/news/coronavirus
Navigation

COVID-19 au Québec: l’urgence sanitaire tout l’été

Le gouvernement Legault estime qu’il est trop tôt pour se départir de ses pouvoirs

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Le ministre de la Santé Christian Dubé

Coup d'oeil sur cet article

L’urgence sanitaire sera maintenue au moins jusqu’à la fin août pour permettre aux policiers d’empêcher les rassemblements illégaux et assurer le bon fonctionnement de l’opération vaccination.

• À lire aussi: État d’urgence: les syndicats indignés des propos de Dubé

• À lire aussi: Urgence sanitaire et conventions collectives: le ministre Dubé se rétracte

Selon nos informations, le gouvernement Legault ne souhaite pas se départir de cet outil qui lui confère de larges pouvoirs, notamment l’interdiction de rassemblement dans les domiciles, l’imposition du port du masque au travail, ou d’élargir certains actes médicaux pour permettre à plusieurs professionnels de participer à l’opération vaccination.

Mardi dernier, le ministre de la Santé Christian Dubé avait mis le feu aux poudres en déclarant que l’urgence sanitaire serait maintenue «tant que les conventions collectives ne seraient pas signées» avec les syndiqués du secteur public, une déclaration qui est devenue virale, surtout chez les employés de l’État.

M. Dubé a affirmé par la suite qu’il s’était mal exprimé, et qu’il souhaitait surtout maintenir les primes COVID-19.

Mais s’il commence à réfléchir à une sortie de la gouvernance par décrets liés à l’urgence sanitaire, ce ne sera pas pour bientôt. À la fin de l’été, lorsque 75% des Québécois auront reçu leur deuxième dose de vaccin contre la COVID-19 et que le système de paliers de couleur sera abandonné, il y aura alors une réflexion sur le retour à la normale, nous dit-on.

Québec voudra conserver certains éléments positifs «hérités» de la pandémie, comme la télémédecine ou la justice à distance. Mais ce qui a été décrété au début de la crise ne tiendra plus: cette fois-ci, il faudra négocier, notamment avec les syndicats de médecins.

On ne veut pas non plus abandonner le controversé «décret 007», qui fait rager les syndicats et qui est contesté devant les tribunaux. Celui-ci suspend l’application des conventions collectives dans le réseau de la santé. Il permet notamment de changer les horaires de travail au bon vouloir du gestionnaire. Une infirmière qui travaille de jour aux blocs opératoires peut se retrouver de nuit dans un CHSLD. On fait valoir qu’il est utilisé avec parcimonie, et qu’il demeure nécessaire en cas d’éclosions par exemple. 

Autoritaire et abusif

Mais à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, le plus gros syndicat d’infirmières, on conteste fermement cette version. Pour la présidente Nancy Bédard, l’État d’urgence sanitaire est devenu au fil du temps un «prétexte» pour utiliser ce décret «autoritaire et abusif» comme outil de gestion au jour le jour dans un réseau de la santé amoché par la pénurie de main-d’œuvre. 

Mme Bédard affirme qu’il a même été utilisé à certaines occasions dans des régions ou il n’y avait pas de cas de COVID. «Et de toute façon, le réseau de santé est habitué aux éclosions de gastro-entérite ou de maladies nosocomiales, on n’a pas besoin de ce décret pour gérer des zones chaudes», dénonce-t-elle. 

Elle fait partie de ceux qui ont été estomaqués par la déclaration de Christian Dubé. Mercredi, il l’a contactée pour lui dire que la fin de l’urgence sanitaire n’avait rien à voir avec la signature des conventions collectives. Mais elle demande plus que des excuses: «si le ministre est de bonne foi, qu’il retire le décret 007», affirme-t-elle. 

À bout de souffle

Mme Bédard demande également au ministre Dubé de résister à la tentation d’utiliser ce décret pour augmenter la cadence des blocs opératoires pendant l’été. Le délestage a laissé des traces, et les listes d’attente pour obtenir une chirurgie ont explosé, mais le personnel n’est plus capable de suivre, dit-elle, et les démissions à la chaîne se poursuive en raison des conditions de travail difficiles. 

Un exemple parmi tant d’autres: pour une petite région comme l’Abitibi seulement, 700 postes sont à combler, dit-elle. «Ça veut dire que simplement pour offrir les services de base, les employés sont en temps supplémentaire obligatoire, c’est sans compter la COVID». Et c’est ainsi qu’elle demande une troisième chose à Christian Dubé, qui sera sensible politiquement. «Il faut prendre une pause, et faire une adéquation réaliste entre le nombre d’employés qu’on a et les services qu’on offre à la population. Là, on n’a plus assez de professionnels en soin», laisse-t-elle tomber. 

À voir aussi 

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.