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Réforme de la loi 101: une majorité de Québécois approuve le plan du gouvernement Legault

Les mesures caquistes pour contrer le déclin du français récoltent un fort appui dans la population.

Rosemère bilingue
Photo d’archives, Chantal Poirier Les municipalités où l’anglais est minoritaire perdront leur statut bilingue, mais pourront le retrouver en adoptant une simple résolution. Ci-haut, une signalisation bilingue à Rosemère.

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Au moment de dévoiler sa réforme de la loi 101, le gouvernement Legault avait en poche un sondage démontrant un appui massif aux mesures qu’il souhaite appliquer pour protéger la langue française.  

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Chez les francophones, le taux d’approbation pour les diverses propositions oscille entre 72 % et 95 %, indique le coup de sonde de la firme Léger*.

Pour le cabinet du ministre Simon Jolin-Barrette, ces résultats témoignent d’un « consensus historique » autour de la défense de la langue française.

Le sondeur Jean-Marc Léger abonde dans le même sens : il s’agit d’une « préoccupation majeure » des Québécois, qui perçoivent un recul du français. 

Sans surprise, toutefois, certaines modifications sont reçues froidement par la communauté anglophone. Celle-ci s’oppose majoritairement à l’imposition du français comme langue d’usage, notamment au travail, mais accueille favorablement les mesures incitatives.

Jeunes et cégeps   

L’idée de freiner l’expansion des cégeps anglophones ne récolte pas une majorité absolue d’appuis, avec 49%. Mais c’est tout de même plus que ceux qui se disent contre, à 43%, les autres ayant refusé de se prononcer.  

L’automne dernier, un sondage réalisé pour la Fondation Lionel-Groulx avait également démontré que la proposition d’interdire aux francophones et aux allophones de fréquenter les cégeps de langue anglaise, proposée par le Parti québécois, ne récolte pas une majorité absolue d’appuis. Seulement 47 % des Québécois y sont favorables. 45% étaient en désaccord et 8% refusaient de se prononcer.  

Étonnamment, le gouvernement Legault n’a pas testé sa propre proposition, soit de contingenter le nombre de places dans le réseau collégial anglophone.

Autre facteur important, la préoccupation pour la survie du français croît avec l’âge. 

De 18 à 24 ans, à peine 37 % des répondants disent craindre pour la situation de la langue officielle du Québec. À l’opposé, les baby-boomers ont connu les luttes pour franciser la société québécoise et craignent un retour en arrière. Chez les 55 ans et plus, 70 % des répondants se disent inquiets pour l’avenir de la langue française.

Le fait de vivre à Montréal ou non influence aussi grandement les réponses : une minorité de Montréalais (48 %) sont inquiets, alors que le coup de sonde obtient des majorités partout ailleurs au Québec.

Appuis clairs   

Le coup de sonde a permis au gouvernement de valider l’appui aux principales mesures de son projet de loi 96.

Le droit de travailler en français récolte la faveur des francophones : 88 % souhaitent appliquer la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale, et 85 % veulent l’étendre aux entreprises de 25 à 49 employés. 

Pour les commerces, 89 % des répondants de langue française soutiennent l’affichage à nette prédominance dans la langue de Molière. Également, 82 % sont d’accord pour sanctionner financièrement un commerçant qui refuse de servir sa clientèle en français. Seuls 19 % des répondants de langue anglaise adhéraient à cette mesure. 

L’accueil largement favorable qu’a reçu la réforme fait dire à Jean-Marc Léger que ces taux d’appuis ont dû se maintenir, voire augmenter.  

Appétit constitutionnel  

Les Québécois n’ont plus d’appétit pour les débats constitutionnels ? Ce n’est pas ce que dit le coup de sonde. 

Sans relancer les grandes manœuvres à l’image de l’accord du lac Meech, le projet de loi prévoit deux mesures qui risquent de raviver les discussions sur la place du Québec au sein du Canada. 

L’idée de reconnaître le français comme langue officielle du Québec dans la Constitution reçoit l’appui de 88 % des francophones (29 % des anglophones). Quant à elle, l’utilisation de la clause dérogatoire pour prémunir la réforme contre les contestations judiciaires s’attire la faveur de 74 % des répondants de langue française, mais de seulement 15 % des représentants de la minorité historique.

Deux visions  

Si l’appui aux mesures diffère tant, c’est en partie parce que les « deux solitudes » ne partagent pas les mêmes craintes quant à la précarité du français au Québec. 

68 % des répondants francophones se disent inquiets pour son avenir, contre 24 % des anglophones (32 % chez les allophones).

À Montréal, le schisme est encore plus grand, avec une proportion de 80 % contre 22 %. Jean-Marc Léger y voit tout de même une bonne nouvelle : près d’un anglophone sur quatre se soucie de protéger la langue française : « c’est assez élevé », note-t-il. 

Les réponses suivent les mêmes lignes de fracture quand on demande si la situation du français s’est améliorée au Québec depuis 10 ans : seulement 2 % des francophones répondent oui, contre 33 % des anglophones et 28 % des allophones.  

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Ce qu’en pensent les Québécois        

  • 78 % L’État québécois devrait communiquer en français avec les nouveaux arrivants    
  • 83 % L’État québécois devrait communiquer en français avec les entreprises établies au Québec     
  • 89 % Offrir des cours de francisation pour les adultes anglophones et allophones établis au Québec     
  • 78 % Le droit de travailler en français devrait être renforcé     
  • 75 % Soumettre les entreprises du Québec de compétence fédérale à la loi 101    
  • 72 % Soumettre les entreprises de 25 à 49 employés à la loi 101      
  • 83 % Les commerçants devraient servir les consommateurs en français.    
  • 75 % Exiger une nette prédominance du français dans l’affichage commercial        

Source : Sondage Léger
*Le sondage web a été mené du 6 au 11 mai 2021, inclusivement, auprès de 1000 Québécois. Les données ont été pondérées pour refléter la population du Québec.


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