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Réforme de la police: une deuxième chance à l’UPAC, dit Québec

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Le gouvernement Legault veut donner à l’Unité permanente anticorruption une chance de redorer son blason. Pas question, pour le moment, de fusionner le corps de police au sein d’une entité plus grande, comme le recommande un rapport sur l’avenir de la police.

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En conférence de presse, mercredi matin, la ministre de la Sécurité publique a fait valoir qu’un nouveau commissaire, Frédérick Gaudreau, était en poste depuis 2019.  

«Il faut lui laisser le temps de faire atterrir les outils qu’on lui a donnés», dit Geneviève Guilbault. La ministre réagissait au dépôt, la veille, du rapport du Comité consultatif sur la réalité policière qu’elle avait commandé à la fin de 2019.      

  • Écoutez l'analyse de Caroline St-Hilaire et d'Antoine Robitaille avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:   

 

La ministre rappelle que son gouvernement a fait adopter deux projets de loi afin de mieux outiller l’unité chargée de débusquer la corruption et la collusion.  

D’une part, le commissaire est désormais nommé sur un vote des deux tiers de l’Assemblée nationale, afin d’éviter toute apparence de nomination politique. Depuis décembre dernier, l’UPAC peut également embaucher ses propres enquêteurs, plutôt que d’avoir recours à des prêts de services, comme c’était le cas auparavant.  

«On a fait deux projets de loi, ce n’est pas pour tout défaire ça et refaire autre chose, ce serait un peu absurde», a plaidé Mme Guilbault.  

Elle a rappelé que l’unité a aussi un important mandat de prévention afin de lutter contre la corruption, notamment auprès des élus municipaux.  

Par contre, la ministre souligne que l’idée d’intégrer un jour l’UPAC à une plus grande entité n’est pas définitivement écartée.       

  • Écoutez la chronique de Jean-François Lisée avec Sophie Durocher sur QUB radio:   

Unité controversée

L’UPAC a fréquemment fait la manchette pour des frasques internes depuis sa création et le corps policier a peu de grosses prises à son actif.  

Un sondage SOM commandé dans le cadre du rapport révèle d'ailleurs que 58% des Québécois ont peu ou pas du tout confiance en l’UPAC, et que 66% sont insatisfaits des retombées de ses enquêtes.  

De plus, le nombre de signalements faits au corps policier est en forte chute, note-t-on dans le rapport.  

Les experts proposent donc de fusionner l’UPAC au sein d’une entité plus grande qui serait spécialisée dans la lutte contre les crimes économiques et la cybercriminalité.  

Fusion des corps de police

Une autre proposition phare du rapport – réduire de 31 à 13 le nombre de corps de police au Québec – devra également attendre avant d'être concrétisée.  

«C’est sans doute l’élément du rapport qui va être le plus gros chantier de réflexion. [...] Des idées comme celles-là doivent être convenablement et rigoureusement documentées et chiffrées, avant même de les envisager. Donc, pour l’instant, il n’y a rien qui va bouger à court, moyen terme», a fait savoir la ministre Guilbault.  

 «On va garder les choses comme elles sont, mais on va entreprendre des discussions avec la communauté policière et avec les représentants municipaux sur toute cette question des services policiers», ajoute-t-elle.  

Le défi de recruter des minorités

Dans le cadre des travaux du comité, des représentants des corps policiers ont souligné que trop peu de jeunes issus des minorités visibles s’inscrivent au programme pour devenir policier. Difficile, alors, d’amener plus de diversité dans leurs rangs, ont plaidé le syndicat des policiers municipaux et les directeurs de police.  

À Montréal, les membres des minorités visibles ou ethniques représentaient seulement 11,6% des effectifs du SPVM en 2019, alors qu’ils constituaient le tiers de la population de l’agglomération montréalaise.  

À l’échelle du Québec, seuls 3,9% des patrouilleurs étaient des représentants des minorités visibles, tandis que la Ville de Sherbrooke, de son propre aveu, ne comptait « aucune représentation de minorités visibles ou ethniques ». 

Québec entend donc faire la promotion d’une carrière dans la police auprès des étudiants membres des communautés culturelles. L’idée d’aider financièrement ces jeunes durant leurs études, comme c’est le cas pour les futurs policiers autochtones, est également à l’étude.  

Disparitions et violence conjugale

À court terme, certaines mesures pourraient être rapidement mises en place.  

Québec compte mettre en avant le concept de «police de concertation» afin d’aider les patrouilleurs qui doivent notamment intervenir auprès de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.  

Dans la même veine, le gouvernement Legault souhaite faciliter le partage d’information entre le milieu de la santé et les policiers, par exemple dans les cas d’agression sexuelle ou de violence conjugale.  

Finalement, Québec devrait annoncer la création d’une unité pour coordonner les recherches lors de disparitions de personnes.  

«C'est quelque chose à laquelle je pensais déjà et, quand je vois les recommandations de ce rapport-là, je dirais que ça catalyse peut-être, en quelque sorte, ma réflexion sur la chose», a expliqué Mme Guilbault.