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L’immobilier résidentiel a-t-il perdu les pédales?

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Le prix médian des résidences unifamiliales québécoises a grimpé de 41 % entre avril 2020 et avril 2021. Ici, une résidence fraîchement vendue, plus tôt ce mois-ci, dans un quartier central de Montréal.

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Selon les données du mois d’avril rapportées par l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ), le prix médian des unifamiliales a explosé de 41 % en l’espace de 12 mois, soit 108 000 $ de plus qu’en avril 2020. 

Le prix médian des copropriétés a bondi de 32 % (+80 000 $). Dans la catégorie des plex de deux à cinq logements, la hausse en un an atteint les 17 % (+63 750 $).

Et du côté de la construction de maisons neuves, c’est tout aussi fou alors que le prix du bois d’œuvre ne cesse de grimper, forçant nombre d’entrepreneurs à réviser en cours de construction leurs prix à la hausse. 

Malheureusement, ces onéreuses révisions se font sur le dos des clients, dont plusieurs se sont retrouvés (ou se retrouveront) avec des charges supplémentaires de dizaines de milliers de dollars.

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:

Folle escalade

Pendant cette folle escalade du prix des propriétés résidentielles, les acquéreurs ont eu la chance de contracter des grosses hypothèques à très faibles taux, voire jusqu’à moins de 2 % pour un terme hypothécaire de cinq ans.

Pareille aubaine hypothécaire a été rendue possible « grâce » à la pandémie de COVID-19 qui a poussé la Banque du Canada (et les autres banques centrales dans le monde) à abaisser son taux directeur à seulement 0,25 %. Ce qui a eu pour effet d’entraîner la structure des taux hypothécaires à un niveau historiquement extrêmement bas.

FINI LES AUBAINES HYPOTHÉCAIRES

Mauvaise nouvelle en vue pour les ménages qui sont aux prises avec de lourdes hypothèques qui accaparent une grande portion de leur revenu disponible, c’est-à-dire le revenu qui leur reste dans les poches après les impôts et les cotisations sociales.

Si vous croyez que les taux d’intérêt resteront bas pendant encore plusieurs années, détrompez-vous. D’ici à peine trois ans, les taux hypothécaires pourraient grimper fortement.

Dans le pire des scénarios, pour les emprunteurs hypothécaires s’entend, le service des Études économiques de Desjardins prévoit que l’hypothèque de cinq ans pourrait passer d’un haut de fourchette de 4,74 % (actuellement) à des hauts respectifs de 6,00 % (en 2022), de 6,50 % (en 2023) et de 7,00 % à la fin de 2024.

Le taux du terme hypothécaire de trois ans pourrait partir d’un haut de 3,49 % (présentement) à des hauts de 4,40 % (en 2022), de 5,20 % (en 2023) et de 5,70 % à la fin de 2024.

Je ne veux pas jouer au prophète de malheur, mais le temps de se négocier des hypothèques de cinq ans sous la barre des 2,00 % devrait achever.

Et voici pourquoi.

L’INFLATION GALOPE

En avril dernier, l’inflation a progressé aux États-Unis au rythme annuel de 4,2 %. Du jamais-vu depuis 13 ans. Avec un tel rythme inflationniste aussi endiablé, il va bien falloir que la Réserve fédérale américaine (Fed) recommence à un moment donné à hausser son taux directeur, lequel traîne actuellement au plancher à 0,25 %. D’ailleurs, la remontée des taux obligataires américains reflète déjà une « première » hausse de la Fed.

L’économie canadienne étant largement tributaire de l’économie américaine, la Banque du Canada va elle aussi resserrer sa politique monétaire en recommençant à relever son taux directeur (présentement à seulement 0,25 %), question de limiter le mieux possible les pressions inflationnistes.

Bien entendu, si l’actuelle reprise économique, tant aux États-Unis qu’au Canada, se faisait kidnapper une fois de plus par une autre vague de pandémie, les pressions inflationnistes disparaîtraient... et les banques centrales (FED, Banque du Canada, etc.) n’auraient pas besoin d’augmenter leurs taux directeurs.

J’espère que ce ne sera pas le cas, car tout le monde en a royalement ras le bol de la pandémie. 

UNE ÉNORME HAUSSE DU PRIX MÉDIAN EN 12 MOIS

RÉGION UNIFAMILIALE
Avril 2021 / Hausse
COPROPRIÉTÉ
Avril 2021 / Hausse
Île de Montréal 725 000 $ / 39 % 415 000 $ / 8 %
Laval 501 000 $ / 34 % 335 000 $ / 28 %
Rive-Nord de Montréal 422 250 $ / 38 % 270 000 $ / 32 %
Rive-Sud de Montréal 496 000 $ / 30 % 316 000 $ / 37 %
Vaudreuil-Soulanges 538 500 $ / 59 % 300 000 $ / 36 %
Saint-Jean-sur-Richelieu 420 000 $ / 38 % 275 500 $ / 27 %
Région métro de Québec 315 000 $ / 21 % 203 000 $ / 10 %
Ensemble du Québec 370 000 $ / 41 % 330 000 $ / 32 %

 

Sources : APCIQ et CENTRIS