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Place au débat sur l’évaluation

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
Photo d'archives Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

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L’annulation des épreuves ministérielles, au primaire et au secondaire, a suscité diverses réactions dans le milieu de l’éducation. Pour certains, il s’agit d’une excellente nouvelle: enfin, l’accent sera mis sur les apprentissages. Pour d’autres, voilà une occasion ratée de mesurer officiellement l’effet COVID-19.

En collaboration avec Marc St-Pierre, ex-directeur général adjoint de la commission scolaire de la Rivière-du-Nord  

Il y a aussi ceux pour qui la suspension des examens obligatoires met à mal la qualité des diplômes qui seront émis, en plus de potentiellement créer des injustices en l’absence de mécanismes de contrôle. En effet, les épreuves uniques servent de comparatifs pour s’assurer que, peu importe l’école qu’on fréquente, la note obtenue est juste et que personne n’est avantagé ou désavantagé par des évaluations laxistes ou trop rigoureuses.

En ce qui nous concerne, la situation actuelle nous offre l’opportunité de nous questionner sur l’utilité des examens du ministère de l’Éducation. 

Les deux fonctions de l’évaluation

Les deux principales fonctions de l’évaluation dans le domaine scolaire sont l’aide à l’apprentissage et la reconnaissance des compétences. Ces deux différentes fonctions doivent être perçues comme complémentaires. 

Néanmoins, la vision ministérielle est claire: on doit se concentrer sur l’évaluation en vue de favoriser l’apprentissage. D’ailleurs, il y en aurait long à dire sur l’évaluation formative, sur l’importance d’une rétroaction de qualité et sur notre vision de la place prépondérante que devrait occuper l’aide à l’apprentissage dans notre système scolaire.

En ce qui concerne la fonction de la reconnaissance des compétences, elle est utile pour établir le bilan des apprentissages. Elle est aussi à la base des décisions liées à la sanction des études; c’est à partir des jugements portés sur l’acquisition des compétences que la décision de décerner le titre officiel qui sanctionne la formation sera prise. 

Bref, dans une perspective de régulation de notre système d’éducation, la possibilité d’utiliser les résultats scolaires (combinés à d’autres indicateurs) s’avère un incontournable. Mais la question demeure: est-ce que nous devons accorder autant d’importance aux examens ministériels? 

Une évaluation pour améliorer le système

Actuellement, les chiffres fournis par les examens du ministère ne servent qu’à alimenter une concurrence malsaine. Dans notre «marché de l’éducation», les centres de services scolaire et des directions d’école ont ainsi mis l’accent sur les matières de base faisant l’objet d’un palmarès comparant statistiquement leurs écoles. 

En conséquence, une gestion déshumanisante axée strictement sur les résultats et l’apparence a engendré certaines dérives. En voici quelques exemples: 

  • Les résultats des élèves aux épreuves ministérielles et les taux de diplomation dans les temps constituent les indicateurs principaux de la qualité de l’enseignement, de la gestion de l’école et du système d’éducation. Ces outils d’évaluation de la qualité ne permettent pas d’apprécier une formation intellectuelle, culturelle et citoyenne; 
  • Des pratiques d’enseignement principalement orientées vers la préparation aux examens (teaching to the test); 
  • Une compétition accrue entre les élèves avec comme corollaires l’anxiété, le stress et le décrochage.  

Quand des enjeux critiques sont liés aux résultats des élèves et que ces enjeux ont des impacts, non seulement pour les élèves mais aussi pour les différents acteurs du système, de la salle de classe au ministre, alors le risque de corrompre la mesure des résultats est élevé. 

Propositions

Nous croyons qu’il est souhaitable de revoir la gestion de la sanction des études et des épreuves ministérielles. Le système d’éducation québécois manque cruellement de souplesse.

Nous proposons une seule épreuve obligatoire pour l’obtention du diplôme d’études secondaires, soit celle en langue maternelle.

Nous proposons également des épreuves dans d’autres matières (langue, sciences, mathématiques, histoire, etc.) administrées à des fins de cueillette et d’analyse de données à différents moments du parcours scolaire. Contrairement à ce qui se passe actuellement, ces résultats ne devraient pas être pris en compte pour la note au bulletin.

L’élaboration de ces examens, l’analyse de leurs résultats et leur diffusion devraient être confiées à un organisme indépendant, distinct du ministère et à l’abri des pressions politiques. La raison est fort simple: le ministère ne peut être juge et partie de l’évaluation de sa performance.

Les analyses produites à la suite de ces examens devraient être remises aux centres de services scolaire et aux écoles à des fins de rétroaction et de régulation, dans une perspective d’amélioration de l’enseignement et de l’évaluation. Ces données et analyses relatives à la réussite devraient être disponibles en ligne, en toute transparence, en temps réel. 

Nous croyons, comme certains l’ont déjà avancé, qu’il faut donner plus de latitude aux écoles en matière d’évaluation, en réduisant de façon importante les épreuves dites de «sanction». Toutefois, contrairement à eux, nous sommes pour le maintien, à des fins de rétroaction, d’une série d’examens qui informent le système sur sa propre performance et lui permet de s’ajuster.

Il est plus que temps de mettre réellement l’évaluation et l’analyse des résultats au service de nos écoles. La pandémie s’avère un moment propice à une réflexion nationale sur l’évaluation.

Il serait dommage de «faire comme avant», simplement, sans débattre de la question.