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Le déni de l’évidence

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Les élites médiatiques du Canada anglais en veulent à Justin Trudeau.

Comment ose-t-il trahir l’héritage de son père, lui qui n’hésitait pas à remettre à leur place les nationalistes québécois ni à se porter garant de la sacro-sainte constitution canadienne ?

Nombre de commentateurs l’accusent de courber l’échine devant François Legault et son projet de loi sur la protection du français. 

Ce ne serait que par électoralisme si le premier ministre accepte sans broncher que le Québec se déclare officiellement et unilatéralement une nation dont l’unique langue officielle est le français. 

Il y a sans doute du vrai là-dedans. Mais, à ce compte, il n’est pas le seul. Tous les chefs fédéraux appuient plus ou moins tacitement la démarche de Québec.

Le commentariat surtout anglophone de Toronto devra canaliser ailleurs que sur la scène fédérale son indignation. 

On ne sait pas encore si le projet caquiste n’a de valeur que symbolique. C’est ce que semblent croire le gouvernement Trudeau et plusieurs constitutionnalistes. 

Dans le ROC, on accuse Justin Trudeau d’avoir capitulé devant le Québec avant même de savoir si le projet de loi 96 aura des conséquences juridiques profondes sur l’ensemble des provinces. L’argument se vaut tout à fait, et les cours seront appelées à trancher. 

Mais sa colère est à mon avis ailleurs, campée dans une idéologie que les partis fédéraux semblent aujourd’hui heureusement rejeter. 

Pour lui, tout geste d’affirmation nationale du Québec revient à « jeter les Anglo-Québécois sous l’autobus ». 

Le Québec n’a pourtant aucune leçon à recevoir sur la façon dont il traite sa minorité linguistique historique. Demandez ce qu’en pensent les Franco-Ontariens ou les Acadiens.

Quant à la proposition que le Québec forme une nation, l’idée répugne encore en 2021, imaginez-vous. 

On rêvait à une certaine époque de voir le Québec entrer dans la constitution canadienne dans « l’honneur et l’enthousiasme ».

Le projet de la CAQ reviendrait à le faire rentrer par la petite porte arrière. Mais pour le ROC, c’en est encore, et toujours, trop. 

Et c’est François Legault qui chercherait à diviser...