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Quand notre langue passe en priorité

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Le projet de loi 96 sur la protection du français a fait couler beaucoup d’encre cette semaine. En repoussant continuellement le dépôt, le gouvernement Legault avait fait monter les attentes et on s’attendait à un projet très costaud. Finalement, je n’irais pas jusqu’à dire qu’il a accouché d’une souris, mais l’atterrissage s’est fait en douceur, ce qui est une bonne nouvelle.

Après la loi 21 et des mesures sanitaires qui divisent malheureusement la population, nous n’avions surtout pas besoin d’en rajouter une couche sur la division au Québec. Nous avions besoin d’un projet de loi rassembleur, et je dois admettre que sur ce point, le ministre Jolin-Barrette m’a impressionnée, puisque rassembler n’était vraiment pas une de ses qualités.

Une belle marque d’ouverture

Je ne dis pas que son projet de loi est parfait, il pourrait certainement être bonifié, mais c’est déjà un bon début. Le ministre a pris soin d’inclure des idées des libéraux et des solidaires, ce qui est également une belle marque d’ouverture. Ce sera intéressant de voir comment le ministre et les oppositions se comporteront lors de l’étude détaillée. En espérant que chacun et chacune y mettra du sien. Sans surprise, le Parti québécois est déçu. Il aurait aimé que le gouvernement aille beaucoup plus loin, notamment en imposant la loi 101 aux cégeps, ce qui serait à mon avis une grave erreur. En plafonnant l’accès aux cégeps anglophones pour tous les francophones, la CAQ va déjà très loin.

Il ne faut pas perdre de vue l’objectif de ce projet de loi. Le but n’est pas d’écraser les francophones, de les empêcher de maîtriser l’anglais qui pourrait leur ouvrir de belles portes pour leur carrière. N’oublions pas que l’anglais est la langue des affaires au niveau international. Il y a une nette différence entre parler uniquement en anglais dans les commerces du Québec et devoir échanger en anglais avec des clients et partenaires étrangers.

La CAQ pourrait aller plus loin

Si on veut franciser davantage nos Québécois qui ne maîtrisent pas la langue française, il faut leur enseigner notre langue, leur donner le goût de l’apprendre, tout en leur facilitant la tâche.

C’est d’ailleurs sur ce point, personnellement, où je trouve que la CAQ ne va pas assez loin. Je pense que le ministre Jolin-Barrette devrait accepter la proposition des libéraux d’exiger des cégeps anglophones que les étudiants y suivent au moins trois cours en français liés à leur programme d’études.

Ça n’enlèverait rien aux francophones et allophones qui ont appris le français pendant tout le parcours primaire et secondaire, mais ça permettrait aux anglophones qui ne maîtrisent pas notre langue officielle et commune d’améliorer leurs compétences en français.

Pour le reste, si l’écoute et le dialogue sont au rendez-vous pendant les auditions publiques qui auront lieu sur le projet de loi, j’ai bon espoir qu’il soit adopté assez facilement.

Dans l’histoire du Québec, les débats sur la langue ont souvent divisé. Rarement nous avons senti autant de consensus autour de ce dossier. Ce serait triste de l’échapper pour une simple virgule.