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Des républicains prêts à créer un nouveau parti conservateur

Des républicains prêts à créer un nouveau parti conservateur
AFP

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Jusqu’à quel point Donald Trump est-il encore influent au sein du Parti républicain? Assez pour qu’une centaine de républicains s’apprêtent à signer une lettre dans laquelle ils affirment qu’ils quitteront la formation politique si elle ne rompt pas ses liens avec l’ancien président.

Contrairement à ce qu’on aurait pu croire le 6 janvier dernier en observant l’assaut sur le Capitole, le 45e président, d’abord montré du doigt pour sa rhétorique belliqueuse, jouit maintenant d’un plus grand contrôle sur les élus républicains du Congrès.  

Comme en témoigne le sort réservé mercredi à Liz Cheney, évincée sans ménagement de la hiérarchie républicaine parce qu’elle a dénoncé les excès de Donald Trump, on ne tolère aucune critique ou nuance. Non seulement Cheney reproche-t-elle à Trump son rôle dans les événements du 6 janvier, mais elle déplore également qu’il entretienne la désinformation entourant les résultats de l’élection 2020.  

Tout comme Liz Cheney, la centaine de signataires de la lettre considèrent que Trump a franchi une limite en discréditant sans preuve le processus électoral ou en remettant en question l’intégrité des résultats: «When in our democratic republic, forces of conspiracy, division, and despotism arise, it is the patriotic duty of citizens to act collectively in defense of liberty and justice.» S’opposer au mensonge et à la division n’est ni démocrate ni républicain, c’est être un vrai patriote.  

Ce n’est pas la première fois qu’on envisage des scissions au sein des deux grands partis et vous savez que des tiers partis ont déjà changé la donne lors de certaines élections au XXe siècle. La menace qu’on brandit maintenant est-elle sérieuse? Si on peut douter des chances de réussite d’une telle initiative, je ne la balaierais pas sous le tapis trop rapidement, ne serait-ce qu’en raison du fossé qui sépare les factions.  

Si les signataires exigent une rupture avec l’ancien président, ce sera une fin de non-recevoir. Déjà, Jason Miller, porte-parole de Trump, les qualifie de perdants qui ont trahi le parti en appuyant Joe Biden en 2020.  

Les deux camps peuvent bien se relancer et s’insulter, ils ne sont pas sans savoir que leur division coûte déjà des votes. Une nouvelle formation conservatrice pourrait difficilement s’imposer face aux démocrates en sacrifiant les partisans de Donald Trump, tout comme les trumpistes reconnaissent qu’ils conserveraient un bon potentiel pour des victoires localisées, mais qu’ils devraient probablement oublier la présidence sans l’apport des républicains traditionnels.  

Si vous êtes dans l’entourage de Joe Biden ces jours-ci, vous vous réjouissez du climat qui règne chez les républicains. Biden a prouvé qu’il pouvait courtiser les électeurs indépendants et quelques républicains déçus, tout en misant sur l’appui des minorités. Mieux encore, les progressistes ont accepté de se ranger derrière lui. Cette coalition est bien fragile et l’équilibre peut être brisé à n’importe quel moment, mais les perspectives sont plus intéressantes que dans le camp adverse.  

C’est dans la journée de jeudi qu’on révélera le contenu de la missive appuyée par une centaine de signataires. J’ai bien hâte de lire l’argumentaire de ceux qui se présentent déjà comme l’option rationnelle en opposition aux radicaux qui seraient responsables du déclin actuel du parti de Lincoln. Si, parmi les «rationnels», on retrouve d’anciens politiciens influents et d’anciens diplomates, il est fort probable que leur appel au respect des grands principes républicains de jadis frappe le mur de l’extrémisme.