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Le PLQ: parti des anglophones?

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Devenir le parti des anglophones serait une tragédie pour les troupes de Dominique Anglade.

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Dominique Anglade a réagi positivement et prudemment au dépôt de la réforme de la Charte de la langue française. Signe de sagesse, car les prochains mois seront critiques pour son parti.

À la fin des années 1980, des anglophones se sentant trahis par Robert Bourassa sur la question linguistique ont fondé le Parti égalité (ou Equality Party). Aux élections de 1989, ce parti avait raflé quatre sièges, tous soutirés au Parti libéral.

Ceci rappelle le caractère hautement sensible de la question linguistique. En particulier, le Parti libéral se retrouve toujours à devoir jouer un rôle d’équilibriste lorsque ce thème arrive à l’avant-scène.  

En 1989, le Parti égalité pouvait voir ses quatre élus comme un succès. Cependant, l’histoire a retenu que le vrai gagnant fut Robert Bourassa. La perte de sièges en milieu anglophone fut largement compensée par un triomphe libéral dans l’ensemble du Québec. Le Parti égalité n’a pas réussi à punir les libéraux. La fidélité à la défense du français était le bon choix.

Le PLQ aujourd’hui

Trente ans plus tard, les choses se présentent bien différemment pour Dominique Anglade. Elle relève un parti qui tente de se remettre d’une débâcle électorale, et en particulier d’une désertion des électeurs francophones. Elle a moins de marge de manœuvre pour négocier la position libérale face au projet de loi 96 dans les mois à venir.

Le danger n’est plus le même. Il serait étonnant que la communauté anglophone refasse le coup de fonder son parti politique. L’aventure du Parti égalité ne dura qu’un mandat et tout a fini en pagaille. Disons que la belle parade de la fierté anglophone a tourné au cirque. Tout sauf une expérience fructueuse.

Le danger pour le Parti libéral en 2021 n’est plus de voir un autre Parti égalité naître d’un schisme, le danger est de devenir lui-même un gros Parti égalité. Un parti des anglophones. Déjà dans les régions francophones, cette idée est déjà un peu installée. Mais l’histoire du PLQ parle : ce parti a remporté plus d’élections que tous les autres et il a su remporter des sièges dans tout le Québec. Ce passé n’est pas si lointain.

Choix cruciaux

Les mois à venir seront déterminants. Choqués par certains des aspects de la réforme de la Charte de la langue française, les membres de la communauté anglophone iront cogner aux portes des députés libéraux. Ils mettront aussi une pression considérable sur la cheffe Dominique Anglade.  

Leurs arguments seront forts et concrets. Ils ont voté libéral sans relâche, ils ont financé ce parti, ils méritent maintenant que le PLQ monte aux barricades pour leurs intérêts. Ils menaceront aussi les dirigeants du PLQ de leur faire payer s’ils tournent le dos aux anglophones.

Les francophones sentent dans leurs tripes que le français recule. Ce débat est plus qu’une affaire de politique, c’est une affaire de survie. Si Dominique Anglade accepte de devenir la voix des anglophones, son parti pourrait devenir le nouveau Parti égalité.  

Ce qui signifie rester loin du pouvoir pour longtemps.