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Jolin-Barrette, l’impatient raisonnable

Simon Jolin Barrette
Photo d'archives La réforme de la loi 101, déposée par Simon Jolin-Barrette, n’a pas provoqué de levées de boucliers.

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Simon Jolin-Barrette piaffait d’impatience et a mis de la pression sur son premier ministre pendant des mois. Mais, au bout du compte, François Legault et lui ont entendu les craintes des autres élus caquistes, et ont déposé une réforme de la loi 101 qui a le mérite d’aller assez loin, sans trop soulever l’ire des communautés anglophones et des affaires.

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« On va finir par avoir l’air épais, si tout le monde bouge sauf nous qui en parlons depuis des mois », m’avait confié une source gouvernementale, dans le camp des pressés, qui s’inquiétait d’un autre report du dépôt du projet de loi à l’automne. Pendant ce temps, les partis d’opposition déballaient leurs propositions pour la langue.

Mais au-delà du moment choisi – François Legault préférait attendre une accalmie dans la pandémie –, plusieurs élus caquistes craignaient d’alourdir le fardeau des entreprises à un bien mauvais moment.

Plusieurs députés étant eux-mêmes issus du monde des affaires, ils redoutent l’effet de contraintes bureaucratiques supplémentaires liées à l’imposition de la loi 101 aux PME de 25 à 49 employés. C’est pourquoi François Legault et Simon Jolin-Barrette ont accepté de donner trois ans aux entreprises, après l’adoption de la loi, pour s’y conformer.

Ils ont aussi plaidé, pour rassurer leurs collègues élus, que la surveillance ne serait pas la même à Montréal qu’en région, où les efforts à consentir seront moindres. 

Au départ, l’imposition de la loi 101 à ces entreprises ne faisait même pas partie de la version préliminaire du plan de Jolin-Barrette, et a été ajoutée à la demande du PM, dit-on.

La méthode Jolin-Barrette

Une source indique aussi que la « méthode de travail » du ministre responsable, reconnu pour son individualisme, a retardé certaines étapes de préparation de la législation.

Des personnes impliquées dans les discussions cherchaient à identifier des angles morts pouvant devenir des irritants et se sont butées quelques fois au manque de collégialité de Simon Jolin-Barrette.

On dit encore qu’il peut être inflexible et qu’il force le PM à trancher des désaccords entre lui et ses collègues. 

« C’est parce qu’il est brillant qu’il est capable de faire ça et s’en sortir sans trop de mal quand même », résume-t-on.

À la fin, la version finale a permis de dégager un large consensus dans le caucus.

Des changements importants

Sur le fond, il y a l’audacieuse inscription de la spécificité française du Québec dans la Constitution, la nette prédominance du français dans l’affichage des commerces, incluant leur raison sociale, la possibilité de porter plainte lorsqu’on n’est pas servi en français et une limitation des places dans les cégeps anglophones.

Les avancées sont importantes. Et le dévoilement de tout ça n’a pas provoqué de réelles levées de boucliers. 

Il est toujours étonnant de voir le décalage chez la jeune génération, alors qu’une jeune femme interviewée pour un vox pop au centre-ville de Montréal jugeait « excessif » un recours possible en l’absence de services en français.

Les détaillants considèrent aussi qu’il leur sera difficile de trouver des employés bilingues, alors qu’ils ont déjà du mal à embaucher.

Mais il faut y arriver si l’on veut changer les choses.

Et la possibilité de ressac semble mince.

Le gouvernement caquiste, après la loi sur la laïcité, s’est donné une nouvelle carte nationaliste qui sera officiellement adoptée durant l’hiver 2022. À temps pour le prochain rendez-vous électoral.

Comme pour l’interdiction des signes religieux aux personnes en position d’autorité, Simon Jolin-Barrette semble avoir trouvé le bon dosage.