/news/provincial
Navigation

[EN IMAGES] Voici 10 choses à découvrir sur l'église Saint-Jean-Baptiste

Coup d'oeil sur cet article

La ville de Québec compte toujours sur son territoire de nombreuses belles églises, bien qu'il en disparaisse de plus en plus au profit de condos. Toutefois, il en est une qui se démarque des autres par sa richesse architecturale et artistique. Il s'agit de l'église de la paroisse et du quartier Saint-Jean-Baptiste.

Dans le cadre de son événement Le Printemps Saint-Jean-Baptiste, la Société historique de Québec souhaite vous faire découvrir cette église qui n'est malheureusement plus accessible depuis sa fermeture définitive survenue en 2015. Classée immeuble patrimonial en 1991 par le Ministre de la Culture et des Communications, elle est un repère dans la ville et un incontournable pour quiconque s'intéresse à l'architecture et à l'art religieux.

Le Printemps Saint-Jean-Baptiste a pour but de mettre en valeur et de faire découvrir l'histoire et le patrimoine du faubourg Saint-Jean, l'un des plus vieux quartiers de Québec. L'événement se poursuit jusqu'au 20 juin. 

Pour consulter la programmation complète, cliquez ici.

1) Les origines de la paroisse Saint-Jean-Baptiste 

Le faubourg Saint-Jean au début des années 1830, James Pattison Cockburn, Royal Ontario Museum, tirée du livre Québec au temps de James Patterson Cockburn de Christina Cameron.
Le faubourg Saint-Jean au début des années 1830, James Pattison Cockburn, Royal Ontario Museum, tirée du livre Québec au temps de James Patterson Cockburn de Christina Cameron.

Le 5 avril 1639, la compagnie des Cent-Associés concède à l’ingénieur et arpenteur Jean Bourdon, dit Sieur de Saint-Jean, une terre comprise entre la Grande Allée et le coteau Sainte-Geneviève (falaise nord), bordée à l’est et à l’ouest par des lignes qui correspondent aujourd’hui aux avenues Murray (ancienne route Bourdon) et Calixa-Lavallée. Pour s'y rendre, Bourdon trace un chemin depuis la ville jusqu’à son fief; c'est le chemin Saint-Jean, l'ancêtre de la rue Saint-Jean et du chemin Sainte-Foy. Le faubourg qui se développe de part et d'autre de ce chemin prend également le nom de Saint-Jean. Les résidents de cette agglomération doivent se rendre à la cathédrale Notre-Dame de Québec pour assister aux offices religieux.

En 1847, la population du faubourg Saint-Jean est devenue suffisamment nombreuse pour qu'on y construise une église. Toutefois, ce ne sera qu'une desserte de l'église Notre-Dame de Québec. En 1860, elle obtient le statut de succursale, c'est-à-dire qu'on pourra désormais y célébrer des baptêmes, des mariages et des sépultures. C'est finalement en 1886 qu'on l'érige en paroisse dirigée par un curé indépendant de la paroisse-mère. Comme on est dans le faubourg Saint-Jean, on la dédie à saint Jean-Baptiste.

2) L'église de Charles Baillairgé 

La première église Saint-Jean-Baptiste, vue du quartier Saint-Roch, vers 1880
Photo BAnQ
La première église Saint-Jean-Baptiste, vue du quartier Saint-Roch, vers 1880

Au début des années 1840, l'augmentation de la population du faubourg Saint-Jean justifie la construction d'une église à cet endroit. Le grand incendie du 28 juin 1845 libère l'espace nécessaire à son édification. Sa conception est confiée à l'architecte Charles Baillairgé. Le défi est de taille puisque l'édifice devra être adapté à l'importante dénivellation sud-nord du site. L'église est implantée parallèlement à la rue Saint-Jean et son chœur est orienté vers l'est pour répondre aux préceptes de l'Église catholique.

Baillairgé dessine un bâtiment d'esprit néoclassique. Construit en pierres de taille, sa façade principale est flanquée de deux clochers dont les flèches s'étirent en hauteur. L'église est très imposante et elle domine le quartier. Son emplacement deviendra même le centre géographique et social du faubourg. Elle est ouverte au culte en 1849, bien que son décor intérieur ne soit complété qu'en 1857. Malheureusement, cette première église est réduite en cendres lors du grand incendie du 8 juin 1881.

3) L'église de Joseph-Ferdinand Peachy 

L'église Saint-Jean-Baptiste actuelle
Photo Frida Franco
L'église Saint-Jean-Baptiste actuelle

À la suite de l'incendie de juin 1881, on ne perd pas de temps et on entreprend aussitôt la reconstruction de l'église du faubourg Saint-Jean, succursale de la basilique Notre-Dame de Québec. Le mandat est confié à un architecte du faubourg, Joseph-Ferdinand Peachy. La nouvelle église est construite sur les fondations de la précédente. Elle ouvre ses portes au culte en 1884, bien que les travaux s'étirent jusqu'en 1886, année de son érection canonique à titre d'église paroissiale.

