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Le tunnel Québec-Lévis: une vraie farce!

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Illustration courtoisie

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Le projet fait saliver certains gens d’affaires de Québec. Les générations à venir se réjouiront, elles aussi, croient des politiciens qui appuient ces grands travaux pharaoniques.

Pour 10 milliards de dollars, qui en deviendront 20, selon l’expérience récente en matière de grands œuvres publiques, on s’offrira un tunnel à deux étages sous le Saint-Laurent entre Québec et Lévis. 

À défaut de Nordiques il s’agira d’un tunnel de 19 mètres de diamètre, l’un des plus larges au monde. Il ne restera qu’à l’inscrire dans le Livre Guinness des records.

Même le maire sortant Régis Labeaume trouve cette construction « assez complexe », se disant préoccupé par les deux sorties prévues de Québec, qui viendront défigurer encore davantage la capitale nationale. 

Comme un aquarium

Rien n’est trop grand pour les Québécois, ceux de Québec en particulier. D’ailleurs, à voir la maquette du tunnel à deux étages, on a envie de faire pression pour qu’on y ajoute un sous-sol qui permettra aux automobilistes de rouler comme dans un aquarium, entourés de poissons et autres barbotes et anguilles, pour distraire les banlieusards. 

J’ai déjà écrit dans Le Journal que le premier ministre Legault, contrairement à d’autres politiciens, n’est pas machiavélique. En annonçant en grande pompe ce projet de troisième lien, le premier ministre, qui en a fait un engagement électoral, s’attend à une contribution financière du fédéral.

Or le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, prévient sans sourire que la réussite du test des évaluations environnementales sera essentielle avant de penser à délier les cordons de sa bourse.

Tout cela tend à prouver que François Legault s’est trouvé une porte de sortie. Rappelons-nous la réforme du mode de scrutin dont il s’était entiché lorsqu’il était dans l’opposition et qu’il a fini par écarter après avoir écouté des spécialistes, comme le sage professeur Christian Dufour. 

L’expression « la folie des grandeurs » est utilisée rarement de nos jours alors que cette folie perdure dans la mentalité québécoise. Surtout lorsqu’il s’agit d’avoir l’air audacieux, créatif et futuriste. 

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Ni Dubaï ni la chine

Or, il est vrai que des Québécois ont développé dans le passé cette folie des grandeurs avec succès et même éblouissement. Pensons au monde du show-business, à Guy Laliberté et ses amis qui ont bâti le Cirque du Soleil ou à René Angélil, qui a fait rire lorsqu’il promettait que Céline Dion deviendrait la plus grande chanteuse au monde. 

Ou bien à l’époque où nos ingénieurs ont construit les cathédrales que sont nos grands barrages hydroélectriques, comme à la Baie-James. 

C’est ainsi que le Québec a connu un enrichissement collectif et est entré dans la modernité. 

Québec n’est ni à Dubaï ni en Chine ni en Turquie, pays où cette démesure est liée à la richesse et à l’absence de contraintes démocratiques. 

Nos projets collectifs doivent être à l’image de ce que nous sommes. Sans tape-à-l’œil, sans prétention, mais marqués par un génie créateur, une audace exceptionnelle, un sens civique et le respect de l’environnement. 

Les Québécois n’ont plus les moyens d’épater la galerie.