/opinion/columnists
Navigation

Trump: toujours aussi menaçant pour la démocratie

Coup d'oeil sur cet article

L’accueil enthousiaste accordé au programme progressiste de Joe Biden a amené les démocrates à rêver d’une grande coalition comme celle que Franklin Roosevelt avait réunie avec son « New Deal ». Espérons qu’il réussisse.

Mais même dans ce cas, les Américains ne feront que rattraper leur retard. Les principaux éléments du programme de Biden ont été mis en œuvre dans la plupart des pays avancés il y a des décennies.

Ce programme peut-il rallier un nombre significatif d’électeurs républicains ? J’en doute. Biden doit surmonter ce que j’appelle le « facteur de stupidité trumpien » qui ensorcelle sa base. Cinq mois après l’échec de l’insurrection fomentée par Trump pour faire annuler les résultats des élections, un sondage CNN révèle que 70 % des électeurs républicains remettent toujours en question la victoire de Biden.

Selon un sondage Economist-YouGov de février, les deux tiers des électeurs de Trump pensent que leur vie est « menacée par des terroristes, des criminels et des immigrés clandestins ». Près d’un quart d’entre eux déclarent que la violence pouvait être acceptable pour atteindre des objectifs politiques.

Trump rallie les suprémacistes blancs

Le Parti républicain est désormais un culte de la personnalité engagé dans une insurrection permanente contre la démocratie américaine. Les « falangistes » de Trump se voient comme une petite armée de guerriers luttant pour assurer la survie des États-Unis en tant qu’état WASP (blanc, anglo-saxon, protestant). Ils sont envoûtés par la haine et le ressentiment que leur leader leur inspire à l’égard de la classe politique et du « Deep State ».

Les politiques de Biden offrent pourtant de réels avantages à la classe ouvrière blanche sous-éduquée des partisans de Trump. Mais ceux-ci ne l’abandonneront jamais. Si les démocrates ne réussissent pas à rallier un nombre suffisant de républicains modérés anti-Trump et d’indépendants lors des élections de mi-mandat de 2022, ils perdront le contrôle du congrès avec des conséquences funestes pour leur agenda progressiste. Dans plus de 45 États, les républicains proposent actuellement des lois destinées à exclure les électeurs non blancs. C’est leur seul moyen d’avoir une chance de gagner dans plusieurs États.

L’avenir démocratique américain : rien n’est joué

Quiconque s’oppose à Trump dans le parti est hué, harcelé et menacé. Regardez ce qui vient d’arriver à Mitt Romney et Liz Cheney. Aucun républicain ne remportera une primaire contestée en 2022 ou 2024 à moins qu’il propage le « gros mensonge » que Biden usurpe la présidence. Que va-t-il se passer si Trump est inculpé sous divers chefs d’accusation ? S’il est condamné, va-t-il, sans rechigner, accepter de se faire passer les menottes ? Jamais ! Il va crier à une manipulation des tribunaux par les démocrates et demander à ses partisans de descendre dans la rue.

Les réformes de Biden vont prendre des décennies à se réaliser. Les réalités sociologiques américaines, les tensions raciales, sociales, régionales ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Au contraire, elles risquent de s’accentuer. Les années qui viennent nous diront si la démocratie américaine survivra à cette course à obstacles de défis.