/misc
Navigation

Guy A. Lepage a carte blanche

Coup d'oeil sur cet article

Guy A. Lepage fait partie de ces animateurs qu’on ne peut pas « lâcher lousse », comme dit si bien l’expression populaire.

Feu Jean Bissonnette, l’un des deux fondateurs d’Avanti et « père télévisuel » de Guy A., le connaissait sous toutes ses coutures. Bissonnette, qui craignait toujours ses dérapages, avait dû être rassuré en constatant que le format original de Tout le monde en parle, établi par Thierry Ardisson, permettait à l’animateur de lire ses questions sur des cartons. Heureusement pour l’émission qu’il y a les cartons, car on sait la propension de Lepage à émailler ses propos de sacres et de jurons. Hélas ! Guy A. n’a pas de cartons pour les réseaux sociaux. Il injurie donc ses détracteurs en usant du vocabulaire commun aux trolls qui sévissent sur internet. Ma chronique de mardi, qui associait Lepage à ces trolls, a beaucoup fait parler. Elle visait moins à accabler l’animateur qu’à souligner encore une fois la responsabilité de Radio-Canada sur les émissions qu’elle diffuse, sur les propos qu’on y tient et sur la langue qu’on y parle.

Radio-Canada ferme les yeux

Malgré la gravité des événements ayant précédé la dernière émission de Tout le monde en parle, un animateur digne de ce nom aurait exprimé sa désapprobation et ses regrets autrement que par les mots : « Je suis en gros tabarnak ». Non seulement Radio-Canada tolère à son émission phare du dimanche soir ces écarts de langage, mais elle ferme les yeux sur les échanges grossiers et turpides que son animateur entretient sur les réseaux sociaux.

Des téléspectateurs se plaignent régulièrement de Lepage à Radio-Canada. En vain ! Quelques-uns ont même fait appel à l’ombudsman. Jusqu’ici, la Société Radio-Canada s’est toujours outrageusement défilée, clamant que Guy A. Lepage ne fait pas partie de son personnel. 

Le prix que paie Radio-Canada à Avanti pour la production de Tout le monde en parle, l’important cachet que verse Avanti à Guy A. Lepage, à la fois comme animateur et comme coproducteur, ne créent donc aucun lien avec le diffuseur public ? Croyez-le ou non, Pierre Tourangeau, alors ombudsman de Radio-Canada, a décrété le 14 mars 2014 « que les codes d’éthique de la SRC n’empêchent pas le producteur Guy A. Lepage d’être insolent à Tout le monde en parle » ! Un drôle de jugement qui laisse à l’animateur toute la marge qu’il veut pour son émission et sur les réseaux sociaux.

Que faut-il en conclure ?

Les normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada, qu’on peut trouver sur internet, mentionnent que les règles très strictes qui s’appliquent à son personnel « s’appliquent aussi au personnel extérieur auquel la SRC recourt pour produire ses contenus ». Mais ces règles ne s’appliquent pas au contenu de fiction et d’humour. L’ambiguïté qu’entretient Radio-Canada sur le genre de Tout le monde en parle (divertissement ? affaires publiques ? information ?) sert très bien l’invraisemblable léthargie de la direction à l’endroit de l’émission.

Dans ses normes et pratiques, Radio-Canada y va d’ukases très précis en ce qui concerne les réseaux sociaux. Ses journalistes et même les stagiaires « doivent faire preuve de réserve et ne rien faire qui puisse nuire à la réputation de Radio-Canada ». « Leurs mots et leurs gestes, spécifient encore les normes, peuvent avoir des conséquences non seulement sur nous, mais aussi sur nos collègues et sur l’ensemble de la Société ». 

Faut-il en conclure que ce qui est bon pour les milliers d’employés du réseau français de Radio-Canada n’est pas bon pour Pitou, qui a par conséquent carte blanche à la télévision publique ?