/weekend
Navigation

Pour la lenteur en politique

WE 0522 Lanctot
Photo courtoisie Les lumières de la raison
Cultiver l’art d’être rationnel dans un monde qui l’est de moins en moins
Traduction et adaptation par Nicolas Bertrand
Éditions Fides

Coup d'oeil sur cet article

La rationalité, ce serait le contrôle de soi, nous dit d’emblée le traducteur de cet ouvrage éclairant. Mais qu’est-ce que la raison, digne héritage du siècle des Lumières, dans un monde qui accorde de plus en plus de place à l’irrationalité et à ses théories du complot, comme l’a prouvé, il y a quelques années, l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis ? Doit-on craindre un retour aux ténèbres qui régnaient au XVIIIe siècle, avant l’avènement des Lumières ?

Avec le temps, l’esprit rationnel a perdu des plumes, succombant à des modes propres à l’air du temps et empruntant des biais douteux. Or, pour bien raisonner, il faut pouvoir le faire dans un environnement propice à ce genre d’exercice, de la même façon qu’il est plus facile de converser dans un contexte où le bruit n’est pas trop envahissant. Car nous ne sommes pas des créatures purement rationnelles.

Dans chaque circonstance de notre vie, nous prenons nos décisions de deux façons différentes : de façon rationnelle ou de façon intuitive. La première façon suppose que nous sommes prêts à défendre notre prise de position et à justifier notre choix, avec des arguments solides à l’appui. Dans le deuxième cas, cela peut s’avérer difficile à expliquer, mais notre décision n’en est pas moins juste dans plusieurs des cas. Car bien souvent on sait, mais sans pouvoir expliquer pourquoi.

Qu’est-ce que la rationalité ?

La rationalité fait appel à cinq fonctions : le langage (intérieur ou à voix haute) ; la décontextualisation, la mémoire de travail (« la majorité des gens sont incapables de mémoriser un numéro de téléphone à sept chiffres entre le moment où ils raccrochent leur messagerie vocale et le moment où ils le composent »), la capacité d’effectuer des hypothèses, et finalement le temps, car se concentrer exige un effort intellectuel et cela prend un certain temps, notre esprit étant sans cesse interpellé par toutes sortes de distractions. Par exemple, vous êtes en train de me lire en ce moment, mais vous pensez sûrement à autre chose en même temps. Nous sommes, en effet, envahis d’idées non désirées. Se concentrer devient souvent un sport exigeant, mais essentiel pour pouvoir raisonner. Pour y arriver, il importe d’être reposé, bien portant et bien nourri, nous dit l’auteur. Et surtout, « il faut se débarrasser de tout ce qui fait penser, de près ou de loin, au sexe (étant donné qu’environ la moitié de la population trouve que le sexe est, après la douleur, ce qui est le plus susceptible d’occuper leur esprit). »

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la pensée rationnelle a besoin d’astuces – « une invention pratique et ingénieuse » – pour fonctionner, nous apprend l’auteur. Nous devons donc faire appel à des échafaudages, c’est-à-dire prendre appui sur des éléments qui se trouvent autour de nous pour résoudre certains problèmes posés par nos limitations. Ainsi, nous avons besoin d’un bout de papier et d’un crayon ou encore d’une calculatrice pour savoir combien font 32 x 123 (3936). L’écriture vient pallier notre incapacité mentale à stocker de grosses quantités de données mathématiques.

Double déclin

Heath nous met en garde contre les premières impressions. On ne doit pas juger d’un livre à sa couverture, prévient-il, et on ne peut se laisser guider par notre seule intuition, « cet étrange instinct qui nous dit que nous avons raison, même quand nous avons tort ». Sinon, nous risquons d’avoir de mauvaises surprises. La raison doit, en dernière analyse, prévaloir sur l’intuition, c’est à ce prix que nous progressons culturellement et socialement. 

L’auteur déplore que depuis une quarantaine d’années, on observe un déclin de la raison. Cela va de pair avec le déclin de la bienséance dans la sphère publique. « À mesure que le temps passe, il semble que les gens deviennent de moins en moins polis, et le monde du divertissement populaire de plus en plus vulgaire. » Tout va trop vite, dit-il. Il faut revenir à la lenteur et prendre le temps de raisonner. Sinon, l’Homo sapiens risque de disparaître. 

À LIRE AUSSI

La bêtise insiste toujours

<b><i>Chroniques sur la duplicité, le nombrilisme et autres ignominies</i></b><br>
Frédéric Bérard<br>
Éditions Somme toute
Photo courtoisie
Chroniques sur la duplicité, le nombrilisme et autres ignominies
Frédéric Bérard
Éditions Somme toute

Lorsqu’on lit le CV de M. Bérard, on ne peut qu’être impressionné. On se dit qu’on a affaire à un être exceptionnel, surdoué. « Récipiendaire de douze prix d’excellence... » est-il écrit. Il a publié un livre « quadruple best-seller », un autre « double best-seller publié à l’international ». À n’en pas douter, c’est M. Parfait, se dit-on, tout ébaubi. Mais pourquoi faire étalage de tant de talents, surtout lorsqu’on publie un livre sur la bêtise ? Alors, le lecteur ouvre le précieux ouvrage en question, un recyclage de ses chroniques parues ailleurs, quelque peu aveuglé par tant de savoir. Hélas ! les bonnes intentions ne font pas nécessairement de bons livres. C’est une chose de dénoncer la bêtise et les complotistes, encore faut-il le faire sans pédanterie, tout étant dans le ton avec lequel on attaque l’adversaire. Car Bérard a LA vérité avec lui, ce qui lui donne cette assurance agaçante lorsqu’il s’en prend, par exemple, aux partisans de la loi 21, tous réduits à d’infectes racistes et xénophobes, citant à comparaître, comme témoin à charge, un Monsieur Peuple mal dégrossi et accommodant. Comme donneur de leçons, on a déjà vu mieux. 


Fragments d’ici

<b><i>25 récits pour (re)découvrir le Québec</i></b><br>
Gary Lawrence, Éditions Somme toute
Photo courtoisie
25 récits pour (re)découvrir le Québec
Gary Lawrence, Éditions Somme toute

La belle saison est à nos portes, les parterres fleurissent et se font beaux. Ça sent les vacances méritées après tous ces mois de confinement. Dites-moi, qui ne se sent pas comme un cheval fringant bondissant et piaffant dans le clos, prêt à sauter la clôture et à prendre le large ? Le journaliste Gary Lawrence nous lance, ces jours-ci, cette invitation au voyage autour de chez nous, pourquoi pas, puisque de nombreuses frontières nous sont encore fermées ? Bas-Saint-Laurent, Cantons-de-l’Est, Charlevoix, Côte-Nord, Eeyou Istchee Bais-James, Gaspésie, Îles-de-la-Madeleine, Lanaudière, Laurentides, Montérégie, Outaouais, Québec et Saguenay–Lac-Saint-Jean, treize régions visitées par une des plus belles plumes du journalisme touristique, avec photos en prime. « Le Québec demeure une destination vraiment épatante, à maints égards », et on est porté à croire ce grand bourlingueur.