Peachy conçoit une église monumentale. On disait alors que c'était la plus belle de Québec. À l'instar de l'Hôtel du Parlement, il adopte le style Second Empire, très en vogue en France et en émergence chez nous. De ce fait, il a voulu affirmer le caractère francophone de la capitale. Il s'inspire de l'église de la Trinité de Paris dont il imite la façade. Le rez-de-chaussée est constitué d'arcades ouvertes, alors qu'à l'étage, une grande rose centrale est flanquée de deux ouvertures cintrées. Seul le clocher diffère, s'inspirant plutôt des hauts clochers anglais, tout en épousant une forme conique, à la manière du style Château, également en vogue à Québec. Toutefois, c'est sa composition et son aménagement intérieur qui ont fait de cette église un chef-d'œuvre d'architecture religieuse.

4) Les statues de la façade 

La façade de l'église Saint-Jean-Baptiste et son ensemble statuaire
Photo Frida Franco
La façade de l'église Saint-Jean-Baptiste et son ensemble statuaire

La façade principale de l'église Saint-Jean-Baptiste est ornée de nombreuses statues. Selon l'historien de l'art Mario Béland, «Cet ensemble statuaire constitue [...] l'un des plus grands ensembles destinés à l'extérieur d'un édifice au Québec durant cette période». On y retrouve 17 statues représentant le Christ, les 12 apôtres, ainsi que saint Luc, saint Marc, saint Paul et saint François-Xavier. Dans le projet initial, une dix-huitième statue, celle de saint Jean-Jean-Baptiste, devait couronner le clocher.

Faites de ciment, ces statues sont l'œuvre du statuaire et ornementiste Michele Rigali. Né en Toscane, Rigali émigre au Canada en 1865 à la suite d'un court passage aux États-Unis. Il s'installe à Québec, dans le quartier Saint-Roch, où il ouvre l'atelier Rigali & Cie en partenariat avec son compatriote Lorenzo Nardi.

Chaque statue peut être identifiée non seulement par une inscription, mais également par un attribut caractéristique du saint, par exemple un lion pour saint Marc ou une équerre d'architecte pour saint Thomas. À l'époque, les 13 petites statues avaient coûté 40 à 50 $, alors que les quatre grandes valaient 80 à 100 $.

5) Le chœur 

Le chœur de l'église Saint-Jean-Baptiste avec le maître-autel et son baldaquin
Photo Frida Franco
Le chœur de l'église Saint-Jean-Baptiste avec le maître-autel et son baldaquin

En entrant dans l'église, c'est le chœur qui occupe le devant de la scène et sa splendeur attire immédiatement l'attention. Le maître-autel, la table de communion, ainsi que les autels latéraux et du bas-chœur sont réalisés au cours des années 1920 dans les ateliers de la Daprato Statuary Company de Chicago. On y retrouve des marbres de Carrare de sept différentes couleurs. Le maître-autel est surmonté d'un baldaquin de bois recouvert de feuilles d'or. Il est de style Louis XV. Il est réalisé en 1912 par François-Pierre Gauvin, un sculpteur de la paroisse. Quant aux statues des anges, elles sont sculptées en 1916 par nul autre que Louis Jobin. Par ailleurs, au sommet du baldaquin trône une statue polychrome du Sacré-Cœur. L'ensemble est ornementé d'œuvres sculptées et de nombreuses mosaïques, notamment sur la table de communion. Enfin, plusieurs boiseries et peintures murales complètent le tout. Il est à noter que la chaire a également été construite par Daprato.

6) Le chemin de croix 

Le chemin de croix de l'église Saint-Jean-Baptiste
Photo Frida Franco
Le chemin de croix de l'église Saint-Jean-Baptiste

Le chemin de croix est installé dans la nef en 1900. Les 14 stations racontent la passion du Christ, de sa condamnation jusqu'à sa mise au tombeau. Elles sont constituées d'huile sur toile peintes en Italie par l'artiste Ludovico Cremonini. Quant à leurs cadres, ils ont été sculptés et dorés par l'artiste de la paroisse François-Pierre Gauvin. Le chemin de croix est posé sur des boiseries lambrissant les murs de la nef. Elles sont également l'œuvre de Gauvin.

La troisième station du chemin de croix
Photo Frida Franco
La troisième station du chemin de croix

7) Les peintures 

L'Assomption de la Vierge Marie, peinture d'Alma Aubin (sœur Marie de Saint-Aubin)
Photo Frida Franco
L'Assomption de la Vierge Marie, peinture d'Alma Aubin (sœur Marie de Saint-Aubin)

Outre les toiles du chemin de croix réalisées par le peintre Ludovico Cremonini, on retrouve dans l'église Saint-Jean-Baptiste plusieurs autres peintures, œuvres d'art de grande valeur. Ainsi, le chœur est rehaussé par trois grands tableaux réalisés par des religieuses de la communauté des Sœurs du Bon-Pasteur. Célina Fréchette (sœur Marie de Saint-Jean-Berchmans) a peint L'Ascension du Seigneur, situé du côté de l'Évangile, et Alma Aubin (sœur Marie de Saint-Aubin) a réalisé Le Couronnement de la Vierge Marie, situé au-dessus du maître-autel, de même que L'Assomption de la Vierge Marie, du côté de l'épître. Ces deux artistes ont peint des tableaux pour plusieurs autres églises du Québec.

