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L’exploit de François Legault

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Dommage pour les adversaires du gouvernement Legault, le dernier sondage Léger publié hier confirme qu’après plus d’un an d’une pandémie qui a atteint le Québec de plein fouet dans les premiers mois, le premier ministre Legault domine tous ses adversaires politiques. 

Malgré un des confinements les plus stricts au Canada, en dépit de l’hécatombe dans les CHSLD, d’un couvre-feu inexistant ailleurs en Amérique du Nord, François Legault demeure aux yeux de la majorité le guide, le protecteur et le chef d’État de la période la plus douloureuse du Québec moderne. 

Car le chef caquiste possède les qualités et les défauts dans lesquels se reconnaît la majorité francophone. D’abord, il n’a ni la flamboyance ni le charisme des grands ténors qui dirigeaient le Québec à travers la turbulence des décennies de la Révolution tranquille.

En fait, l’homme d’origine modeste n’a pas le glamour, l’arrogance intellectuelle, la fièvre nationaliste et la culture classique de ceux qui ont amené le Québec jusqu’au vertige du rêve d’indépendance.

Porte-à-faux

Mais il y a cru et en ce sens cet homme d’affaires, comptable de formation, a cautionné la souveraineté, se mettant ainsi en porte-à-faux avec son milieu plus libéral que péquiste.

François Legault rassure, peu importe ce que disent ses adversaires. Et, en particulier, les excités qui le qualifient de « raciste » et qui cherchent à en faire le Bonhomme Sept Heures de la politique québécoise et canadienne. 

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Nombre de citoyens inquiets et souffrants ont trouvé en lui compassion, compréhension et, lâchons le mot, affection. Sa manière d’user du français de façon parfois raboteuse avec des formules au contenu ambigu, sur les immigrants, par exemple, ou ses colères à peine contrôlées lorsque l’intendance n’applique pas ses directives, lui sont pardonnées.

La modestie de François Legault est à double tranchant, cependant. À ne pas confondre avec la mollesse, car l’orgueil l’habite comme tout homme de pouvoir. Devant le dossier chaud du français, le premier ministre, au pragmatisme parfois si irritant, joue le chaud et le froid. 

Second mandat

Cela pousse son jeune ministre sanguin, Simon Jolin-Barrette, à séduire des inconditionnels alors que François Legault, le souverainiste devenu dormant par réalisme, avance ses pions, cherchant des compromis plutôt que des compromissions. Un exercice qui lui permettra de demeurer au pouvoir pour un second mandat, à l’évidence.

La manière Legault impressionne d’autant plus qu’il récuse la plupart des critiques vitrioliques qu’il provoque chez ses adversaires atteints d’extrémisme. 

Plus François Legault fait preuve de modération, mais de fermeté, une main de fer dans un gant de velours, plus les débordements de Québec solidaire, à gauche de la gauche, les reculs stratégiques du PQ, un parti qui se cherche une posture – mais où ? – et les propositions politiques inspirées par des lieux communs du PLQ, plus le chef de la CAQ demeure le gagnant. 

La majorité de Québécois francophones se sent confortable avec François Legault au pouvoir. Si le premier ministre était machiavélique, ce qu’il n’est pas, il applaudirait chaque jour le mouvement « woke » hypermédiatisé, qui est devenu son meilleur défenseur.