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Réforme sur la langue française : la prudence est de mise à Ottawa

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Le projet de loi 96, nouvel effort de Québec pour redresser la barre en matière de langue française, a jusqu’ici été reçu avec prudence par les oppositions à Ottawa, alors que le gouvernement libéral préfère attendre avant de se prononcer.

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La ministre fédérale des Langues officielles, Mélanie Joly, a indiqué avoir pris acte de l’annonce du gouvernement du Québec et que le contenu du projet de loi sera étudié «avec attention».

«Tel que nous l’avons exprimé dans notre document de réforme en février dernier, la protection et la promotion du français sont une priorité pour notre gouvernement. Le gouvernement fédéral a d’ailleurs reconnu pour la première fois que la situation du français au pays est particulière et que le gouvernement a la responsabilité de protéger et de promouvoir le français non seulement à l’extérieur du Québec, mais également au Québec», a fait savoir la ministre Joly dans une déclaration écrite jeudi.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet, pour qui le dépôt de la loi représente une «journée importante pour le Québec», a invité le premier ministre Justin Trudeau à s’engager à ne pas la contester devant les tribunaux ou aux Communes.

Celui-ci étant absent lors de la période de questions, la vice-première ministre Chrystia Freeland a repris le message de la ministre Joly, n’écartant pas d’emblée de contestation, mais reconnaissant la situation «particulière» du français au pays.

Une panoplie de mesures

La tant attendue réforme proposée de la loi 101 comporte de nombreuses mesures pour freiner le recul de français : créer un ministère de la Langue française, réaffirmer le français comme seule langue commune, contingenter le nombre d’admissions aux cégeps anglophones et limiter l’exigence de bilinguisme pour les juges.

Le projet de loi ouvre aussi la porte à un débat constitutionnel qui risque de brasser les cartes à Ottawa, car il veut inscrire dans la Loi constitutionnelle de 1867 le fait que le Québec reconnaît comme seule langue officielle le français.

Le ministre québécois derrière le projet de loi 96, Simon Jolin-Barrette, a expliqué que la clause dérogatoire sera appliquée à l’ensemble de ses dispositions pour la protéger de potentielles contestations constitutionnelles devant les tribunaux.

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

L’opposition réjouie, mais prudente

Le chef conservateur Erin O’Toole a souligné que la protection du français au Québec était importante pour son parti, et reconnaît qu’il y a un déclin de son utilisation à Montréal.

Sans se prononcer sur l’aspect constitutionnel de la question, M. O’Toole a déclaré qu’il travaillerait avec Québec pour faire appliquer la loi 101 aux entreprises à charte fédérale en territoire québécois, comme il l’avait déjà promis par le passé.

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Erin O'Toole sur QUB radio:

Pour Jagmeet Singh, la loi 101, qui n’«a pas été modernisée depuis longtemps», méritait d’être «modernisée» afin de mieux «protéger la langue».

M. Singh s’est prononcé jeudi matin, soit à peu près au même moment où les tenants et aboutissants du projet de loi étaient dévoilés par le gouvernement Legault.

Il a toutefois souligné son intention de «réparer l’erreur» que fut selon lui l’écartement du Québec lors du rapatriement de la constitution en 1982.

La francophonie canadienne rassurée

La Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) a salué l’initiative du gouvernement Legault, notamment car celle-ci donnerait la responsabilité aux organismes québécois de valoriser le français ailleurs au pays.

«La FCFA et le gouvernement québécois ont décidé ensemble de cheminer vers un rapprochement de nos francophonies parce que nous reconnaissons à quel point le français est vulnérable sur le territoire canadien, y compris au Québec. Pour affirmer ensemble la place de notre langue, nous avons besoin de bâtir de nouvelles solidarités. Le projet de loi déposé par le ministre Jolin-Barrette est un signal très encourageant à cet égard», a déclaré par communiqué Jean Johnson, président de la FCFA.