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Quand le cœur semble anesthésié

CHRONIQUE - Rodger Brulotte
Photo d'archives, Agence QMI Cette semaine, M. Oliva aurait eu son premier test de leadership.

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Ils sont chanceux les anesthésistes.

Lundi, lorsque plusieurs d’entre eux ont pris des « moyens de pression », notre esprit était pas mal ailleurs. Notamment à débattre de la désolante manifestation du week-end contre les mesures sanitaires à Montréal.

Mais voilà, les moyens de pression des anesthésistes ne sont pas tellement moins désolants que le triste cortège qui a perturbé la vaccination à Montréal. Ils étaient même, ces moyens, scandaleux.

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Quels moyens ? Dans plusieurs hôpitaux, iIs ne se sont carrément pas présentés à l’heure attendue.

Dans une dizaine, en fait : St-Mary, LaSalle, Lakeshore, Verdun, Notre-Dame, Val-d’Or, Rouyn-Noranda, Honoré-Mercier, Pierre-Boucher, Sorel.

Que visait cette « grève » ? Dénoncer les coupes dans leur rémunération. L’abolition d’une prime qu’ils touchent depuis 2008 et qui a augmenté en 2013 « visant à majorer la rémunération de la première heure de travail ». Autrement dit, pour arriver à l’heure.

Vous avez bien lu. Oui, nous sommes en pandémie. Oui, il y a eu des vagues de reports de chirurgies et d’interventions.

Et dans ce contexte ultra-difficile, ces médecins spécialistes, ayant une rémunération moyenne de quelque 500 000 $, ces grands privilégiés de notre société, n’ont rien trouvé de mieux que de sciemment retarder des opérations.

IPAM

Qui leur a coupé la prime ? L’Institut de la pertinence des actes médicaux (IPAM).

Cette histoire est un concentré des maladies qui affligent notre système. Pensez-y : pendant des années, des médecins spécialistes ont reçu des primes pour arriver à l’heure. Dans quel autre milieu de travail une telle chose existe-t-elle ?

Puis, parce que l’on s’est rendu compte qu’on payait trop nos médecins (par rapport à l’Ontario), notre État a dû renégocier avec eux. D’où la naissance de ce curieux « IPAM », qui a décidé que cette prime était peu efficace.

Le représentant des anesthésistes, Bryan Houde, finasse, joue sur les mots. Ce n’était pas vraiment une prime, mais une « majoration », a-t-il dit en entrevue.

Le gouvernement lui aurait répliqué qu’au fond, les anesthésistes veulent continuer de recevoir 129 % de leur rémunération. Alors que l’entente conclue en décembre 2019 AVEC la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) veut ramener la rémunération à 100 %.

Tensions

Le coup de force des anesthésistes, selon des sources, s’inscrirait dans un changement de garde à la présidence de la FMSQ. « Un test de leadership pour Vincent Oliva », le radiologiste qui vient de remplacer Diane Francœur, signataire de l’entente de 2019.

L’IPAM créerait des tensions à l’intérieur même de la FMSQ : toutes les spécialités estimant que leurs primes ou majorations sont essentielles ; et préférant que l’on coupe ailleurs. La prime du voisin étant toujours moins pertinente...

Plusieurs spécialités aimeraient qu’Oliva renie l’entente de 2019. Le slogan secret des spécialistes, me raconte-t-on, est « le gouvernement finit toujours par plier ».

Cette semaine, M. Oliva aurait eu son premier test de leadership. Et aurait réussi à contenir le jusqu’au-boutisme des anesthésistes.

On l’espère. Si ce type de « grève » totalement scandaleuse, par de prétendus travailleurs autonomes (!), a fortiori dans la période actuelle, devait se reproduire, que leurs auteurs ne viennent pas, après, se plaindre que les médecins sont fustigés sur la place publique.