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Déconfinement du Québec: les employeurs se disputent les travailleurs

La concurrence est vive entre entreprises et secteurs d’activité à la recherche de salariés pour l’été qui arrive

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Alors que tout le Québec se déconfinera graduellement durant les prochaines semaines ou mois, une bataille à la main-d’œuvre se dessine entre et dans plusieurs industries. Un élément qui pourrait même venir freiner la relance de l’économie.

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« Il y a du maraudage pas très loyal. Il y en a qui vont voler des travailleurs en proposant une majoration du salaire. Il y a aussi de la surenchère, des gens qui appellent et qui disent : si tu veux que je rentre, combien tu m’offres de plus », se désole François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales à l’Association des restaurateurs du Québec. 

  • Écoutez l'entrevue de François Meunier avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:  

La restauration, l’hôtellerie, le commerce de détail, les festivals et les sites récréotouristiques devront embaucher massivement, soit des dizaines de milliers de travailleurs, pour cet été. Il s’agit de secteurs qui recherchent les mêmes profils de candidats, entre autres les saisonniers et les étudiants.

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

Au quatrième trimestre 2020, près de 150 000 postes étaient vacants partout dans la province. « Tout le monde est à la recherche de travailleurs, et ce, même le gouvernement. Cela va être un défi immense », concède M. Meunier. La situation actuelle fait en sorte que le chercheur d’emploi peut « magasiner ».  

  • Écoutez l'entrevue avec Martin Soucy, président-directeur général de l’Alliance Touristique du Québec sur QUB radio:  

  

Rétention aussi compliquée

Chez les restaurants La Cage – Brasserie sportive, ce sont 400 travailleurs qui devront être embauchés pour la saison estivale. Au Groupe D Resto, qui compte 25 restaurants au Québec, on parle d’une centaine de salariés.

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

En raison du défi de la main-d’œuvre, Jean Bédard, président et chef de la direction de Sportscene, explique que certains restaurants La Cage – Brasserie sportive, il y en a une quarantaine, devront adapter leurs heures de service.

« Avant, nous étions ouverts tout le temps, là, on va y aller par blocs. On va se concentrer sur les grosses périodes », explique l’homme d’affaires, disant ne pas ressentir, pour sa part, de pression marquée sur les salaires.

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

Au Groupe D Resto, responsable de franchises dans l’Est-du-Québec, comme La Belle et La Bœuf et Entre-Côte Riverin, la direction a décidé de garder employé « un maximum » de cuisiniers et de plongeurs qui avaient été rappelés au mois de mars lors de l’allègement temporaire des mesures sanitaires. 

« On voulait limiter l’impact sur leurs finances et s’assurer que ces gens ne se retrouvaient pas d’autres emplois ailleurs », répond Alexandre Paradis, vice-président principal. « Nous sommes dans un marché de candidats et c’est eux qui ont le beau rôle. Ils ne magasinent pas juste le salaire, mais aussi leurs conditions et la flexibilité des horaires », ajoute-t-il.

Nouvelle équation

Le défi de la main-d’œuvre date bien d’avant la pandémie, direz-vous, mais plusieurs associations estiment que l’avenir s’annonce encore plus sombre. 

Dans l’équation de la rareté de la main-d’œuvre, on doit maintenant ajouter le fait que plusieurs entreprises, qui ont tourné au ralenti ces derniers mois, doivent aujourd’hui composer avec « des salariés permanents » qui ont choisi de miser sur une nouvelle carrière ou de retourner sur les bancs d’école.

Le gouvernement a notamment mis en place des programmes pour aider les gens touchés par la pandémie à se requalifier.

Parlez-en avec la directrice générale du Petit Manoir du Casino, à La Malbaie, qui craint que la pénurie de main-d’œuvre mine sa saison estivale. Il lui manque environ une vingtaine de travailleurs. Elle dit devoir « repartir à zéro », alors que plusieurs « gens qualifiés » ont choisi de changer de boulot. 

« Je viens de communiquer avec une personne sur ma liste de rappel. C’était ma réceptionniste au spa. Elle m’a dit avoir trouvé d’autre chose dans une autre industrie, car elle ne croit plus à l’hôtellerie », raconte Christiane Lambert. « Ma déléguée aux ventes vient de me quitter pour aller travailler dans un salon funéraire. Elle a repris ses études pour être thanatologue ».

Christiane Lambert, directrice générale du Petit Manoir du Casino, accueille elle même les clients, à la réception du vaste  complexe hôtelier de La Malbaie.
Photo courtoisie
Christiane Lambert, directrice générale du Petit Manoir du Casino, accueille elle même les clients, à la réception du vaste complexe hôtelier de La Malbaie.

La DG dit devoir faire affaire avec une agence externe pour s’assurer d’avoir le personnel nécessaire pour l’entretien des chambres. « Ça coûte le double du prix, mais au moins je vais avoir une chance d’avoir du monde ! »

Cette rareté de la main-d’œuvre se traduit par une pression à la hausse sur les salaires et les conditions exigées par les salariés, constate Mme Lambert. 

« Les gens vont se ruer sur les régions [...] et je ne sais pas comment je vais faire pour les accueillir », s’inquiète-t-elle, ne cachant pas que le téléphone n’arrête pas de sonner depuis le dévoilement du plan de déconfinement. 

Cette inquiétude pour la main-d’œuvre est aussi palpable du côté de l’Association Hôtellerie Québec (AHQ). La direction avance que des hôtels prévoient déjà fermer certaines sections en raison du manque de personnel. Cette industrie est à la recherche d’environ 14 000 paires de bras pour cet été.

« C’est plus qu’une crainte pour l’emploi, c’est une sonnette d’alarme », lance le PDG Xavier Gret. C’est sûr que nous sommes en compétition avec d’autres secteurs d’activité », poursuit-il, prévoyant la multiplication des opérations charmes des compagnies pour attirer de nouveaux travailleurs. 

Au Conseil canadien du commerce de détail, on ne cache pas qu’à l’ouverture des salles à manger des restaurants, des commerces pourraient être dégarnis de certains travailleurs.  

Chez les attraits touristiques et les festivals, ce sont 10 000 postes qui sont à pourvoir pour l’été, selon Événements Attractions Québec. Le défi pourrait également se faire sentir sur le recrutement des bénévoles. 

« Présentement, les échos que j’ai, c’est que oui, c’est difficile et que les entreprises doivent déployer plus d’imagination », affirme le DG, François-G. Chevrier. « Le fait qu’on redémarre plusieurs secteurs en même temps, c’est sûr que cela va amener une espèce de course contre la montre pour les emplois saisonniers en plus des emplois permanents », poursuit-il.

Tous les intervenants avec qui Le Journal a discuté ont mentionné l’importance d’assouplir rapidement les contraintes et les délais entourant l’embauche des travailleurs étrangers.

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