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Brownsburg-Chatham: extrait audio gênant pour la mairesse

La police a en main un enregistrement où on l’entend fournir des informations privilégiées à propos d’un contrat

Catherine Trickey
Photo tirée de la page Facebook de Brownsburg-Chatham La mairesse de Brownsburg-Chatham, Catherine Trickey, lors d’une fête organisée par la municipalité en septembre 2019.

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En plus d’être sous le coup d’une enquête de complot pour voies de fait, la mairesse de Brownsburg-Chatham est aussi soupçonnée de manœuvres douteuses dans le cadre de l’octroi d’un contrat public.

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Notre Bureau d’enquête a obtenu un enregistrement dans lequel on entend la mairesse Catherine Trickey fournir à un tiers des renseignements privilégiés à propos d’un contrat.

La mairesse s’est retirée de ses fonctions hier, dans les heures après nos révélations qu’elle avait été arrêtée par la Sûreté du Québec (SQ), car elle est soupçonnée d’avoir tenté de faire « briser les jambes » d’un adversaire politique.

C’est dans le cadre de cette enquête que la SQ a obtenu l’enregistrement dans lequel on entend la mairesse donner les dimensions et certains détails techniques liés à la construction d’une capitainerie à la marina de Brownsburg-Chatham.

La scène se déroule en mai 2019. La mairesse converse avec Réjean Dunn, un citoyen de Brownsburg-Chatham, le même individu qu’elle aurait mandaté pour accomplir des voies de fait.

M. Dunn se présente alors comme le représentant d’une compagnie de la région qui veut obtenir des contrats publics.

La mairesse lui explique le projet de la capitainerie, allant même jusqu’à donner des dimensions précises et des indications sur le fenestrage envisagé.

Or, c’est seulement trois mois plus tard, en août 2019, que l’appel d’offres sera officiellement lancé.

Dans l’enregistrement, on entend même la mairesse s’inquiéter d’avoir l’air de « pousser un ami », alors qu’elle éprouve déjà des problèmes avec la Commission municipale du Québec.

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

« Bonne foi »

Nous avons fait entendre cet enregistrement à Mme Trickey, qui a admis avoir « mal agi » et s’être « trompée ».

« Je ne sais pas quoi vous dire. J’ai fait ça en toute bonne foi. On a un nouveau matériau qui peut-être va faire que ça va coûter moins cher [...] Je n’ai pas privilégié personne. Je voulais juste que l’information se rende. C’est tout. »

Questionnée à savoir pourquoi elle avait amené des documents confidentiels de la municipalité à sa rencontre avec M. Dunn, Mme Trickey a avoué son erreur.

« Ben je suis coupable. Il n’y avait pas de mauvaises intentions là-dedans », dit-elle.

Elle explique qu’elle a ensuite remis un prospectus de l’entreprise au directeur général de Brownsburg-Chatham, sans intervenir davantage dans le processus d’octroi de contrat. 

L’entreprise que M. Dunn disait représenter n’a finalement pas soumissionné sur le contrat de la capitainerie.

Avantage concurrentiel

La mairesse s’est placée dans une situation délicate au point de vue éthique en partageant des données confidentielles, estiment des experts en droit municipal.

« Elle a donné un avantage concurrentiel à un futur soumissionnaire, car il avait plus de temps pour se préparer, en quelque sorte », indique la professeure à l’UQAM et experte en gestion municipale, Danielle Pilette.

« Là, on est carrément dans ce qu’on voyait à la commission Charbonneau. On est dans l’appropriation d’un politicien d’un processus relativement technique qui doit être fait par des fonctionnaires », dit-elle.

« Au point de vue strictement juridique, la divulgation d’informations privilégiées d’un éventuel contrat public à un soumissionnaire relève potentiellement de l’infraction criminelle », indique aussi Daniel Bouchard, avocat spécialiste en droit municipal et associé chez Lavery, sans se prononcer spécifiquement sur ce cas. 

« L’une des premières règles [des codes d’éthique des municipalités] est que tu ne peux pas utiliser tes fonctions pour favoriser abusivement un tiers », explique Me Bouchard. 

Selon le code d’éthique des élus de Brownsburg-Chatham, il est interdit aux élus de communiquer ou tenter de communiquer des informations qui ne sont généralement pas à la disposition du public dans le but de « favoriser ses intérêts personnels ou ceux de toute autre personne ». 

Déjà condamnée pour conflit d’intérêts  

Catherine Trickey
Photo courtoisie, Brownsburg-Chatham

Ce n’est pas la première fois que la mairesse Trickey se retrouve dans l’embarras. 

À l’été 2019, elle avait été suspendue sans salaire pendant 18 jours après qu’elle eut reconnu, devant la Commission municipale du Québec (CMQ), s’être placée en conflit d’intérêts et avoir utilisé les ressources de la Ville à d’autres fins que l’exercice de ses fonctions. 

Cette suspension est survenue plus d’un an après que la mairesse eut admis dans nos pages avoir octroyé des contrats de la Ville sans résolution votée au conseil municipal. Cela avait alors soulevé l’ire de six conseillers municipaux qui avaient ensuite réclamé sa démission.

– Avec la collaboration d’Andrea Valeria