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Révolution pour les corps policiers

Un comité propose qu’il y ait trois fois moins de services de police dans la province

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La refonte des services policiers au Québec proposée mardi par le comité indépendant chargé de réviser son fonctionnement suscite des réactions partagées, notamment en suggérant de réduire de 31 à 13 le nombre de corps de police.

« C’est un rapport très costaud qui pose un excellent diagnostic. Il y a des solutions qui sont particulièrement intéressantes pour moderniser, mais d’autres qui amènent des doutes, comme la proposition de faire intégrer plusieurs villes à la Sûreté du Québec (SQ). Je ne suis pas certaine de celle-là », affirme la professeure à l’UQAM Danielle Pilette, experte en gouvernance.  

  • Écoutez l'entrevue du coordonnateur et porte-parole du Comité consultatif sur la réalité policière, Bernard Sévigny, avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:    

Mardi, le Comité consultatif sur la réalité policière a rendu public son rapport sur lequel il travaille depuis 2019. Pas moins de 138 recommandations ont été mises de l’avant et devront être étudiées par la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault, qui doit réagir mercredi.

Le rapport de 490 pages ratisse large, alors qu’il aborde entre autres la violence conjugale, la santé mentale, l’inclusion des personnes racisées au sein des forces policières, le financement de la police et un changement de stratégie pour s’attaquer à la cybercriminalité.

« Le statu quo n’est pas une solution. On se rapproche de quelque chose qui devait être fait depuis plusieurs années, estime Paul Laurier, ancien enquêteur de la SQ. C’est incroyable comme on a du retard sur la criminalité technologique, qui est rendue très sophistiquée. » 

  • Écoutez l’entrevue de Nicole Gibeault, ex-juge et membre du Comité consultatif sur la réalité policière    

Carte policière changée

Les nombreux changements à la carte des corps de police font beaucoup réagir, alors que le comité propose que des services de police fusionnent, tandis que d’autres intègrent le territoire de la SQ.

« La police municipale, c’est la police de proximité et on s’éloigne de ça. Pour moi, c’est un recul, déplore François Lemay, président de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec. On est très ouvert à travailler avec la ministre Guilbault pour améliorer les services aux citoyens. »

La Fédération québécoise des municipalités a, quant à elle, dit s’inquiéter que ce soit les villes qui se retrouvent à payer la facture de cette réforme.

« Il faut éviter de faire des regroupements forcés afin de respecter les réalités spécifiques de chaque milieu, tout en assurant la qualité des services offerts auprès des citoyennes et citoyens », a déclaré de son côté Daniel Côté, président de l’Union des municipalités du Québec.

Échéancier à déterminer

La vitesse à laquelle le gouvernement provincial voudra enclencher ces changements majeurs et quelles recommandations il compte retenir demeurent inconnues, alors que les élections municipales de cet automne approchent à grands pas.

« L’échéancier appartient désormais au gouvernement », a indiqué l’ancien maire de Sherbrooke Bernard Sévigny, qui a coordonné le comité, sans pouvoir chiffrer les coûts associés à cette réforme. 

  • Écoutez l'entrevue avec Jean-François Lisée avec Sophie Durocher sur QUB radio:

DES IMPACTS DANS LA GRANDE RÉGION DE MONTRÉAL

La réforme de la police aurait de grands impacts sur les deux couronnes entourant la métropole. En effet, le comité suggère la fusion de plusieurs corps de police pour former des organisations plus massives. Ça n’aurait toutefois aucun impact sur les services de police de Montréal, Laval et de l’agglomération de Longueuil. 


LA SÛRETÉ DU QUÉBEC, GRANDE GAGNANTE ?

La Sûreté du Québec pourrait fort bien se retrouver la grande gagnante de cette réforme, estime la professeure de l’UQAM Danielle Pilette, alors qu’on propose que huit services de police intègrent son territoire.

Ainsi, les corps de police de Bromont, de Granby, de Saint-Jean-sur-Richelieu, de Saint-Jérôme, de Thetford Mines, de Mont-Tremblant ainsi que les Régies de police de Memphrémagog et de la MRC des Collines-de-l’Outaouais pourraient être rayés de la carte.

« L’amélioration de la fluidité du renseignement criminel entre les différents services de police figurerait aussi au nombre des avantages découlant de la mise en commun des forces », souligne le comité. 


HAUSSE DE SERVICES POUR QUELQUES VILLES

La réorganisation envisagée mènerait aussi à un rehaussement des services offerts par les services de police de Sherbrooke, de Trois-Rivières, de Saguenay et de Lévis, leur permettant ainsi d’enquêter plus de types de crimes.  


DISPARITION DE L’UPAC

L’Unité permanente anticorruption (UPAC) serait également appelée à disparaître. Elle intégrerait une plus grande entité chargée d’enquêter sur les infractions associées à la corruption, à la collusion et à la fraude dans l’octroi des contrats publics, et qui serait aussi spécialisée en cybercriminalité et crimes économiques. La mince confiance du public envers l’UPAC est citée dans les travaux.

« Les enquêtes portant sur la corruption doivent s’inscrire dans un cadre plus large. [...] La consolidation de l’expertise de l’UPAC dans un ensemble opérationnel plus large devrait contribuer à une meilleure utilisation des effectifs d’enquête », estime-t-on. 


UNE UNITÉ DES DISPARITIONS

La création d’une équipe d’enquête nationale en matière de disparition de personnes se retrouve également parmi les propositions.

Du même souffle, on recommande d’adopter une loi sur les personnes disparues afin d’améliorer l’assistance des fournisseurs de services de télécommunication pour faciliter les recherches. 


LE VISAGE DE LA POLICE VA CHANGER

« Le visage des forces de l’ordre doit changer. Dans une société métissée comme le Québec, que des services policiers d’envergure ne comptent aucun représentant des minorités visibles ou ethniques dans leurs rangs est inadmissible », dénonce le rapport.

De nombreuses recommandations afin d’augmenter le nombre de candidats racisés et ainsi assurer une meilleure représentativité se retrouvent dans le document, notamment de payer la formation de ceux-ci à l’École nationale de police du Québec.


 

DÉFINANCEMENT DE LA POLICE ?

Le comité considère que le Québec s’engagerait sur une « pente glissante » s’il se donnait des objectifs de définancement des corps policiers, comme réclamé par plusieurs militants, ici et aux États-Unis notamment.

« Il importe de ne pas s’aventurer collectivement si l’on souhaite réellement pouvoir compter sur une police moderne, efficiente et digne de confiance », affirme-t-on.

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