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Nous devons défendre le français avec acharnement

Rene Levesque
Photo d'archives

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Le premier ministre Legault se réjouit du projet de loi 96 déposé par son ministre Simon Jolin-Barrette parce qu’il est raisonnable. Des nationalistes, eux, regrettent le fait que cette grande réforme pour protéger la nation francophone soit trop raisonnable.

Les anglophones en nuançant bien leurs mots pensent dans leur for intérieur que le jour viendra où avec l’aide des immigrants ils retrouveront leur pouvoir passé. Ainsi leur parti historique, le PLQ, qu’ils appuient très majoritairement, réussira-t-il à attirer davantage d’allophones et à reprendre sa place à la tête du Québec.

Toutes les lois futures qui viseront à protéger le français ne changeront rien à la démographie. La revanche des berceaux, qui explique notre si longue survivance en Amérique du Nord, est bel et bien terminée.

Fécondité

À part quelques couples qui font l’objet de documentaires parce qu’ils ont mis au monde huit, neuf ou dix enfants et qui appartiennent ainsi à une époque révolue, le taux de fécondité de la majorité des Québécoises francophones ne sera pas élevé. En clair, nous nous reproduisons faiblement. Sans regret, sans remords, d’ailleurs. C’est le problème de la race blanche.

La majorité des nouvelles générations d’immigrants qui vivent parmi nous ont choisi le Canada. Et le Québec, rappelons-le, se situe au Canada. De plus en plus de ces immigrants viennent de pays dont la langue n’est ni le français ni l’anglais. Mais comme sur la planète entière, un certain nombre arrivent à baragouiner l’anglais...

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Par ailleurs, même les francophones venus de France ou de pays où la présence française coloniale a existé sont de moins en moins portés à mener un combat pour la survivance du français. En fait, le multiculturalisme à la Trudeau n’a rien de rébarbatif à leurs yeux.

Ajoutons à cela que bien peu de Québécois rêvent encore d’indépendance et nombre d’immigrants francophones se laissent séduire par le wokisme ambiant. De plus, le nationalisme version caquiste et la loi sur la laïcité leur donnent de l’urticaire.

Audace

Bref, dans ce contexte si désolant pour tous ceux qui appuient la CAQ, le projet de loi 96 représente une audace raisonnable. Nombre de citoyens qui appuient le gouvernement ont voté « oui » au deuxième référendum de 1995. L’évolution nationaliste ne peut être que raisonnable si les idées qui la portent l’amènent à consolider son pouvoir politique.

D’ailleurs, si le PLQ dirigé par Dominique Anglade reconnaît que la défense du français telle qu’elle nous est présentée par le ministre Simon Jolin-Barrette est acceptable et raisonnable, c’est que la cheffe libérale croit y trouver son profit. Car sans une augmentation du vote francophone, le PLQ restera dans l’opposition pour la prochaine décennie. Et plus, peut-être.

Dans les années à venir, nous devons défendre le français avec acharnement. Il faut retrouver les accents du passé en glorifiant cette langue, en faisant battre le cœur des jeunes comme on nous l’apprenait jadis, en expliquant aux générations présentes qu’aimer sa langue, c’est s’aimer soi-même. Qu’en la parlant bellement, qu’en l’écrivant sans fautes, nous nous dépassons et nous communions à sa beauté, à sa grâce et à son génie. Oui, nos moyens sont limités. Mais n’est-ce pas les conséquences de nos choix d’un passé qui a laminé nos espoirs ?