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La peur du déconfinement

Distanciation sociale au parc Lafontaine
Photo Ben Pelosse

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Ceux qui imaginent un retour à la vie normale d’avant la pandémie risquent d’être déstabilisés. On ne sort pas d’un emprisonnement à la fois physique, psychologique et social, doublé des retombées d’un couvre-feu, sans séquelles. 

On n’a qu’à regarder notre propre vie durant ces longs mois d’angoisses interminables. Nos libertés ont été restreintes et le sont encore, car la fin ne s’arrêtera pas un jour spécifique, à une heure donnée où l’on entendra les cloches des églises et les hourras accompagnés de feux d’artifice dans le ciel du Québec.

Nous avons été isolés. D’abord vis-à-vis de ceux que nous aimons, notre famille et nos amis proches au premier chef. Les parents ont assisté, souvent impuissants, à la dégradation progressive de l’humeur de leurs enfants. Les petits, bien sûr, qui ont découvert tout d’un coup des adultes masqués, ont traversé tous ces mois sans voir des gens sourire, sauf les éducatrices lorsque les écoles n’étaient pas fermées.

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Solitude

Les adolescents, ceux-là mêmes qui se précipitent vers les centres de vaccination depuis quelques jours, ont été renvoyés à leur solitude sans possibilité de contact physique. Comment croire que cet arrachement de contacts humains ne les a pas marqués, certains de façon permanente ?

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Un constat chez les adultes : plusieurs ont plongé dans une déception qui ressemble à une peine d’amour, car ils se sont sentis abandonnés par des gens qu’ils croyaient des amis sincères. Ils ont, eux-mêmes, rompu les liens avec de « faux » amis présents dans leur vie d’avant à cause des circonstances et qui se sont évaporés en quelque sorte pendant qu’ils auraient eu besoin de réconfort de leur part. 

Car nous avons tous traversé des mini tremblements de cœur. Nous sommes devenus trop émotifs, trop agressifs, trop déconcentrés. Il fallait être ermite ou mystique pour affronter ce vide de vie, de spiritualité, de créativité, ce qui explique notre refuge dans des Netflix et autres distractions, ces fugues volontaires qui nous cachent la réalité quotidienne. 

J’ai une amie qui n’a pas eu un contact physique depuis le début de la pandémie en mars 2020. Pas un effleurement de la peau. Elle est demeurée dans un confinement extrême. Et elle n’est pas la seule. 

Anti-érotique

Et que dire de cette épreuve dans la vie des couples ? Certains ont éclaté, mais d’autres se sont pour ainsi dire confinés l’un loin de l’autre. D’ailleurs, le taux de natalité n’a pas connu de baby-boom comme on en a vu pendant la crise du verglas. Autrement dit, la pandémie est anti-érotique, sauf pour les pervers ou ceux qui sont capables de performances olympiques.

Car c’est la mort qui a rôdé et sa présence s’est infiltrée dans nos esprits. Durant des mois, faire les courses et faire le plein d’essence étaient les deux activités auxquelles il fallait ajouter les sept mille pas par jour nécessaires pour éviter l’engourdissement. 

Il faut donc bientôt réapprendre à vivre et à organiser des activités. Et nous devrons nous apprivoiser en retrouvant la joie des sorties diverses et multiples.

La mémoire est peut-être une faculté qui oublie, mais cette COVID-19 s’est imprégnée en nous. Et avec elle, une peur de vivre. Car la finitude de la vie est devenue une réalité concrète.