/entertainment/movies
Navigation

«Escape from Auschwitz»: une œuvre dont on ne sort pas indemne

Coup d'oeil sur cet article

Pour «Escape from Auschwitz», le réalisateur Peter Bebjak se penche sur le destin de Rudolf Vrba et Alfred Wetzler, évadés d’Auschwitz et auteurs du «rapport Vrba-Wetzler» sur le camp de concentration et d’extermination. 

Ce qui frappe le cinéphile, ce sont les bruits. Le claquement du métal, les mots aboyés en allemand, celui des pas sur le sol boueux ou gelé, le raclement des gamelles dans les flaques d’eau pour pouvoir boire un peu. Les grilles en métal ornées du tristement célèbre «Arbeit macht Frei» («Le travail rend libre»). Les soldats partout, les chiens, les kapos, le froid et la brutalité. Le coup de feu qui tue, au hasard, pour rien. Parce que des vies ne valent rien.

Eux, ce sont Freddy Wetzler (Noel Czuczor) et Valér Vrba (Peter Ondrejicka), deux Juifs slovaques internés à Auschwitz et qui veulent s’en échapper. Pour témoigner de l’horreur, de la barbarie, de l’extermination des Juifs d’abord, puis des Roms, puis des Hongrois, puis de tous les opposants au régime nazi. Alors ils se cachent sous des planches et attendent pendant des jours. Ils attendent en entendant l’impensable. Leur absence est notée, alors leurs camarades de baraquement doivent rester debout pendant des jours, dehors, dans le froid, sous la pluie, certains étant battus à mort afin de les punir de leur silence.

Peter Bebjak montre et cache à la fois. De loin, dans une certaine pénombre, l’un des responsables allemands bat un homme à coups de canne et son cadavre demeurera intouché, devant les autres prisonniers, des journées durant. De dos, le même militaire frappe, avec la même canne et la même férocité, un prisonnier dont seule la tête dépasse du sol de la forêt, avant que la caméra s’éloigne pour nous montrer qu’ils sont nombreux à être ainsi enterrés vivants et mis à mort.

Le spectateur étouffe, se sent mal, mais ne peut fuir ni les images ni le bruit. Alors, il faut accompagner Rudolf Vrba et Alfred Wetzler à travers leur évasion, leur rapport et leur témoignage. Oui, «Escape from Auschwitz» est parfois insoutenable jusque dans les dialogues – «Il a été émasculé par le docteur», fait se recroqueviller d’horreur –, mais oui, «Escape from Auschwitz» est nécessaire.

Note: 4 sur 5

«Escape from Auschwitz» est présenté en salle.