Peu de chose ont pu être sauvée de l'incendie de 1881, si ce n'est deux paravents constitués de trois panneaux chacun, ainsi que quatre tableaux en médaillon réalisés par le peintre de renom Antoine Plamondon. Ils ont été peints en 1873-1874 et ils ornaient les murs de deux autels de dévotion dédiés à sainte Anne et au Sacré-Cœur.

8) Les vitraux 

Vitrail représentant la mort de saint Jean-Baptiste
Photo Frida Franco
Vitrail représentant la mort de saint Jean-Baptiste

Une des richesses de l'église du faubourg réside dans ses vitraux. On en retrouve une quarantaine répartis dans le chœur, la nef, les galeries, l'ancienne chapelle des mariages et la sacristie, ainsi que dans les impostes de quelques portes. Ils sont remarquables et cet ensemble constitue une véritable catéchèse. En effet, certaines scènes relatent les vies de Jésus et de saint Jean-Baptiste, d'autres témoignent de dévotions populaires ou illustrent l'Eucharistie, d'autres encore représentent les évangélistes et les docteurs de l'Église. Enfin, deux rosaces honorent la Sainte Trinité et Notre-Dame du Très-Saint-Sacrement.

Ils ont été fabriqués entre 1897 et 1912 à l'atelier de vitrail de Bernard Leonard qui avait pignon sur la rue Saint-Stanislas, dans le Vieux-Québec. La majorité de ces vitraux ont été réalisée par le maître verrier Wallace J. Fisher.

D'origine irlandaise, Leonard avait fondé son entreprise à Québec en 1869. Il était alors spécialisé en peinture décorative. Toutefois, au fil du temps, il se démarquera comme vitrier et importateur de papier peint. Quant à Wallace, il avait été formé en Angleterre, en France et en Allemagne avant de s'établir à Québec. Sa production fera la renommée de l'entreprise B. Leonard.

9) Les grandes orgues 

Les grandes orgues de l'église Saint-Jean-Baptiste
Photo Frida Franco
Les grandes orgues de l'église Saint-Jean-Baptiste

La première église Saint-Jean-Baptiste avait vu défiler deux orgues; l'incendie de 1881 en a effacé toutes traces. C'est donc un troisième orgue qui est inauguré en mai 1885 dans le second temple. Il est conçu par Napoléon Déry, un facteur d'orgues du faubourg. On dit de cet instrument qu'il était romantique. Il était constitué de trois claviers et de 37 jeux. Ses tuyaux étaient en bois. Au fil du temps, il sera modifié à trois reprises. D'abord en 1921, la célèbre entreprise Casavant et Frères le reconstruit tout en conservant ses 37 jeux, mais en y en ajoutant 38 supplémentaires. L'instrument est alors électrifié. En 1947, on transforme son harmonie, puis en 1976, il est entièrement restauré.

L'orgue romantique Déry-Casavant de l'église Saint-Jean-Baptiste est considéré comme l'un des plus beaux à Québec. En 1979, il est classé « bien culturel » par le ministère de la Culture et des Communications. C'est le réputé organiste Ernest Gagnon qui l'avait inauguré en 1885. Gagnon avait également été organiste sur les deux premiers orgues de la première église.

10) Un avenir incertain 

Malgré son classement patrimonial en 1991, un événement malheureux survient en 2015. En effet, l'église Saint-Jean-Baptiste ferme définitivement ses portes aux fidèles et aux amateurs d'architecture religieuse. Ce sont des coûts exorbitants liés à son entretien, mais également un manque de paroissiens pratiquants et de prêtres qui imposent cette décision. Depuis cette date, on tente de lui trouver une nouvelle vocation. Toutefois, lui donner une nouvelle fonction qui ne mettrait pas en péril sa valeur architecturale et patrimoniale constitue un défi de taille.

Un comité de réflexion dirigé par l'historien de l'art John R. Porter analyse actuellement toutes les options de conversion possibles. Pour Monsieur Porter, «les milieux culturel, associatif, touristique et scolaire sont des partenaires potentiels. De plus, il souhaite que l'usage futur de l'église soit multiple et profite à la communauté du quartier pour garantir le succès de l'opération». Depuis peu, l'Institut canadien de Québec participe à la réflexion, ce qui est de bon augure compte tenu du succès qu'il a remporté avec la conversion récente de l'ancienne église Wesleyenne en Maison de la littérature. C'est à suivre.

Comme l'église n'est plus accessible depuis 2015, nous vous recommandons de vous procurer Inoubliable Saint-Jean-Baptiste, un guide indispensable pour visiter ce bâtiment exceptionnel comme si vous y étiez : 

  • Claude Corriveau et Frida Franco, Inoubliable Saint-Jean-Baptiste, Septentrion, 2020, 221 pages.  

Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec 

  • Vous pouvez consulter la page Facebook de la Société historique de Québec en cliquant ici, et son site web en vous rendant ici.  
  • Vous pouvez également lire nos textes produits par Bibliothèque et Archives nationales du Québec en cliquant ici.