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Comme un repas livré par Skip!

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Regarder un blockbuster chez soi, c’est comme manger à la maison un repas du Toqué livré par Skip ! Le goût est le même, mais ça manque d’ambiance.

Quelles habitudes persisteront au-delà de la pandémie ? Manger à la maison plutôt qu’au restaurant, j’en doute. Quant à ceux qui auront profité de la pandémie pour se munir d’un grand écran de télévision et d’un honnête système de son, ils hésiteront sûrement avant de payer pour s’engouffrer dans une salle bruyante en marchant sur du pop-corn.

Les exploitants espèrent toujours que les amateurs n’attendent que la levée des restrictions pour se ruer dans les salles. Ils oublient que l’assistance n’a pas cessé de diminuer depuis 20 ans. Elle a atteint, l’an dernier, un bas-fond inimaginable. Dans toute l’Amérique du Nord, on n’a vendu que 223 millions de billets de cinéma en 2020. Six fois moins que l’année précédente.

Une chute vertigineuse qu’on doit à la pandémie, soit ! Mais les causes profondes de la baisse constante des assistances n’ont pas changé. Le cinéma maison, le coût croissant des billets et les prix exorbitants du pop-corn et des friandises sont les vrais responsables de la désaffection graduelle des cinéphiles.

DES SALLES FERMÉES À JAMAIS

Nuria Bronfman, PDG de l’Association des cinémas au Canada, estime que de 20 à 25 % des salles ne rouvriront pas. Elle déplore que le budget de la ministre des Finances, Chrystia Freeland, n’ait prévu aucun secours particulier pour les exploitants de salles. Ceux-ci sont d’autant plus amers que la ministre a accordé 400 millions $ à nos principaux festivals, à certains événements culturels et aux musées, 50 millions de dollars à l’industrie de la musique et environ 23 millions $ au Centre national des Arts, à Ottawa. 

Mme Bronfman cite le Québec en exemple. La SODEC a accordé aux exploitants de salles une aide spéciale de 16 000 $ par écran, de 150 000 $ à ceux qui possèdent plus de 10 écrans et de 400 000 $ à ceux qui en ont plus de 35. L’aide de la SODEC est accordée seulement aux entreprises incorporées au Québec. Selon Mme Bronfman, il n’en coûterait que 37 millions $ à Ottawa pour imiter la SODEC.

Cineplex, avec ses 164 cinémas et ses 1693 écrans, est la seule grande entreprise d’exploitation de salles qui soit canadienne. Landmark, la deuxième avec ses 317 écrans, a été vendue en 2017 à la société belge Kinepolis. En termes clairs, Cineplex serait donc le grand bénéficiaire de l’aide fédérale.

LA CULTURE A LE DOS LARGE

À l’appui de sa demande, Mme Bronfman invoque « l’importance des salles de cinéma pour la sauvegarde de notre culture ». Quelle farce ! Si les propriétaires des quelques salles indépendantes du Québec, dont l’indomptable cinéphile Mario Fortin, se sont toujours fait un devoir de présenter des films québécois, c’est loin d’être le cas dans les autres provinces. 

C’est uniquement grâce à des festivals comme le TIFF de Toronto et à ceux d’autres grandes villes que les films anglophones ont quelque notoriété au Canada anglais. On ne voit pas les films canadiens en salles. Il nous faut bien montrer les films que le public veut voir, dit Mme Bronfman. Sans avouer que son association n’a pas une feuille de route très impressionnante pour réclamer des fonds publics au nom de la culture, elle ajoute du bout des lèvres que « ses membres sont prêts à se montrer plus flexibles » ! N’est-ce pas trop peu trop tard ?