvie Bourgeois
Photo Roger Gagnon
Sylvie Bourgeois

Son frère Gilles, sa belle-sœur enceinte Diane et sa nièce Annie, qui avait un an et demi, ont tous été ensevelis. Leurs corps ont été retrouvés un à un, dans les mois qui ont suivi. 

« Ç’a été deuil après deuil. On avait un super beau village, on avait une vie magnifique là-bas. Après la catastrophe, on a été dispersés, ça n’a plus jamais été pareil », a-t-elle raconté aux abords de l’œuvre dévoilée hier, qui représente cette fracture qu’ont vécue les 1700 habitants de Saint-Jean-Vianney, il y a 50 ans.

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Photo Roger Gagnon

Cérémonie restreinte 

Un mémorial où sont gravés les noms des 31 victimes a aussi été inauguré, au cours d’une cérémonie où les ministres Guilbault et Laforest, dont la présence avait été annoncée, brillaient par leur absence. 

La présidente de l'arrondissement de Jonquière, Julie Dufour; la mairesse de Saguenay, Josée Néron, et une survivante, Rolande Lavoie.
Photo Roger Gagnon
La présidente de l'arrondissement de Jonquière, Julie Dufour; la mairesse de Saguenay, Josée Néron, et une survivante, Rolande Lavoie.

En raison de la COVID-19 et des règles à respecter, Mme Bourgeois et d’autres survivants n’ont pu assister à la cérémonie, ce qui les a grandement attristés. 

C’était le cas d’Alain Blackburn, qui a beaucoup travaillé à coups « d’heures et d’huile de bras » pour faire en sorte que le site soit un jour reconnu. Laissé à l’abandon, le site a servi pendant des années de dépotoir illégal et de lieu de rencontre pour des gens douteux. « On n’a rien eu à l’époque, pas d’aide psychologique, pas de dédommagement, parce que c’était une catastrophe naturelle, et non une erreur humaine comme ce fut le cas à Lac-Mégantic. On a tout perdu », déplore M. Blackburn.

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Photo Roger Gagnon

Jean-Paul Girard et sa fille Chantale avaient apporté une enveloppe de photos souvenirs de leur village et de la tragédie. Dirigeant le magasin général, M. Girard était aussi chef pompier. Après que l’endroit eut été évacué, il s’est vu ordonner de brûler les restes de propriétés qui n’avaient pu être déménagées.

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Photo Roger Gagnon

« J’avais 11 ans à l’époque, je dormais lorsque le glissement de terrain s’est produit, raconte sa fille. C’est une de mes tantes qui nous a réveillés pour qu’on évacue. Dans ma classe, il y avait Donald Soucy, qui est mort avec ses parents et tous ses frères et sœurs. » Douze corps n’ont jamais été retrouvés. 

Première pierre

Comme le rapportait hier Le Journal, la tragédie vient d’être désignée par le gouvernement « Événement historique », forme de reconnaissance de ce devoir de mémoire. 

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Photo Roger Gagnon

« Aujourd’hui, c’est une première pierre qu’on pose, a souligné la mairesse de Saguenay, Josée Néron. Il y a énormément de potentiel dans les cartons, notamment au niveau du tourisme. » L’élue a collaboré dans le dossier avec la conseillère indépendante du secteur, Julie Dufour, qui se présente elle aussi à la mairie cette année.

La mairesse de Saguenay, Josée Néron.
Photo Roger Gagnon
La mairesse de Saguenay, Josée Néron.

« C’est mission accomplie, s’est réjouie Rolande Lavoie, fille du dernier maire de Saint-Jean-Vianney. On a parlé d’un mémorial pendant longtemps, et maintenant on a d’autres idées. »  

Rolande Lavoie
Photo Roger Gagnon
Rolande Lavoie