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L’horreur, d’hier à aujourd’hui

<strong><em>Jeux d’été</em></strong><br>Diane Vincent<br>Triptyque<br>288 pages<br>2021
Photo courtoisie Jeux d’été
Diane Vincent
Triptyque
288 pages
2021

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Diane Vincent continue de creuser bellement le sillon de sa série policière mettant en vedette Josette Marchand, enquêteuse hors norme dans des univers qui le sont tout autant. 

Josette Marchand est massothérapeute et son rapport au corps donne une tout autre dimension aux enquêtes auxquelles elle finit par se trouver mêlée, vu son amour, désormais pleinement assumé, pour Vincent Bastianello, inspecteur aux homicides du Service de police de la Ville de Montréal.

Dans Jeux d’été, son septième roman, Diane Vincent entraîne le couple dans le monde de l’extrême droite — un thème de plus en plus exploité dans la fiction littéraire et télévisuelle québécoise. 

Signe des temps toutefois, tant la romancière que l’éditeur se sont sentis obligés d’ouvrir l’ouvrage par une mise en garde : les propos haineux qu’on lira « ne reflètent pas l’opinion de l’autrice ni de la maison d’édition ». On est donc rendus là, à s’excuser d’inventer... Comme l’intelligence des lecteurs est sous-estimée !

Cet agacement passé, on embarque dans une histoire solide, bien menée, avec un meurtrier si particulier qu’on se demande longuement de quelle manière il sera finalement appréhendé.

L’histoire de Sara

Cet homme a assassiné une jeune Française, violoniste de passage à Montréal pour donner des concerts avec son groupe de musique klezmer. Elle a été attaquée dans un parc, à quelques pas de là où elle logeait : frappée de dos, égorgée avec précision, et surtout dépouillée de lambeaux de peau. On apprendra vite que c’était là où elle avait des tatouages. 

Qui donc découpe ainsi de la peau humaine, s’inspirant des dégradantes pratiques nazies ? Et pourquoi sur cette jeune femme, inconnue au Québec et sans histoire dans son pays ?

En fait, Sara Landrieau a une histoire : elle avait récemment découvert que sa grand-mère maternelle était d’origine juive et qu’elle avait été internée à Auschwitz. Elle est morte alors que sa fille, la mère de Sara, n’avait que deux ans. Celle-ci n’en a jamais parlé. 

Josette et Vincent apprendront tout cela parce qu’ils se sont déplacés en France aux fins de l’enquête. Mais comment ce secret de famille a-t-il pu être connu de l’autre côté de l’Atlantique au point d’inspirer un meurtrier ?

Et visiblement ces peaux sont pour lui un trophée à exhiber ou à vendre. Quels sont les groupes et les sites intéressés par une telle horreur ?

Diane Vincent a eu la bonne idée de diviser son récit en deux trames narratives : Josette, bien sûr, puisqu’elle est toujours celle qui raconte dans cette série dont elle est le pivot. Mais on entend aussi les tenants de l’extrême droite.

Se succèdent un animateur de radio exalté, des manifestants excités, et surtout le meurtrier lui-même, qui trouve que les manifs, c’est trop inoffensif et qu’il faut monter l’offensive d’un cran.

Les propos de ce mystérieux meurtrier permettent de mesurer à quel point le mal peut facilement se dissimuler sous des dehors ordinaires. Et que le moindre détail peut contribuer à dénouer une enquête. C’est pourquoi ces Jeux d’été sont prenants.