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«Le petit astronaute»: une ode inspirante à la différence

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Sensible, émouvant, inclusif et lumineux : voilà comment peut être qualifié le dernier superbe roman graphique de Jean-Paul Eid : Le petit astronaute. « Une belle histoire de bonheur ordinaire avec un enfant extraordinaire », fictive, bien que librement inspirée de sa propre vie familiale.  

Né au Liban d’une mère belge et d’un père libanais, Jean-Paul Eid est arrivé à Montréal à l’âge de 3 ans. « Très tôt, mais vraiment très tôt, je me suis mis au dessin, explique-t-il. Enfant, j’étais encouragé par ma mère qui avait aussi un talent et un grand intérêt pour le dessin, ce qu’elle poursuit d’ailleurs aujourd’hui à sa retraite. »  

Ce n’est que vers l’âge de 15 ans qu’il découvre avec stupéfaction et bonheur qu’il se fait de la bande dessinée québécoise. 

« Je suis quelqu’un qui adore raconter des histoires, poursuit-il. J’étais dans les troupes de théâtre, j’ai fait des films super 8 avec mes amis : le dénominateur commun était toujours de raconter des histoires. Comme je savais dessiner, assez vite je me suis enligné vers la bande dessinée en me disant que je pourrais faire cela dans la vie. »

Le fana de BD étudie en arts plastiques au cégep et en cinéma d’animation à l’université. Lorsqu’il se fait remarquer par le magazine humoristique québécois Croc – où il travaillera pendant une décennie –, sa vie prend un autre tournant. 

« Cela a été une école incroyable, lance l’auteur montréalais de 56 ans. Cela m’a permis d’évoluer et de faire des expériences narratives. J’ai beaucoup fait dans la BD différente : celle où on abat le quatrième mur, où on lit la tête en bas ou dont vous êtes le scénariste... Chaque épisode était une nouvelle astuce. » 

Un jour, avec son ami scénariste Claude Paiement, il décide de créer une longue BD : Memoria, un diptyque de science-fiction parlant de réalité virtuelle à une époque où celle-ci n’était encore qu’un fantasme. Cela fait boule de neige. Les éditions de La Pastèque rééditent son travail imprimé dans Croc puis publie Le fond du trou, une BD littéralement... trouée ! 

C’est le début de l’aventure BD pour celui qui – avec le bédéiste Michel Rabagliati – croit avoir aidé à faire changer les mentalités, notamment avec sa BD La femme aux cartes postales

Tomber sur la mauvaise planète

« Avant tout, je voulais raconter une belle histoire, mon but n’était pas de raconter la mienne », insiste Jean-Paul Eid, papa de deux enfants aujourd’hui dans la vingtaine. 

Si son fils vit avec une paralysie cérébrale comme c’est le cas du personnage de Tom dans Le petit astronaute, c’est pourtant une histoire fictive inspirée de sa vie et d’histoires qu’on lui a racontées que l’auteur de BD propose ici. Une histoire d’inclusion au sens large et de différence.

C’est aussi un hommage à sa fille Mathilde « la grande sœur qu’espèrent tous les petits frères quand ils viennent au monde » rendu possible, justement, grâce au détachement de la fiction.  

Le petit astronaute, c’est donc l’histoire de Juliette, une jeune femme dans la vingtaine qui retourne dans son quartier de jeunesse chaque année à la même date et qui, pour la première fois, va pouvoir visiter sa maison d’enfance. Ce faisant, elle revisite ses souvenirs de famille, dont l’arrivée de son petit frère Tom né avec un handicap (il est atteint d’une paralysie cérébrale). 

« Elle va essayer de comprendre, du haut de ses 5 ans, pourquoi son frère est comme ça et essayer de donner un sens à l’injustice du sort. Notamment en s’inventant un conte : l’histoire du petit astronaute, des bébés qui flottent dans l’espace et qui arrivent sur Terre, comme si son frère Tom était tombé sur la mauvaise planète. C’est l’histoire dans l’histoire alors qu’elle visite la maison et que l’histoire se déroule devant elle. » 

Avec le thème de l’espace, viennent se greffer de touchants clins d’œil ; le Major Tom de David Bowie, diverses métaphores reliées à l’espace et le Petit Prince de Saint-Exupéry. Le tout dans un style coloré et très cinématographique – l’auteur se décrit comme un amoureux de la perspective – transportant dans des lieux réels de divers quartiers montréalais.  

« Il y a très peu de livres qui racontent de belles histoires autour du handicap, ajoute l’auteur qui a réalisé les premières ébauches de ce scénario il y a 15 ans, mais qui n’était pas prêt à le livrer avant aujourd’hui. Je n’avais pas le goût de faire un livre mode d’emploi sur comment élever son enfant handicapé ni de faire un livre témoignage d’un père. Côtoyer ces enfants différents, même si c’est à travers un livre, va ouvrir les yeux aux gens, je l’espère. Si, en refermant la BD, les gens réfléchissent et se posent des questions, déjà cela va être cela de réussi. Et puis, ces enfants sont des enfants viscéralement heureux, ce qu’on oublie parfois. »