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Pour comprendre le nouveau catéchisme

<strong><em>La révolution racialiste et autres virus idéologiques</em></strong><br>Mathieu Bock-Côté<br>Les Presses de la Cité
Photo courtoisie La révolution racialiste et autres virus idéologiques
Mathieu Bock-Côté
Les Presses de la Cité

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Je suis sans doute de la vieille école. Pour moi, le monde se divise entre bons et méchants, entre la gauche et la droite, entre les partageux et les égoïstes. 

Bon, je suis bien évidemment un peu plus subtil, mais lorsqu’il s’agit de « woke », d’« intersectionnel », de « racisé », de « cancel culture », je perds quelque peu mes références, surtout si on les classe à gauche de l’échiquier politique. Qui sont-ils, ces influents prédicateurs d’un nouvel ordre moral ?

Mathieu Bock-Côté, qui n’a jamais eu peur de se mouiller, vient mettre un peu d’ordre dans ce fouillis idéologique.

Ce catéchisme nouveau genre nous est venu des universités étatsuniennes, nous apprend MBC. Des penseurs orthodoxes fraîchement formés dans les facultés de sociologie ont décrété que tout l’Occident est raciste et qu’on y vit sous un régime de racisme systémique. On ne parle plus en termes de lutte des classes ni d’opposition entre riches et pauvres, mais bien en termes de race, la catégorie sociologique et politique désormais la plus importante. 

Place à un vaste mea culpa collectif ! Point de salut sans ce sentiment de culpabilité, celle d’être un Blanc fatalement privilégié, suprémaciste et responsable de tous les maux de l’Occident, ce vaste espace qui serait ni plus ni moins assimilable au sud des États-Unis du temps de la ségrégation. 

Nouvelle respectabilité

Ces intellectuels n’ont cependant rien inventé puisqu’ils font encore des États-Unis le centre de l’univers, un empire que tous les autres pays envieraient. Ainsi, ils « projettent leur représentation des rapports sociaux sur le monde, et veulent même le guider, pour emprunter les mots de Joe Biden, qui semble convaincu que le monde veut encore voir en eux un modèle de civilisation ». Heureusement, « devant l’accouplement morbide du multiculturalisme canadien et du racialisme américain, le Québec tient tête, comme en témoigne son combat pour la laïcité et la langue française ».

L’heure de la « réparation » a sonné, clament les conspirateurs du wokisme, l’homme blanc doit « apprendre à se défaire de sa blanchité » et surtout prendre ses distances du passé « peu glorieux » de ses ancêtres. Aussi déboulonner toutes les statues qui portent la marque de ce passé colonial honteux. Curieux paradoxe. S’il était, hier, important pour l’homme ou la femme progressiste de se dire non raciste, aujourd’hui ces mêmes individus doivent se battre la coulpe en s’avouant racistes, et implorer le pardon publiquement. C’est le prix de la nouvelle respectabilité, pour éviter la stigmatisation. 

MBC résume bien la situation qui prévaut actuellement, en assemblant toutes les pièces à conviction de la grande bataille de l’inquisition en cours : justification des émeutes, à la suite de la mort atroce du jeune Noir George Floyd, défense du pillage, chasses aux sorcières, c’est-à-dire aux hommes blancs, violences diverses et raids antifas, « débaptisation » d’institutions et de lieux publics, censure d’œuvres littéraires et de films d’époque, etc. C’est ainsi que s’est imposé un nouveau leitmotiv : « Les sociétés occidentales seraient sous l’emprise du racisme systémique. L’ordre social serait discriminatoire, raciste, sexiste, hétérosexiste, cisgenre, capacitiste et spéciste. » 

Quant au Québec, MBC souligne que « c’est par résistance à la suprématie blanche et solidarité avec les Amérindiens que les jeunes militants racialistes qui se revendiquent de la croisade décoloniale refusent explicitement leur intégration au peuple québécois ».

Voici un ouvrage décoiffant. On peut ne pas être toujours d’accord avec l’auteur et ses interprétations, il n’en reste pas moins qu’il sonne l’alarme sur cette amplification des discours haineux racialistes qui condamnent à l’exclusion au nom d’une bien-pensance faussement vertueuse.