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«Je n’entends pas mal; je suis sourde»

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Mai est le mois de l’ouïe et de la communication. C’est l’occasion de rappeler que 10 % de la population du Québec vit avec des problèmes de surdité.

Lors de nos premières rencontres, j’avais du mal à comprendre que celle qui devint plus tard ma conjointe était sourde. 

Rien, physiquement ou dans son comportement, ne laissait penser qu’elle vivait avec ce handicap. J’avais donc du mal à comprendre qu’elle ne me comprenne pas toujours quand je lui parlais. 

Elle me faisait souvent répéter. Alors, j’ai fini par lui poser la « malaisante » question.

« Est-ce que tu entends mal ? » Du tac au tac, elle me répondit : « Je n’entends pas mal ; je suis sourde. » Moment de flottement... 

Surpris, me voici au beau milieu d’un « étrange univers ». Un univers que je connaissais mal. 

Apprendre

Je ne savais pas ce que cela faisait quand on disait à quelqu’un qu’on est sourd et que le regard de ce dernier se transforme.

C’est un univers dans lequel on fait souvent semblant d’avoir compris afin d’éviter constamment de faire répéter. 

Un univers dans lequel le volume de la radio ou celui de la télé est constamment au maximum avec les graves qui dominent les autres notes.

Un univers dans lequel on doit éviter de marcher sur la pointe des pieds pour ne pas surprendre ou effrayer. 

J’ai découvert cet univers truffé de frustrations où il arrive parfois de se retrouver à certains endroits et, à cause du bruit ambiant, de ne rien comprendre relativement à ce qui se dit.

Je ne savais pas non plus ce que cela faisait que de voir tout le monde rire en se racontant des choses et de se sentir exclu(e).

Je ne savais pas ce que c’était que de laisser tomber des rêves, comme faire du patinage artistique, parce qu’on n’entend plus la musique.

Quand on a de jeunes enfants, je ne savais pas non plus ce que c’était que de mal dormir la nuit de peur de ne pas les entendre.

Vigilance et empathie

Saviez-vous que la pandémie a grandement isolé les sourd(e)s ? Je me souviens d’avoir vu Caroline rentrer à la maison, frustrée, après qu’elle fut sortie d’une pharmacie où elle venait d’endurer un pharmacien qui lui parlait tout bas derrière son masque.

C’est en vain qu’elle lui a répété qu’elle était sourde. 

Au Québec, alors que, depuis 2010, il existe un programme de dépistage de la surdité chez les nouveau-nés. Plus de la moitié de ceux-ci n’en bénéficient pas. 

La surdité est un handicap invisible qui peut avoir de lourdes conséquences sur le langage et le comportement quand un enfant n’est pas pris tôt en charge. 

Heureusement, ce handicap invisible n’a pas empêché Caroline de devenir la première femme mairesse de Longueuil et de travailler aujourd’hui dans le domaine des communications. Un merveilleux paradoxe !

Pour toutes ces femmes et ces hommes aux prises avec la surdité, la vigilance et l’empathie sont de mise.