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Il était une fois Marie de l’Incarnation

opinions - chronique bock-côté - Carl Bergeron nous invite à red
Photo Mediaspaul.ca Carl Bergeron nous invite à redécouvrir Marie de l’Incarnation.

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Il s’agit d’un tout petit bouquin de 76 pages mais d’un très grand livre, magnifiquement écrit, absolument original, atypique et inclassable, qui bouleversera ses lecteurs. 

Son sujet : Marie de l’Incarnation (1599-1672), une figure immense, mais enfouie, de notre histoire, une femme d’exception qui, aux heures fondatrices de la Nouvelle-France, a laissé une marque intime et indélébile sur l’âme de notre pays, comme si elle l’avait baptisé alors qu’il naissait. 

Son titre : La Grande Marie, ou le luxe de sainteté (Médiaspaul, 2021). 

Nouvelle-France

Son auteur : l’écrivain Carl Bergeron. 

Son projet : aller à la rencontre de Marie de l’Incarnation, non pas à la manière d’un personnage réservé aux rats de bibliothèque ou aux érudits binoclards, mais comme une écrivaine géniale, jetant à plusieurs siècles de distance un regard bouleversant sur ce qui allait devenir le peuple québécois. 

Ce livre ne se présente pas comme une biographie mais comme une méditation historique. Carl Bergeron a lu la correspondance de Marie de l’Incarnation, un monument littéraire qu’il juge à sa place dans une histoire des grandes œuvres de la littérature, et s’est ensuite plongé dans sa vie et ses œuvres. 

Le portrait qu’il en tire est époustouflant. À travers Marie de l’Incarnation, une missionnaire ursuline qui, on le sait, a joué un rôle central dans l’éducation des jeunes filles en Nouvelle-France, Bergeron réfléchit sur notre histoire, sur ses grandeurs et ses misères, des origines jusqu’à aujourd’hui. 

Les Québécois connaissent assez mal leur histoire. Mais ils connaissent encore plus mal celle de la Nouvelle-France, qui demeure un continent mental à découvrir, ou plutôt à redécouvrir, avec toute sa poésie et tout son esprit d’aventure.

Il vaut la peine de citer les premières lignes du livre de Bergeron. 

« C’est l’histoire d’une petite nation conquise (1760) et semi-affranchie (1960), aujourd’hui menacée par l’amnésie numérique et tétanisée par l’hostilité dont elle continue d’être l’objet, candide et quelque peu insouciante, aussi bien à l’égard de son avenir en Amérique que de son patrimoine spirituel. C’est l’histoire d’un monument littéraire et mystique, façonné dès l’origine par une femme de génie, et totalement méconnu par ceux-là mêmes pour qui il a été conçu ».

Quelle ouverture ! 

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Trésor

Marie de l’Incarnation, nous le savons, était une religieuse. Mais notre époque ne sait pas trop quoi faire de la foi, encore moins de celle des mystiques. Elle s’est convaincue d’y voir un mélange de folie et de supercherie. Ce n’est pas l’approche privilégiée par Bergeron, qui, au contraire, prend au sérieux l’élan spirituel de Marie de l’Incarnation. 

Se pourrait-il que le sacré soit une part constitutive de l’être humain et que sans lui, il soit condamné à s’assécher ?

Un peuple se réapproprie son héritage en faisant le pari d’y trouver un trésor à partir duquel il réinventera son destin, sans renier le génie de ses origines. 

C’est ce que nous offre Carl Bergeron dans La Grande Marie. Son livre est un petit chef-d’œuvre.